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La Rose de Djam I : chapitre III, Pèir Esmalit



CHAPITRE III
PÈIR ESMALIT


« Se trouvait seule sans compagnie
Celle qui ne veut me consoler
C’était demoiselle au beau corps
Fille d’un seigneur de château…»
À la fontaine du verger,
Marcabru





Aux premiers jours de septembre, Ascalon tomba, après Naplouse, Haïfa, Césarée et Nazareth. L’armée de Saladin survint à l’ouest de Jérusalem, puis la contourna et mit le siège sur ses remparts orientaux. 
À Terra Nuova, la guerre toute proche s’annonça par l’arrivée d’une troupe envoyée d’autorité au château par le souverain d’Antioche, Bohémond le Bègue.
Les hommes en armes qui se présentèrent à Terra Nuova, s’ils arboraient l’écu de gueules de la Principauté, n’étaient pas normands. Ils le surent tout de suite, en entendant la langue du Sud. 
« Et cela ressemble plus à une prise de possession du château qu’un secours », se dit Sibylle, lisant la missive que lui tendait un des sergents. Le Bègue était-il fou d’investir une des plus vieilles forteresses normandes par des Toulousains ?
Elle revenait d’exercice et dans son costume turc, si commode pour tirer l’arc et chevaucher, elle ressemblait plus à un jeune émir qu’à une Franque. Elle eut une moue ironique et dit à voix haute :
– C’est très gentil au prince d’avoir pensé à renforcer la garnison de Terra Nuova. Mais si aucun de ces gens ne comprend les miens, je crois qu’il nous sera plus facile de coordonner une attaque avec les Turcs.
Un gros rire secoua les gens du château qui observaient les hommes sans grande aménité. C’est alors que le plus mince des cavaliers laissa tomber quelques mots en francien :
– Ne vous inquiétez pas, j’en sais assez pour sauver votre château, Dame Sarrasine !
Et il ôta le heaume qui masquait la plus grande partie de sa face.
Sous une mèche de cheveux noirs, raides et en bataille, le visage qu’il montra était aussi brun que celui d’un muletier de grand chemin. Son nez était un peu long, ses lèvres fines, ses traits avaient quelque chose de vif et de rusé, accentué par ses yeux un peu obliques, rieurs et sombres. Sibylle ne sut trop pourquoi, mais elle douta qu’il fût né en Syrie. C’était sans doute un soldat d’aventure, frais débarqué d’Outre-Mer, pillard et avide de batailles, venu plus pour le gain – ou pour échapper à la corde – que mû par la foi. 
– Je suis Pèir Esmalit, capitaine de cette route, poursuivit-il en sautant de sa monture. Je viens envoyé par le prince Bohémond et le sire de Bailleul.
– Bailleul ? C’est un homme d’ici… Vous n’êtes pas à Tripoli ? Vous n’êtes pas Toulousain ?
– Ah non, bon Gascon ! Mais je suis à Bailleul comme sergent, je loue mon épée qui, si elle n’est noble, n’est pas sans valeur ! Le prince se souciait de ce château sans seigneur, voyez-vous, alors il a demandé au sire Raoul de vous aider un peu, en attendant les Sarrasins.
Sibylle recula devant les relents de cuir et de cheval que le capitaine lui amenait si généreusement aux narines.
– Nous parlerons plus tard, dit-elle, vous avez chevauché longtemps, je vous fais préparer des bains.
Un sourire moqueur étira la bouche du routier.
–  Des étuves par cette saison ? Hils de putà, quel réconfort ! On m’a dit qu’à Terra Nuova, vous vivez comme le Basileus, c’est vrai.
– Nous avons de bonnes sources et des citernes pleines. Si la crasse vous couvre la peau, votre âme n’en sera pas moins noire, quoi qu’en disent les moines. 
Et elle jeta quelques ordres dans son parler mi-arabe mi-normand, plus une plaisanterie qui fit se moquer tous les gens du château et que les Gascons ne comprirent pas. Même les mamlûks riaient. 

Sibylle relisait le mot, courtois mais ferme, que lui avait adressé Bohémond le Bègue, via le capitaine Pèir Esmalit. Le prince lui intimait de faire le meilleur accueil aux hommes de Bailleul, dans ces heures où la Chrétienté tremblait devant les armées de Saladin. Terra Nuova n’était-il pas le château le plus avancé de la Principauté, défiant à la fois Alep et Hamâh ? Il fallait un chevalier pour relever ce château tombé en quenouille, tel était le sens du message. 
La garnison envoyée n’était qu’une avant-garde, bientôt les gens de Bailleul prendraient la forteresse en main, tout simplement parce qu’elle ne pourrait refuser plus longtemps le mariage qui s’annonçait.
Tout s’accomplissait, tel que Shudjâ’ l’avait vu. Elle devrait bientôt quitter Terra Nuova ou s’y lier pour toujours. 
« Alep… Je vais partir pour Alep. »

– Qui est ce capitaine ? demanda Shudjâ’, quand il revint, une fois encore, à Terra Nuova. 
– Il est envoyé par le Bègue et le sire de Bailleul pour prendre possession du château. Lorsque Raoul viendra me demander, ses hommes seront bien installés ici, trop bien pour en être délogés aisément.
– Je ne te questionne pas sur le sire Raoul, mais sur ce battâl. 
– Que te dire... Il est assez fin et rusé, vantard mais habile, et il exerce un grand charme sur nos gens... et surtout sur les femmes, alors qu’il n’est pas bien gracieux. Il se comporte plutôt bien et sait ne pas heurter les Normands avec sa garde. Les hommes, ici, ont été abattus par la fin de Bastian. Celui-là les rassure, malgré sa roture, car c’est un très bon meneur de troupe. 
– Méfie-toi de lui, c’est un furieux, de la race des limiers. Il a levé une piste et la suivra jusqu’au bout, s’il le peut.
– Quelle piste ?
– La tienne.
Sibylle fut parcourue d’un frisson puis secoua la tête, sceptique.
– Je ne pense pas. Quand j’ai annoncé ton arrivée et lui ai demandé de te laisser circuler où tu voulais, il a tout de suite donné le mot à ses hommes, sans rien objecter, sans question. 
– C’est un pisteur, insista le faqîr, il t’a flairée comme un enragé, même s’il ne sait pas encore ce qu’il doit chercher et où le poursuivre. Nous partirons bientôt.
C’était le soir, un de ces beaux soirs d’août à peine moins chauds que le jour, au ciel sec et pourpre. Sibylle se sentit soudain partagée entre envie de partir enfin sur le grand chemin de ses aventures et la nostalgie inattendue de quitter Terra Nuova.

Une fois encore, la dernière, assura-t-il, Shudjâ’ s’éclipsa, alors que Sibylle entrait dans sa vingt-troisième année. Il lui fit promettre de ne pas quitter Terra Nuova sans son signal, quoi qu’il advînt. Et il la quitta alors qu’elle ne devait plus jamais le revoir au château. 
Peu après son départ, elle reçut une missive de l’archevêque d’Antioche, l’enjoignant d’épouser le sire de Bailleul puisque, par la volonté de Dieu, il se trouvait veuf, lui aussi. Le sire Raoul espérait son consentement et lui demandait de le rejoindre à Antioche, où la noce serait célébrée au plus vite. L’archevêque laissait aussi entendre que le Bègue approuvait cette union et tenait beaucoup à l’accord de ses deux vassaux.
Sibylle savait que les gens de sa châtellenie ne la soutiendraient pas longtemps dans son refus de se remarier. Un Normand comme nouveau seigneur ne les gênait guère, moins qu’un étranger ou le Turc dans leurs murs. Elle ne savait quand Shudjâ’ lui ferait signe et elle devait se débrouiller seule, en attendant. 
Elle demanda à parler à Pèir Esmalit.
Ils étaient dans la salle commune, achevant de laisser filer les heures du soir, jouant aux échecs ou aux devinettes. Elle s’approcha du Gascon et après quelques questions de service, glissa à voix basse :
– Je voudrais vous parler en privé, assez vite. Je vous prie de me retrouver demain dans la chambre de Bastian.
Le capitaine haussa un sourcil mais étant, comme Sibylle l’avait jugé, plus fin que hâbleur, il ne dit mot et se contenta de baisser les paupières en signe d’assentiment. Puis il détourna l’attention des autres, se lançant dans une histoire un peu paillarde qui fit rire toute la salle.

Elle le reçut le lendemain. La présence de cet homme de courte stature mais plein de vie et de feu, dans la pièce toute pleine encore du souvenir de Bastian, lui sembla étrange. 
– Bon, Dame, fit-il sans délai, qu’est-ce que vous voulez ? Une requête ? Une faveur ? ajouta-t-il en inclinant la tête avec un air enjôleur.
– Vous savez que votre sire a demandé ma main.
– Oui, on s’en doutait tous un peu. Ça ne vous plaît pas ? J’en suis marri pour vous… Mais la guerre effraie les hommes et une femme ne les rassure guère.
– Je sais ! coupa Sibylle avec agacement. Cela fait des mois qu’on me le dit : il faut un homme à Terra Nuova, un chevalier ! Mais je ne veux pas du sire de Bailleul.
Pèir Esmalit hocha le menton d’un air compatissant et dit sans dureté :
– Je conçois votre peu de plaisir à tout cela mais tant qu’il me paie, je dois lui obéir.
– Vous ne lui avez pas juré foi, que je sache ! Vous n’êtes même pas chevalier, vous l’avez dit.
– Certes, mais je suis loyal en accord et en pécune, dit le Gascon avec une dignité de pape. Sinon, on se fait une mauvaise renommée et on ne trouve plus à se louer, voyez-vous…
– Et si je vous proposais, malgré tout, un bien meilleur marché ? Il faut un homme à Terra Nuova ? Prenez-le, ce château ! Et une fois seigneur, vous n’aurez plus à vous soucier du sire de Bailleul.
Pèir Esmalit resta muet un moment, le temps de bien réaliser ce que Sibylle proposait.
– Hilh de putà ! s’exclama-t-il enfin, oubliant en quelle compagnie il était. Vous m’en direz tant ! Et pourquoi moi ?
– Parce que nous ferons un marché. Vous prenez le château, la dignité, on vous adoubera, si vous y tenez… D’ailleurs, Terra Nuova vous revenant, le prince sera bien obligé de le faire lui-même, ce qui vous fera plus honneur ! Je ne sais quel accord l’a lié à Raoul de Bailleul mais je n’ai pas à tenir ses engagements. Et puis, pressé comme il est par les musulmans, il ne viendra pas venir nous assiéger ici et devra consentir, bon gré mal gré.
– Mais pourquoi moi et pas Raoul ? Il vous déplaît tant que ça, ce Normand ? Il n’est pourtant ni boiteux, ni bossu, ni empêché du vit, je vous assure !
– Parce qu’il ne me laissera pas libre d’agir à ma guise, lui et sa famille, fit calmement Sibylle. Je ne veux pas de maître ici. Vous aurez le château et vous commanderez aux gens comme vous l’entendrez, mais laissez-moi libre de vivre comme il me plaît.
Il la considéra avec un regard réfléchi et rusé. 
– Cela veut-il dire que vous comptez me planter sur le front des cornes qui m’empêcheront de passer sous toutes les portes de Terra Nuova ?
Sibylle se mit à rire.
– C’est cela que vous craignez ? 
– Hé oui, voyez-vous, chez moi, on a l’honneur sensible ! On ne craint ni les barons ni les princes, mais la honte, ça vous écouille un homme ! Et les assemblées du Bel Amour et autres joutes de courtoisie entre châtelaine et damoiseaux, ça ne me va guère non plus.
La châtelaine de Terra Nuova lui jeta un regard d’une grande douceur, dont il se méfia.
– Assurément, vous n’ayez rien fait pour mériter un tel sort. Vous n’êtes pas le seigneur Raoul. Si vous voulez ma parole là-dessus, vous l’avez : je serais d’une adamantine fidélité à nos vœux de mariage. Ce n’est point là-dessus que j’entends être libre.
– Mouais, murmura-t-il en sa langue, « Nada himela ne cèrca pas lo mascle, hòra de la prima, sonque la hemna». Enfin, se retrouver, d’un coup de dé, seigneur du château, c’est une fortune qui ne se refuse pas, je suppose… Mais vous êtes une curieuse châtelaine !
– Tous les Terra Nuova sont ainsi. Ma mère a épousé mon père qui n’était guère plus haut que vous. On va dire que c’est l’usage de notre lignée.
Le Gascon s’inclina avec raillerie. Puis il se leva du coussin sur lequel il s‘était assis et se dirigea vers la sortie.
– Vous êtes-vous navré la jambe ? 
Il se retourna, surpris.
– Pourquoi ?
– Vous clopinez un peu, ce me semble.
La face d’Esmalit s’empourpra subitement, ses lèvres se tordirent, et Sibylle s‘étonna de cette fureur.
– Vieille blessure de guerre, qui se ravive quelquefois, articula-t-il péniblement, comme si les mots lui coûtaient à dire. 

Sibylle choisit de parler elle-même de ses projets de mariage aux jeunes frères de Corbin. Tout comme leur aîné, Mascelin et Pierremont avaient grandi au château, envoyés enfants au service de Bastian. Ils étaient à Terra Nuova plus qu’à leur seigneurie d’origine et, depuis la mort de Corbin, ils s’étaient encore rapprochés de Sibylle et la servaient en tout. 
Elle alla trouver le capitaine et lui annonça qu’elle partait chasser en plaine avec les deux garçons, qu’ils dormiraient une nuit sous la tente. Pèir Esmalit s’effara :
– Par les temps qui courent ? Alors que vous pouvez vous trouver nez à nez avec une troupe de Turcs ? Saladin arrive, je vous le rappelle ! 
– Il n’est pas encore là, répondit Sibylle avec sa hauteur habituelle, et je ne pars pas en Tartarie, juste en bas, au bord de l’Afrine. J’emmène mes deux mamlûks et si quelque chose ne va pas, nous rentrons.
Il la fixa encore, ses yeux bruns essayant de la percer à jour.
– Vous tenez tant à vous faire attraper par les Sarrasins ?
– J’ai besoin d’air et de mouvement, cela fait des semaines que je n’ai pas quitté le château. J’étouffe, et il n’y a pas l’ombre d’un assaillant en vue ici !
Tournant les talons, faisant voleter avec dédain ses longues manches, elle s’était hâtée de quitter la place, pour ne pas répondre à trop de questions.

Ils partirent très tôt, avec deux faucons et le grand lévrier que Sibylle aimait et qu’elle appelait Barq l’Éclair.
Ils s’arrêtèrent au bord de l’eau, montèrent la tente et veillèrent une partie de la nuit. Mascelin, qui avait appris la langue d’oc en même temps que la musique, sortit son luth pour chanter (ce qui aurait rendu fou enragé Pèir Esmalit, tant il leur avait recommandé la prudence, s’ils dormaient au-dehors). Sa voix claire et nette trancha la nuit :
« Pos de chantar m’es pres talentz,
Farai un vers don sui dolenz :
Mais no serai obedienz
En Peitau ni en Lemozi.
Qu’èra m’en irai en eissilh :
En gran paor, en grand perilh,
En guerra laissarai mon filh,
E faran li mal siei vezi.
Lo departirs m’es aitan grièus
Del senhoratge do Peitièus :
En garda lais Folco d’Angièus
Tota la terra e son cozi. »


Quand les mamlûks s’éloignèrent pour veiller, Mascelin posa son instrument et dit à Sibylle :
– Vas-tu épouser le sire de Bailleul ?
– Non, dit Sibylle. J’ai convenu en secret que j’épouserai Pèir Esmalit.
Les deux garçons s’étranglèrent. 
– Celui-là ! Il n’est même pas chevalier ! Ce roturier ! Ce fumier d’étable !
– Ça n’aura guère d’importance si Saladin arrive à Antioche. Il faut défendre Terra Nuova et c’est une bonne épée, sans doute, puisqu’il trouve à la louer.
Les deux frères se taisaient, butés, assombris.
– Vous ne comprenez pas ! Les gens de Terra Nuova ont peur. Ils savent que Saladin arrive et ils veulent un seigneur au château. Ils me presseront pour que je prenne quelqu’un, n’importe qui, si ce n’est Raoul. Pèir Esmalit s’est fait aimer d’eux, ils l’accepteront pour seigneur.
– Mais toi ? insista Pierremont. Ce mariage n’est rien pour toi ? Tu te donnes à un sergent au sang vil et tu lui donnes Terra Nuova.
Sibylle haussa les épaules.

 – Une chose est sûre : si Terra Nuova résiste ou si ses gens échappent aux chaînes des Turcs, ce ne sera que parce qu’il en aura commandé la défense.

À feuilleter ou acheter surAmazon : La Rose de Djam: I. L'appel des Quarante

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