Le terme de religion ne dérive pas, selon une étymologie aussi fade qu'inexacte de ‘religare’ (ce qui lie l'humain et le divin), mais de 'relegere’, qui indique l'attitude de scrupule et d'attention qui doit présider à nos rapports avec les dieux, l'hésitation inquiète (l'acte de “relire”) face aux formes – et aux formules – qu'il faut observer pour respecter la séparation entre le sacré et le profane. 'Religio’ n'est pas ce qui unit les hommes et les dieux, mais ce qui veille à les maintenir séparés. Ce ne sont donc pas l'incrédulité et l'indifférence à l'égard des dieux qui s'opposent à la religion, mais bien plutôt la “négligence”, c'est-à-dire une conduite à la fois libre et “distraite” – c'est-à-dire déliée de la religion des normes – adoptée face aux choses et à leur usage, aux formes de la séparation et à leur signification. Profaner signifie : libérer la possibilité d'une forme particulière de négligence qui ignore la séparation ou, plutôt, qui en fait un usage particulier. Profanations, Giorgio Agamben.

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