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Articles

Affichage des articles du juin, 2013

L'acte d'être des blonds d'Aquitaine

Après l'acte d'être de la chauve-souris, celui des bœufs blonds d'Aquitaine :
Des blonds d'Aquitaine, j'en avais déjà vu, et je savais combien ils sont grands et comme ils semblent plongés, plus que les autres encore, dans une interminable douceur et combien cette douceur, qui accompagne le beige soyeux de leur robe jusqu'à une imposante paire de cornes, peut n'être aussi que le masque ou la forme alentie de leur puissance.  En tout cas, devant ces deux bœufs âgés tous les deux de dix ans mais qui semblent selon nos critères à la fois jeunes et sans âge, ce qui se passe, et je peux témoigner que c'est le cas pour tous ceux qui les croisent, même s'ils jugent bon d e s'en tirer assez vite par de petites remarques ou des plaisanteries, c'est que ces animaux franchissent sans effort le pas de la simple présence et de la simple reconnaissance pour aller se poser au-delà de toute identification rassurante, dans une ancienneté qui n'est pas ce…

Souffrance et art de vivre

Chaque personne qui nous fait souffrir peut être rattachée par nous à une divinité dont elle n'est qu'un reflet fragmentaire et le dernier degré, divinité dont la contemplation en tant qu'idée nous donne aussitôt de la joie au lieu de la peine que nous avions. Tout l'art de vivre, c'est de ne nous servir des personnes qui nous font souffrir que comme d'un degré permettant d'accéder à sa forme divine et de peupler ainsi journellement notre vie de divinités. Marcel Proust, Le temps retrouvé.

Le visible est le caché

Vivre en effet, c'est pour chaque animal traverser le visible en s'y cachant : des animaux, la plupart du temps, on ne voit qu'un sillage et l'espace de nos rencontres avec eux, lorsqu'ils sont sauvages, est toujours celui de la surprise et de la déception. Ils surgissent, ils sont dans l'ordre du surgi, mais rarement pour qu'à partir de là un déploiement soit rendu possible et s'enclenche. L'affect de la rencontre avec eux reste lié aux régimes de l'irruption, de suspens bref et de la fuite. Au caché, d'où ils viennent, ils retournent, et souvent le plus vite possible, avec une incroyable et élégante dextérité. Avant même que la chasse ne s'informe des modes infiniment variés et des vitesses de cette dissimulation, il semble que la véridicité du monde animal ait eu à s'établir, pour elle-même, sur ce fond glissant de fuites et de refuges : les territoires, qu'on peut définir comme des surfaces arpentées et, donc, comme des surf…

Pas d'étiquettes sur le front des chevaux

Recourir à la force ? Il est Tout Puissant. À la justice ? Qui me fera comparaître ?
Suis-je juste, ma bouche me condamnera; Suis-je innocent, il me déclarera coupable.
Innocent ! Je le suis; mais je ne tiens pas à la vie, Je méprise mon existence.
Qu'importe après tout ? Car, j'ose le dire, Il détruit l'innocent comme le coupable.
Si du moins le fléau donnait soudain la mort !… Mais il se rit des épreuves de l'innocent.
La terre est livrée aux mains de l'impie; Il voile la face des juges. Si ce n'est pas lui, qui est-ce donc ?

Job, 9, 14-24.

'Suis-je innocent il me déclarera coupable' ; à cela fait écho Ibn Hazm quelques siècles plus tard, qui aurait dit
« Dieu ne serait pas même lié par sa propre parole et que rien ne l'obligerait à nous révéler la vérité. Si cela était sa volonté, l'homme devrait même pratiquer l'idolâtrie. » .
C'est la bonne vieille question de savoir si Dieu est limité par Sa propre perfection ou non. Peut-il être injuste…

Wrong

La Rabouilleuse ou un ménage de garçon

D'un point de vue technique c'est on ne peut plus mal foutu : des intrigues non pas à tiroirs mais qui se succèdent comme des wagons disparates accrochés négligemment les uns aux autres, comme si on quittait à chaque fois un roman pour un autre, une hésitation constante sur qui est, au final, le personnage principal, une fin expédiée vite fait et on ne peut plus bateau (le méchant qui meurt dans le désert sous les coups des Arabes, ça fait très comtesse de Ségur, en somme) : C'est invraisemblable, grandiloquent, larmoyant… et tout à fait captivant, comme un vrai bon roman-feuilleton.

« Demain, n'est-ce pas, à quatre heures? »

Samedi 17 janvier.—L'on ne se doute guère de l'héroïsme secret déployé par les suprêmes élégantes de Paris. Le besoin qu'elles ont d'être toujours en vue, sous peine d'oubli du public, leur fait traiter la maladie, la mort avec des dédains et des mépris sublimes de légèreté et de hauteur. Mme X… était, il y a huit jours, à la représentation de FORT-EN-GUEULE, et la salle, à la voir toute charmante et toute souriante, ne pensait guère, que lorsque les yeux de cette femme regardaient dans sa jumelle, ils ne voyaient pas ce qui se jouait sur la scène, mais qu'ils voyaient les affreux instruments d'acier, les bistouris impitoyables qui allaient la déchirer, le lendemain matin, et lui faire, pour la septième fois, l'opération des glandes cancéreuses. Remontée dans sa voiture, elle jetait à un ami: « Demain, n'est-ce pas, à quatre heures? » voulant que le lendemain ressemblât à ses autres jours de femme à la mode. Hier, l'opérée avait un érisypèle su…

La vie de Jésus

Un film captivant, très beau, mais merde, pourquoi c'est le seul beau gosse gentil et romantique qui morfle dans ce monde de tarés biologiques à qui il faut pardonner car ils ne savent pas ce qu'ils font ? Jésus, c'est Kader, en fait.


Des trois sortes de plaisirs en cours :

Ce qui en ce moment me fait vraiment plaisir à vivre :

– Acheter de la musique.
– Poster de bons passages de livres sur ce blog, ou avoir ranimé ce blog, en général.
– Relire La Sagesse orientale.
– Trier mes livres, ce que je vends, ce que je garde et resserrer ainsi ma bibliothèque intérieure.

Ce qui cause un certain plaisir mêlé d'efforts ou de tension, parfois de quelque chose proche de la douleur, ou ce qui est fait avec un plaisir ténu qui n'est peut-être là que pour meubler les cases d'un calendrier d'Avent qui durerait une vie entière à devoir s'ennuyer, sinon ?

– Voir des films.
– Cuisiner.
– Lire de bons livres

Ce qui est pénible à commencer mais bienfaisant une fois entamé et qui satisfait une fois terminé :

Écrire la Rose.
– Le ménage hebdomadaire.
– Écrire dans Amêdî.

Avant l'été

Ce matin, réveillée par la pluie, lourde. Tout est vert et gris sombre, comme dans Trois Saisons ou À la verticale de l'été. C'est en regardant des films vietnamiens que j'ai commencé à aimer la pluie.


Bubble

Un film intriguant parce que à faux suspens, en fait. On attend un dénouement surprise, et finalement il n'y en a pas. Les crimes ne sont pas inattendus. Les crimes sont prosaïques, banals et sans ingéniosité.



Pop Eye & Mr. Dickens

"I will be honest with you. I have no wisdom, none at all. The truest thing I can tell you is that whatever we have between us is all we've got. Oh, and of course Mr. Dickens." Who was Mr. Dickens ? And why, in a village population of less than sixty, had we not met him before ? Some of the older kids tried to pretend they knew who he was. One even said he was a friend of his uncle's, and encouraged by our interest went on to say he had met Mr. Dickens. His claim was soon exposed by our questions and he sloped off like a kicked dog. It turned out no one knew Mr. Dickens. "Tomorrow, I told my mum, "we meet Mr. Dickens." She stopped sweeping and thought. "That's a white man's name." She shook her head and spat out the door. "No. You heard wrong, Mathilda. Pop Eye is the last white man. There is no other." "Mr. Watts says there is." I had heard Mr. Watts speak. I had heard him say he would always be honest with kids.…

Christian Rohlfs : le sermon sur la montagne

Everything Is Illuminated

Beaucoup aimé. Des personnages et une histoire qui me font penser à Marooned in Iraq, de Bahman Ghobadi. Téléchargé le livre, du coup. Jonathan Safran Foer est terriblement chiant dans Eating Animals dont je m'inflige la lecture en ce moment, et qui vérifie la règle selon laquelle tous les végétarien prêcheurs et prosélytes sont mortels d'ennui. J'avais bien aimé Incredibly Loud And Extremely Close, pourtant.


Lu les premières pages qui commence avec la voix d'Alex et c'est très bon, tonique et drôle, comme le film. Bref, il vaut mieux pour Jonathan Safran Foer de s'abstenir de parler nourriture.



Ulysses

Si vous aviez le choix de dîner avec trois personnes, mortes ou vivantes, quelles seraient-elles ?

Cette question tirée d'une page web débile sur 'comment en savoir un max sur quelqu'un au premier rendez-vous (genre Meetic). J'imagine la tête d'Anadema avec mes réponses, tiens…
Le premier qui m'est venu à l'esprit, c'est évidemment Sohrawardî : d'abord pour savoir à quoi il ressemble (et comparer avec l'image que j'en donne dans La Rose de Djam) ; le voir en chair et en os. Quant aux questions que je pourrais lui poser, je crois que je serais surtout pétrifiée de… non pas de timidité, mais écrasée par le sentiment de ma nullité intellectuelle, de mon insignifiance. Je crois que j'ouvrirais à peine la bouche ! Juste l'écouter. Un cours magistral, en somme.
Du coup, en second convive, je voyais bien Mollah Sadra. Ce serait fabuleux d'assister à leurs débats, discussions, chipotage de lumières archangéliques et comment je te coupe l'étant - existant en 4 ou 8… Là encore, c'est sûr, je la fermerais comme un cancre ébloui …

Home

Film très chouette, dont tous les personnages sont attachants, barrés et sympathiques. Ça pourrait mal finir, mais même pas. Les seuls sinistres sinistrés sont les usagers de l'autoroute, à peine humains. Somptueux Wild is the Wind de Nina Simone à la fin.







Tokyo Park

Film très doux, très poétique. Avec cette grâce délicate et, en même temps, naturelle, de ne pas séparer vivants et morts, qui est bien un don de l'Extrême-Orient. En Occident, un fantôme serait soit 'fantastique' et donc effrayant, soit mièvre et ridicule, comme dans Ghost, avec en plus ces histoires de Jugement dernier et toute cette vulgarité… De Shinji Aoyama, j'avais aussi beaucoup aimé Eurêka. Il y a une façon toute japonaise que j'adore, de parler d'amour et de mort. Ils y vont à fond dans les sentiments et pourtant c'est retenu comme une corde d'arc.




La Révolution a laissé en France beaucoup de religion, mais peu de bienveillance pour ses ministres; et, dès qu'un ecclésiastique veut ajouter l'influence politique à l'influence religieuse, il perd toute considération. On ne le tolère qu'à l'église ou au lit du pauvre; mais, là, on le respecte et le révère. Je ne sais si c'est mieux ou plus mal, mais c'est ainsi que la Révolution nous a faits.Récits d'une tante (Vol. 3 de 4). Mémoires de la Comtesse de Boigne, née d'Osmond.

Seeking A Friend For The End Of The World

Comédie gentillette, qui fonctionne avec le duo banal 'la fofolle et le lugubre' (plus drôle dans L'Impossible Monsieur Bébé). Gentillet et pas désagréable, mais le film donne l'impression que toutes ses scènes ont été pompées dans d'autres films et mises bout à bout. Ce n'est pas un film à citations, on dirait plutôt un patchwork de copier-coller-remonter. Steve Carell est pas mal, mais il était mieux dans Little Miss Sunshine. Keira Knightley en fait des tonnes dans la grimace (c'est même son unique jeu, à part relever sa mèche).