jeudi 28 mars 2013

Sagesse de Tom Sawyer


'Why, drat it, Huck, it's the stupidest arrangement I ever see. You got to invent all the difficulties. Well, we can't help it; we got to do the best we can with the materials we've got.'
*

'He had forgot me and everything else. He had his chin in his hand, thinking. Pretty soon he sighs and shakes his head; then sighs again, and says: "No, it wouldn't do—there ain't necessity enough for it." "For what?" I says. "Why, to saw Jim's leg off," he says. "Good land!" I says; "why, there ain't no necessity for it. And what would you want to saw his leg off for, anyway?" "Well, some of the best authorities has done it.'

lundi 25 mars 2013

Si Pâques s'apprend



Hier, feuilletant les Grande et Petite Passions de Dürer, et écoutant aussi toute la Passion de Mathieu par Klemperer, je me disais que j'aimais vraiment ce temps de Pâques, ce  temps doux-amer. Autant Noël m'ennuie avec toute son imagerie sucrée et mièvre, le marmot, le bœuf et l'âne, etc., autant Pâques est comme un bonheur déchirant.

Et s'il y en a un qui a vraiment compris Pâques, et cette nuit du Passage, c'est Jankélévitch.

Albrecht Dürer, 1521, Städtisches Kunstinstitut, Frankfurt


"C'est au fond du désespoir que la grâce ira nous chercher ; mais on n'est jamais au fond tant qu'on le sait : car le désespoir qui "sait" transcende encore son malheur ; car ce désespoir trop conscient est une pseudo-douleur, une impure douleur, au lieu d'être la douleur sincère qui souffre par amour et remords, et qui reprend confiance dans le doute le plus extrême ; car le désespoir qui se regarde désespérer dans un miroir et louche sur sa belle âme est, comme nous le disions, un disperato de théâtre et une sublime attitude, et il devient à la fois spectateur de lui-même et spectacle pour lui-même au lieu d'être un vrai désespoir tragique. La rédemption, sauvetage in-extremis, consolera le désolé à la dernière minute ou du moins à l'instant pénultième en le faisant rebondir du non-être dans l'être. Telles sont les trois heures obscures du mont Calvaire "entre la sixième heure et la neuvième", quand les ténèbres s'abattent sur toute la terre et que tout est en suspens. Alors les êtres retiennent leur respiration et n'attendent même plus l'aurore. C'est le trou noir dans l'extrême agonie. Le vide béant. L'autel éteint. Le silence tragique. Beaucoup de désespérés ont eu ainsi leurs trois heures d'angoisse et de délaissement ; dans l'éternité provisoire de leur agonie, bien des hommes se sont demandés une fois : à quoi bon ? et ont reproché à Dieu leur déréliction et leur solitude : "Il souffre cette peine et cet abandon dans l'horreur de la nuit", dit Pascal d'une autre ténèbre et d'une autre solitude. Car c'est au jardin des Oliviers que Jésus s'écrie : Triste est mon âme jusqu'à la mort. Jusqu'à la limite de la mort ! usque ad mortem... Cette angoisse mortelle, cette angoisse majeure, cette suprême angoisse, c'est le désespoir lui-même, autrement dit la maladie mortelle et l'acumen tragœdiae après lequel il n'y a plus que l'aube de la renaissance... Il faut donc aider la grâce et faire comme si notre peine devait servir à quelque chose, mais non pas avec l'intention expresse, intéressée et mercenaire de l'utiliser pour notre salut. L'âme qui se sera prêtée sans calcul ni arrière-pensée à sa nuit de Gethsémani sera mieux aguerrie pour affronter ensuite cet enfer d'entre midi et trois heures, ce minuit méridien, cette nuit en plein jour ; sur le moment l'enfer du désespoir apparaît au désespéré comme un présent éternel et définitif, mais après coup l'enfer éternel n'aura duré que trois heures ; après coup notre labeur aura finalement servi à quelque chose ; désespérer ce n'est donc pas travailler fructueusement en vue de ses intérêts, de ses affaires ou de sa candidature, mais consentir à l'épreuve dans un esprit de renoncement et d'entière innocence." 
Vladimir Jankélévitch, Les Vertus et l'amour, I, Si la vertu s'apprend.




Bien sûr,  par rapport  au vrai désespoir, celui des disciples qui n'y croyaient plus, nous trichons un peu, goûtant les voluptés douloureuses de la nuit de Gethsémani, de l'agonie du Golgotha, nous versons des larmes attendries sur le tombeau, Mache dich mein Herze rein (BWV 244), mais nous savons, nous, que le dimanche de Pâques suit toujours la Passion. Nous savons, avec le Christ, comment ça se termine. Donc nous nous attendrissons, mais comme devant un film touchant dont nous savons qu'il finira bien : après les larmes et la peine, les pleurs de joie. Cela dit, le Christ aussi savait comment cela allait se terminer (à moins que…), et c'est donc un peu un cadeau qu'il nous fait, que cette Pâques-là : pouvoir la vivre comme il la vivait lui (la souffrance en moins).

Cela dit, le malheur nous rattrape souvent en nous assénant nos propres nuits de Gethsémani, sans que nous puissions imaginer que Pâques viendra après, pour tout retourner dans le bon sens, pour remettre notre monde sous le soleil. C'est pour ça qu'il faut profiter de Pâques et de son petit drame qui se joue tous les ans, car il est tout aussi nécessaire et tout aussi difficile de s'entraîner, tout le reste de l'année, à la joie comme à la tristesse.

Albrecht Dürer : Christus und Magdalena



samedi 23 mars 2013

Sagesse de Huckleberry Finn


"When I got there it was all still and Sunday-like, and hot and sunshiny; the hands was gone to the fields; and there was them kind of faint dronings of bugs and flies in the air that makes it seem so lonesome and like everybody's dead and gone; and if a breeze fans along and quivers the leaves it makes you feel mournful, because you feel like it's spirits whispering—spirits that's been dead ever so many years—and you always think they're talking about you. As a general thing it makes a body wish he was dead, too, and done with it all."

jeudi 21 mars 2013

'The heart lies and the head plays tricks with us, but the eyes see true'



"Opening your eyes is all that is needing. The heart lies and the head plays tricks with us, but the eyes see true. Look with your eyes. Hear with your ears. Taste with your mouth. Smell with your nose. Feel with your skin. Then comes the thinking, afterward, and in that way knowing the truth."

dimanche 17 mars 2013

'savoir en toutes circonstances quand et où se poser'


Hier, printemps. Fenêtres ouvertes toute la journée. Travaillé mon soureth durant trois heures.




Le soir, regardé Mondovino, très bon documentaire. D'abord regardé ça en buvant de la kro, cette pisse d'âne. Puis décidé que ça ne la faisait pas devant un tel film. Ouvert un jour en avance un Bourgogne Grand Ordinaire Domaine Saint-Valentin de 2005. Je me demandais ce que ça donnerait. Vin curieux, avec un goût de cerise prononcé, qui m'a rappelé des vins libanais, qui se laisse boire et ne rend pas malade. Pas mal.





Sous le sable, d'Ozon. Le manque, c'est la présence (la mancanza è la presenza), comme dit Erri de Luca. Dommage que l'intrigue, longuette et ennuyeuse avec le personnage de Vincent, ne rend pas justice à l'histoire qui était un bon point de départ.

Un jour à m'habiller de noir, à ne me nourrir que de café, à écouter du Liszt : 'J'ai perdu ma force et ma vie'. Tout pour garder le sourire.

Le soleil, la neige, le froid.


Le soir, salade de chou fleur et pommes de terre, filet de panga poêlé, 3 endives à la vinaigrette et moutarde.


Toute cette glose sur l'unique poumon du pape, alors que tout ce qui est requis de lui est d'avoir 2 couilles.

Le Yi King est là pour nous enseigner ce que les oiseaux font naturellement : savoir en toutes circonstances quand et où se poser.

samedi 16 mars 2013

Si l'on tient au destin, il se manifeste, alors que le principal intérêt de l'inattendu est d'être imprévisible...




Le tirage « baromètre », sans question, est connu de la plupart des utilisateurs. Certains le pratiquent de façon régulière, le matin, par exemple, pour la journée à venir. Je crois qu'ils se leurrent un peu s'ils le font dans l'idée qu'une journée d'activités est pré-déterminée par une sorte de destin, mais ce n'est qu'un point de vue. Si l'on tient au destin, il se manifeste, alors que le principal intérêt de l'inattendu est d'être imprévisible... Une variété de tirage baromètre consiste à faire appel à l'oracle quand on ressent une gêne intérieure, ou même une angoisse dont on ignore la cause. Il y aura, dans ce cas, une question, mais fort simple : « De quoi s'agit-il ? ». Le processus matériel de consultation, ou le temps qu'on passe à construire un hexagramme suffiront souvent à produire une détente. Il m'arrive d'effectuer un tirage même quand je sens parfaitement quel est le problème et comment il faut le résoudre. C'est un moment de concentration ouverte qui est utile en soi.
*
Le fondement de toutes nos demandes, des plus banales jusqu'aux plus graves, est toujours le même : « comment faire pour occuper la place qui me revient de droit, à moi qui suis le vrai centre de l'Univers?». On ne pose pas cette question-là de vive voix, c'est contraire à la morale conventionnelle. Et pourtant, et pourtant.. 
Propos sur le Yi Jing, Jean-Philippe Schlumberger. 









jeudi 14 mars 2013

Les inversions oraculaires

"On ne peut pas conclure une réflexion sur l'intuition sans mentionner que nous inversons parfois ce qu'elle nous suggère. Nous avons tous en nous un double miroir dont une des faces reflète l'expérience passée et l'autre un être fictif, centre artificiel de la plupart de nos actes. Ce "moi" est loin d'être inutile. C'est lui qui nous a conduit de la petite enfance à l'âge adulte ; il entretient aussi une continuité d'intention que la société humaine rend nécessaire. Mais ce miroir de la mémoire et du moi est parfois déformant. Il devient alors une source d'erreurs de toutes sortes, dont la plus gênante est l'inversion complète du penchant intuitif. Les cas extrêmes de personnes qui choisissent systématiquement les parcours les plus dangereux sont heureusement rares mais je pense que chacun a pu faire les expériences bénignes d'un mot pour son contraire ou le piège de la gaffe qui nous fait dire, malgré nous, ce qu'il fallait justement taire. Au pire, nous serons peut-être de ceux qu'une destinée accable – "ce n'est qu'à moi qu'il arrive de pareilles choses !" – peut se dire avec humour et être ressenti, à part soi, dans une profonde détresse. Ces déformations négatives ne sont pas le fait de l'intuition, qui est impersonnelle. Souvent, elles sont issues d'habitudes anciennes, mouvements de crainte, de défense ou de soumission qui continuent à tourner dans une étroite zone d'obscurité qu'on ne visite plus jamais. Ces mécaniques oubliées déterminent nos humeurs et nos comportements comme de vieilles horloges poussiéreuses qu'il est très difficile de réparer et plus encore de démonter sans aide. Étant l'inverse de l'intuition vivante, elles sont pourtant capables de la saisir au passage et de la retourner, produisant, par l'intermédiaire du Yi Jing, des réponses parfaitement déprimantes. Comment savoir si nous avons affaire à l'une de ces inversions ou bien à de véritables mises en garde ? Remarquons tout d'abord que toutes les indications oraculaires du vieux livre sont accompagnées d'un mode d'emploi : une sentence toute négative n'est jamais seule – d'autres tendances existent dans la même situation – et les rares sonnettes d'alarme indéniables ne signifient nullement que vous êtes condamné, mais qu'il vaut mieux ne pas s'engager plus avant. En second lieu, si la majorité de nos réponses, quel que soit le sujet de la question, paraissent catastrophiques, je pense que c'est le moment d'avoir des doutes. Est-ce à dire que vous devez renoncer à l'exploration du Yi Jing parce que les robots répétitifs en détournent le sens ? Pas du tout.
Je dirai même qu'au contraire, il est peut-être bon de persévérer. De retrouver, par la pratique du vieux livre, le chemin direct de l'intuitif. Comment fait-on ? C'est très simple, et comme tout ce qui est simple, ce n'est pas toujours facile : il faut avoir confiance dans une part de soi où l'on n'est pas.


C'est un point qu'il faut trouver dans la sensation intérieure, ce qui exige du silence et de la détente, mais je vous assure que nous sommes tous centrés sur un vide. Rien de transcendant, vraiment, ce n'est que l'absence de toutes les représentations qu'on a en soi, celles qu'on nous a léguées, celles qu'on s'est faites. À partir de là, c'est ouvert. Il est vrai qu'on ne s'y maintient pas longtemps, mais on a vu, une simple référence en passant suffit. Prenons la chose autrement : on n'échappe pas à son maigre destin d'automate en lui donnant à chaque instant la place centrale, encore moins en le combattant, mais on peut apprendre à passer à côté ou en-dessous, parfois, quand c'est très dur. L'espace autour de nos problèmes est infini. C'est comme si nous nous obstinions à forcer une porte close qui se dresse, solitaire, au milieu d'une vaste plaine. En réalité, il n'y a pas d'encombrement, l'espace est toujours accessible. Reste une dernière angoisse : à quoi s'accroche-t-on quand il n'y a pas d'obstacle ?"
Propos sur le Yi Jing, Jean-Philippe Schlumberger.

dimanche 10 mars 2013

Nassereddin Shah and his 84 wives.



In another country, quel film emmerdant…


Le deuil quasi-général autour de la mort de Chavez me rend perplexe, tout les comme les pleureuses pour celle de Kadhafi. Et celui qui suivra la mort de Castro. J'ai du mal à comprendre l'engouement pour les dictateurs de la part de gens qui hurlaient au retour de la Gestapo sous Sarkozy.

Les étudiants qui se font sortir 10 bouquins, passent 5 mn à les feuilleter avec un soupir, demandent mollement si on emprunte, repartent.


Des fois, je me dis que des Kurdes en pleine discussion battraient des Italiens en concours de décibels… Ça doit être l'habitude des montagnes : devoir gueuler d'un sommet à un autre rien que pour se dire bonjour.

et hop une dent en moins.

8 mars : bosser avec des Kurdes, ces terreurs machistes.
Et de 2 (oui, il y a émulation).

Adoré Nassereddin Shah and his 84 wives. J'aime bien l'époque qadjar, en plus.

lundi 4 mars 2013

Sagesse de Huckleberry Finn


'It didn't take me long to make up my mind that these liars warn't no kings nor dukes at all, but just low-down humbugs and frauds. But I never said nothing, never let on; kept it to myself; it's the best way; then you don't have no quarrels, and don't get into no trouble. If they wanted us to call them kings and dukes, I hadn't no objections, 'long as it would keep peace in the family; and it warn't no use to tell Jim, so I didn't tell him. If I never learnt nothing else out of pap, I learnt that the best way to get along with his kind of people is to let them have their own way.' 

dimanche 3 mars 2013

Widerstehe doch der Sünde




Terminé Stoner, de John Williams qui est vraiment un très bon roman, comme Eugénie Grandet, que je n'avais jamais trop apprécié, et que je lis soudain avec plaisir. Ça doit être l'âge. Il faudrait que je relise Madame Bovary, pour voir.




Dans la maison, film très jouissif sur ces animaux dangereux et pervers que peuvent être les écrivains, les romanciers comme les diaristes.


Temps gris, glacé, mouillé, même plus de vraie neige.

J'ai une radio dentaire à 9 h 45. Je déteste devoir faire des choses avant 11h. Selon mon nouveau dentiste, je suis une curiosité scientifique et toutes les facultés dentaires devraient se pencher sur mon cas.

J'aimerais aussi acheter les Cantates de Bach de Cantagrel en ebook pour mon kindle, ayant déjà la version papier, mais devoir acheter 30 euros un ebook me met en fureur.

On va bientôt trouver du cheval dans les steaks de soja des vegan et là je m'étouffe de rire. Quant au porc dans les döner kebab : à vrai dire, je suis étonnée qu'on n'y ait pas trouvé, en plus,  du caoutchouc de pneu recyclé ou de la viande humaine.

Galettes de blé noir fourrées au humous #MesPetitsDéjeunersCarême

Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment. Dany Laferrière.