La sagesse du bonsaï


Acheté un bonsai ficus assez laid mais qui tendait vers moi ses branches de façon pathétique, un peu comme on se fait avoir dans une animalerie quand, au milieu de chiots et de chatons ravissants, on croise le regard suppliant du laideron. 

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  Departures, de Yojiro Takita, joli film, très agréable, vu d'une traite.


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 Enfin, le premier jour de Carême ! Pourquoi j'aime autant ça ? Je ne sais. Je crois que j'aime les changements ; le Carême, c'est comme un voyage, un peu la même ascèse. Et puis me voir fondre, me dire que je serai plus en forme, tout ça… 


En fait, cela trompe aussi mon ennui. Et puis j'aime les règles, les almanach, les emplois du temps, les maqâms, les étapes, les protocoles. 

Pas eu faim de la journée. J'étais même en plein conscience, tranquille, sans attente ou une attente de rien. Comme en voyage. 

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Un soir, je croise, un nombre plus élevé de couples que d'habitude, marchant main dans la main, mais pas comme des flâneurs, du pas de ceux qui se rendent quelque part. Ah oui, Saint-Valentin ! 

Curieusement, la plupart ont la même allure : ils se donnent la main mais ne se regardent pas, ni ne se parlent. L'homme a souvent un air concentré, fermé, comme s'il révisait quelque chose, un plan, un protocole. La femme, plus nonchalante, ou en retrait, ou en attente. Pas de sourire. On dirait qu'ils se rendent à l'église pour une cérémonie, presque un devoir familial, ou social. 

 La Saint-Valentin, c'est comme Noël ou le Jour de l'An. Quand on a avec qui (on doit) fêter ça, c'est souvent la corvée, la fatigue, l'ennui inconscient ou non. Quand on est seul, c'est le sentiment de la lose, ou du ratage, enfin du doute : ai-je bien fait ? ai-je réussi ma vie ? 

Au reste, les vrais amoureux n'ont sans doute jamais envie de sortir ce soir-là, de se joindre au troupeau sinistre. 

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 Me mettre en accord avec la saison. Pour le moment il n'y a que des pousses, sous la terre, qui peinent à percer le sol mais qui percent, tout de même, imperceptiblement. Des fois, je me dis que Dieu fait de nous des bonsaï. Torturer la pousse, pour bien la (dé?)former. La sérénité du maître, ce n'est peut-être, finalement, que la sagesse du bonsaï.

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