Pluralité, égalité et pizzicato



Glenn Gould me remplit d'allégresse quand il joue du Bach parce qu'en détachant parfaitement toutes les lignes mélodiques, il crée à la fois une pluralité et une égalité. Il était gaucher, ce qui le portait à donner de l'importance aux basses, mais cet équilibre exprime surtout une sensibilité morale – protestante, celle de Bach. L'enchantement résulte d'un échange entre parties d'égale dignité. Ce contrepoint savant exige du pianiste une forme supérieure d'intégration : il doit déléguer entièrement à l'activité du corps l'exécution des différentes voix pour ne plus s'occuper que de leurs rapports, en se situant quelque part au-dessus et en s'y maintenant sans appui. L'auditeur est convié à un exercice analogue. Notons aussi la préférence de Glenn Gould pour le pizzicato : quand l'auditeur crée une mélodie à partir de notes détachées, il développe une activité plus intense que si elles étaient déjà liées. Il éprouve don plus de plaisir.


Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les 40 règles de la religion de l'amour

Pétrarque et la bataille de l'"arabisme"

Tout cela est si lent, si lourd, si triste…