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Dans la République des enfants : I. Sagouins




1652
Museum Boijmans Van Beunigen
Rotterdam.

L'art hollandais n'a pas inventé l'image de l'enfant mortel, mais la culture hollandaise fut la première à le faire impoli. Par définition, les putti ne sauraient avoir le postérieur sale. Alors même que Rubens festonnait ses peintures d'histoire de petits enfants roses et potelés, Dou intégra le détail éminemment prosaïque du derrière torché dans son Charlatan – tableau de genre aussi spirituel que compliqué. Non qu'il s'agisse de traduire, de quelque manière que ce soit, l'amour d'un robuste bébé, avec sa merde et tout ce qui s'ensuit. Car Dou – à qui s'attache une réputation de peintre exigeant jusqu'au fanatisme – a fort bien pu choisir cette scène avec répugnance parmi tout un éventail d'images connotant l'imposture du monde, la bassesse qui se cache derrière la joliesse. En fait, il a bien pu citer aussi l'emblème de 1624 du calviniste zélandais Johan de Brune, dans lequel le derrière que l'on torche est représenté avec une précision plus saisissante encore. Une très lugubre interrogation sert cependant d'inscriptio à l'emblème : "Qu'est-ce que la vie, sinon puanteur et excrément ?"

De même qu'en tant d'autres emblèmes de cette espèce, cependant, la vraie tendresse du détail dément la répugnance qu'exprime la devise. Et ce qui est frappant dans celui-ci, qui n'est point le seul emblème de bébé dans l'ouvrage de De Brune, c'est moins l'expression calviniste classique de mépris pour le monde que la simplicité, la rudesse saisissante de l'image invoquée pour la représenter. Et ce n'est pas non plus le seul endroit où l'on retrouve ce geste aussi déroutant que prosaïque. Jan Miense Molenaer, artiste qui s'est complu dans la peinture d'enfants en tout genres, sans jamais vraiment céder à la tentation d'enjoliver, a repris ce thème dans son Sens de l'odorat – parodie rabelaisienne de la série renaissante bien connue des cinq sens.
1637
Het Mauritshuis
De Hague

Le rire énorme de Molenaer, la feinte sévérité de Johan de Brune et l'ambiguïté de Dou représentent autant de manières de se pincer le nez devant l'enfant en bas âge.


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