Vivre "à propos"


Selon ma propre stratégie philosophique, j'ai tenté, en passant par la pensée chinoise, de sortir de ce grand pli du "temps". Car la Chine a pensé le "moment saisonnier" et la "durée", mais non pas une enveloppe qui les contienne également tous deux, et qui serait le "temps" homogène-abstrait. Quelle est donc cette pensée, est-on conduit soudain à s'enquérir, qui n'a pas pensé les "corps" en "mouvement", d'où nous vient la conception d'un temps physique, "nombre du mouvement", ni n'a l'opposé du temporel à de l'éternel, ou l'être et le devenir, d'où naît la métaphysique, et dont la langue, enfin, ne conjuguant pas, ne donne pas à opposer des temps – futur, présent et passé ? Y aurait-il donc une alternative à la pensée du temps ? Entreprendre de la déployer nous porte à considérer, en regard du "temps", ce que peut être la saison, ainsi que, en regard de la dis-tension temporelle permettant une extension "dans le temps", quelle est la transition continue qui fait le procès des choses.
Il en résulterait que le temps, se concevant toujours entre "début" et "fin", points de départ et d'arrivée, maintient un surplomb vis-à-vis du cours des processus et de leur logique d'immanence. Et, de fait, de dessous cette question du temps, c'est bien celle du "vivre" que je me propose de tirer au jour, pour l'aborder à nouveaux frais ; ainsi que, pour être en mesure de déployer la notion du vivre en la décollant du temps, celle des conditions de possibilité de sa prise en charge par la philosophie. Car vivre – mais non pas une vie, comme on en parle du dehors, s'agirait-il de "sa" vie – ne se passe pas entre début et fin : vivre en soi n'est pas de l'ordre du déplacement du mobile et de la traversée. Et, d'autre part, comment vivre au "présent" si celui-ci, selon sa définition physique, n'est qu'un point sans extension,  un in-stant sans maintenant possible ? Ou si, selon sa description phénoménologique, l'intention lui conférant sa subsistance n'est conçue que dans la dépendance d'un objet temporel, telle que l'est, d'Augustin à Husserl, la méthode perçue ? 
Dans une formule de substitution, au terme des Essais, Montaigne suggère, non de vivre au présent, mais "à propos".

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