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L'acte a sa "fin" en lui-même : présent éthique et présent cosmique



Cet acte temporalisant le présent, les Stoiciens le conçoivent à deux échelles. La première est celle de l'agent individuel et relève de l'éthique : dès lors qu'il s'en tient à la "fin" immanente à son acte (que le sage veut et qu'il obtient toujours : telos), en l'en distinguant rigoureusement de sa "visée" (que l'on peut atteindre ou non, et sur laquelle on peut se tromper : skopos), le sujet agissant ne dépasse jamais l'horizon que constitue pour lui l'action engagée : si sa visée nous rend dépendant du futur – réussira-t-elle ou pas ? Il faut attendre – sa fin, en revanche, se suffit entièrement du présent et nous y maintient constamment, c'est-à-dire, à la fois avec fermeté et d'une façon qui ne varie pas ; le sage agit main-tenant : en tenant fermement le présent comme dans sa "main" (manu-tenere) et s'y "tenant". Aussi est-il toujours parfaitement contemporain de ce qu'il est en train de faire, sans en transgresser les limites par l'anticipation, ni non plus le retard, de sa pensée : il actualise du présent pendant qu'il agit, le temps qu'il agit, en l'isolant de son futur aussi bien qu'en le décollant de son passé. L'autre échelle est cosmique et relève de la physique (mais les deux vont "systématiquement" de pair) : l'acte est alors celui de Zeus délimitant dans la durée de l'aiôn, vide parce qu'illimitée, la période actuelle allant de la naissance du monde à sa conflagration. Au regard de Dieu, cette période entière est simultanée, elle coexiste en un même présent ; d'où, dans ce présent total, tota simule, passé et futur sont également dénués de consistance : ils ne sont plus évacués du présent, en ce cas-ci, mais résorbés en lui.

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