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Reçu enfin le Théâtre de Maurice Boissard

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Thérèse d'Avila est morte dans la nuit du 4 au 15 octobre 1582. Toujours ce côté m'as-tu vue, chez elle.


'Le Hibou et la baleine', Patricia Plattner

 Toussaint passée à lire Bouvier, Le Vide et le plein, et Léautaud. 

 'Il y a de très beaux arbres à Kyoto, mais ils vous laissent vous débrouiller tout seul' 
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 C'est tout de même plus drôle d'être amoureux que d'être informé, ne trouvez-vous pas ? Un homme averti en vaut deux ? mais il ne vaudra jamais le quart d'une dupe amoureuse de la vie. Moi je connais bien cela, et quand la vie me lâche, cette espèce d'hôpital que devient la mienne, ce goût de bile, ces chambres vides. Alors je m'arc-boute, je contre, je m'obstine, je me fais mauvais, dur, tranchant et cette espèce d'eczéma encore qui me mange la figure. Bon signe, ça ! Signe que ça bascule.  
Je verrais très bien une incantation magique commencer par ces deux mots : affûte, aiguise.  
un rituel du fil et de la lame 
un million de coups d'aiguisoir et 
l'ombre se retire, tranchée et je grave une fois de plus sur 
le manche 
l'encoche d'une victoire secrète 

On ne peut pas non plus s'incarner toujours, alors quand on n'est pas chair, qu'on soit au moins couteau. Le Diable est un émousseur. "
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Un tort peut-être dans mon attitude : les gens viennent à moi – c'est la coutume, et aussi la curiosité –, je les accueille bien, cela dure un moment et puis une sorte de lassitude se lève, le rideau tombe et je les renvoie. Plutôt, je ne les renvoie pas : ils sont encore autour de ma table et parlent, mais mentalement ils sont congédiés et je me dis : "Encore une fois, ceux-là ne sont pas pour moi." Ramasser ce qui est pour moi, et cela seulement. C'est peu mais c'est pour moi. Voilà pourquoi je voyage."  

Il y a tellement de traits de caractère que j'ai en commun avec Bouvier que je me demande si ce ne sont pas, au fond, quelques constantes de voyageurs. Mais les acquiert-on en voyageant ou bien devient-on voyageur en raison d'eux ?

 "Lorsqu'on a vraiment un but, les jours ne se ressemblent pas. Il n'y a plus de quotidien, plus rien qu'une immense trajectoire tendue. Ainsi sont les saints. Et la notion même du quotidien, dans cette perspective, au lieu d'évoquer la vie machinale, n'exprime plus que la périodicité de vastes rotations qui font progresser dans une direction choisie, de la même façon que le temps cyclique des saisons se combine au sens linéaire de la vie." 

Tomber là dessus… et me dire, en souriant, que je suis née du bois dont on fait les saints. Il n'est pas dit que je le devienne, mais au moins je saurais pourquoi cette crainte, toujours, jamais de 'mal finir', mais de n'avoir jamais 'commencé'.

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 Poulet, riz, roux blanc à la crème et au curry.

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Dans Lost, 'Sayyid' prononcé par des 'Arabes' qui s'essaient à l'accent local (tel qu'on le suppose aux US), devient Sa'id et même Sahid.  

Curieusement, de tous, celui qui, jusqu'ici, se comporte le plus sagement et le plus rationnellement, sans céder à son émotivité, crise d'ego, étroitesse d'esprit et tout, c'est Locke. De tous, c'est le seul qui me semble donc rationnel, raisonnable. Peut-être est-ce mon côté alien, mais vivre dans un monde où la norme humaine serait Locke me reposerait bien de la vie. 

Jack est de plus en plus agaçant, id. Charlie. Sawyer est de plus en plus sympathique. Michaël est un parfait connard et je me demande s'il arrivera un jour à dire autre chose que 'My booy ! My sooon !' sur le ton de qui réclame ses pantoufles et son journal. 

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Je commence le Journal de Stendhal. Il ne parle presque que de théâtre et moins drôlement que Maurice Boissard. Très chiant, je laisse tomber. À la place, je me délecte avec Tallemant des Réaux. Les romantiques, c'est toujours trop pleurards. Vive le Grand Siècle.

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Je me régale avec Éric Malpass et les Pentecost, dont je n'avais lu que les trois premiers, en traduction.

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