Les indignés


En ces temps où l'on débat de la pertinence de l'indignation, je tombe sur un point de vue net et clair : indignez-vous tant que vous voulez, c'est de la daube. 

Et ce, de la part d'un écrivain qui a fait tout ce qu'il a pu pour indigner, même post-mortem, c'est finalement assez drôle. On dirait qu'il ricane au nez de ses contempteurs, passés, présents, futurs, tous des petits joueurs, rien que ça.

Souvent j'en croise, à présent, des indignés qui ramènent… C'est que des pauvres culs coincés… des petits potes, des ratés jouisseurs… C'est de la révolte d'enfifrés… c'est pas payé, c'est gratuit… Des vraies godilles…
Ça vient de nulle part… du Lycée peut-être… C'est de la parlouille, c'est du vent. La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle-là qu'on en crève. Y en aura encore si profond qu'il en restera tout de même partout. Il en jutera sur la terre assez pour qu'elle empoisonne, qu'il pousse plus dessus que des vacheries, entre des morts, entre les hommes.
*
La peine en ce temps-là on en parlait pas. C'est en somme que beaucoup plus tard qu'on a commencé à se rendre compte que c'était chiant d'être travailleur. On avait seulement des indices.
L. F. Céline, Mort à crédit.


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