Sans unicorne, quel plaisir peut-on prendre à traverser une forêt ?


"Mais alors, osai-je commenter, vous êtes encore loin de la solution…
– J'en suis très près, dit Guillaume, mais je ne sais pas de laquelle.
– Donc, vous n'avez pas qu'une seule réponse à vos questions ?
– Adso, si c'était le cas, j'enseignerai la théologie à Paris ?
– À Paris, ils l'ont toujours, la vraie réponse ?
– Jamais, dit Guillaume, mais ils sont très sûrs de leurs erreurs.
– Et vous, dis-je avec une infantile impertinence, vous ne commettez jamais d'erreurs ?
– Souvent, répondit-il. Mais au lieu d'en concevoir une seule, j'en imagine beaucoup, ainsi je ne deviens l'esclave d'aucune."
J'eus l'impression que Guillaume n'était point du tout intéressé à la vérité, qui n'est rien d'autre que l'adéquation entre la chose et l'intellect. Lui, au contraire, il se divertissait à imaginer le plus de possibles qu'il était possible.

*

photo Laitche

– Mais l'unicorne est-il un mensonge ? C'est un animal d'une grande douceur et hautement symbolique. Figure de Christ et de la chasteté, il ne peut être capturé qu'en plaçant une vierge dans une forêt, de façon que l'animal, attiré par son odeur très chaste, aille poser sa tête dans son giron, s'offrant comme proie aux lacs des chasseurs.
– C'est ce qu'on dit, Adso. Mais beaucoup sont enclins à penser qu'il s'agit là d'une fable inventée par les païens.
– Quelle déception, dis-je. J'aurais eu plaisir à en rencontrer un au détour d'un chemin forestier. Autrement, quel plaisir peut-on prendre à traverser une forêt ?

Le Nom de la rose, Umberto Eco.

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