Par les fenêtres




À travers les vitres, on pouvait voir l'aspect du ciel, mais plus atténué, plus calme qu'il n'était en réalité. Un bleu doux signifiait : le soleil brille, mais ne vient pas jusqu'à moi ; un gris également doux, il va pleuvoir, mais pas sur moi. Un bruit léger, c'était les gouttes qui tombaient. On accueillait de très loin leur venue ; elles ne vous touchaient pas. On savait seulement : le soleil brille, les nuages passent, la pluie tombe. C'était comme si l'on s'était bâti une cabane à l'abri de toute relation exclusivement matérielle, de tout ce qui n'était que contingences terrestres, une immense cabine, assez grande pour contenir les quelques biens qui, sur terre, sont plus que la terre et que la poussière à laquelle la vie retourne ; comme si on l'avait fermée hermétiquement et remplie de ces quelques biens. Dans ce voyage à travers l'inconnu, il semblait qu'on n'était pas en voyage du tout. Il suffisait de s'assurer, par les fenêtres d'observation, de la permanence de certaines lois naturelles : la succession du jour et de la nuit, l'activité incessante et capricieuse du climat, l'écoulement du temps : on voyageait sur place.

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