Martyre et suicide


Au-delà de de l'histoire du concept, l'humanité ne semble jamais avoir envisagé que sa propre existence devait être considérée comme son bien le plus cher. Toutes les religions premières accordaient de la valeur aux sacrifices humains ; plus tard, ce sont les martyrs qu'on vénérait. (Selon la maxime implacable de Blaise Pascal, il ne faut "croire que les témoins qui sont prêts à se faire égorger".) Dans la plupart des cultures, c'est par leur mépris de la mort que les héros s'assuraient la gloire et l'honneur. Jusqu'aux affrontements mécanisés de la Première Guerre mondiale, les élèves des lycées devait apprendre par cœur le célèbre vers d'Horace selon lequel il est doux et honorable de mourir pour la patrie. D'autres affirmaient qu'il était bien moins nécessaire de vivre que de s'engager dans la marine, et même pendant la guerre froide il y eut encore des gens pour s'exclamer : "Plutôt mort que rouge !" Et que dire, en période de paix, des funambules, des sportifs de l'extrême, des pilotes de course, des aventuriers du Grand Nord et des autres candidats au suicide ?
Hans Magnus Enzensberger, Le Perdant radical.

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