Atteindre l'autre rive à chaque pas de la traversée est la voie de la vraie vie


William N. Jennings, c. 1882
Afin de ne laisser aucune trace, quand vous agissez, vous devriez le faire de tout votre corps et de tout votre esprit, vous concentrer sur ce que vous faites. Vous devriez le faire a fond, comme un bon feu de joie. Vous ne devriez pas être un feu qui fume. Vous devriez vous consumer totalement. Si vous ne vous consumez pas totalement, une trace de vous-même restera dans votre activité. Il vous restera quelque chose de non totalement consumé. L'activité zen est l'activité totalement consumée, sans autre reste que des cendres. Ceci est le but de notre pratique. C'est ce que voulait exprimer Dogen en disant : "Les cendres ne redeviennent pas du bois pour le feu." La cendre est cendre. La cendre doit être totalement cendre. Le bois doit être bois. Quand cette activité-là se produit, une seule activité embrasse tout.
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D'une manière relative, nous pouvons dire que tout dans la nature, tout ce qui existe dans le monde humain, tout travail culturel créé par nous nous a été donné, ou nous est donné. D'instant en instant, nous créons, et c'est la joie de notre vie. Mais ce "Je" qui toujours crée, toujours donne, n'est pas le "petit je" ; c'est le "grand Je". Même si vous ne réalisez pas l'unité de ce "grand Je" et de tout, vous vous sentez bien quand vous donnez quelque chose, parce que vous vous sentez alors un avec ce que vous donnez.
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Atteindre l'autre rive à chaque pas de la traversée est la voie de la vraie vie.
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Rinzaï, un des premiers maîtres chinois, vit quatre manières d'enseigner ses disciples. Parfois il parlait du disciple ; parfois il parlait de l'enseignement ; parfois il donnait une interprétation du disciple ou de l'enseignement ; parfois, enfin, il ne donnait aucune instruction à ses disciples. Il savait que, même lorsqu'on ne lui donne aucune instruction, un disciple est un disciple. Au sens strict, il n'est pas nécessaire d'enseigner au disciple parce que le disciple lui-même est Bouddha, même s'il n'en a pas conscience.
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Quand vous savez tout, vous êtes comme un ciel sombre. Parfois un éclair traverse le ciel sombre. L'éclair passé, vous l'oubliez complètement, et il ne reste rien que le ciel sombre. Le ciel n'est jamais surpris quand soudain éclate le tonnerre. Et au moment où l'éclair l'illumine, une vue merveilleuse se découvre. Quand nous sommes vacuité, nous sommes toujours prêts à contempler cette illumination de l'éclair.
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Si vous voulez pleinement apprécier quelque chose, vous devriez vous oublier. Vous devriez l'accepter comme un éclair à travers l'intégrale obscurité du ciel.
Esprit zen, esprit neuf, Shunryu Suzuki : II, Attitude juste.

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