dimanche 13 juin 2010

Apostille au Nom de la Rose








J'ai commencé à écrire en mars 1978, mû par une idée séminale. J'avais envie d'empoisonner un moine.
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Comme je l'ai dit dans certaines interviews, je ne connais le présent qu'à travers mon écran de télévision tandis que j'ai une connaissance directe du Moyen Age. Quand, à la campagne, nous allumions des feux dans les prés, ma femme m'accusait de ne pas savoir regarder les étincelles qui s'élevaient au milieu des arbres et voletaient le long des fils de lumière. Lorsque, ensuite, elle a lu le chapitre sur l'incendie, elle m'a dit : "Mais alors, les étincelles, tu les regardais !" J'ai répondu : "Non, mais je savais comment un moine du Moyen Age les aurait vues."
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J'ai découvert qu'un roman n'a rien à voir, en première instance, avec les mots. Écrire un roman, c'est affaire de cosmologie, comme l'histoire que raconte la Genèse (il faut bien se choisir des modèles, disait Woody Allen).

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Quand j'ai mis Jorge dans la bibliothèque, je ne savais pas encore que c'était lui l'assassin. Il a pour ainsi dire tout fait tout seul.
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auquel de tes personnages t'identifies-tu ? Mon Dieu, mais à qui s'identifie un auteur ? Aux adverbes, bien sûr.
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chaque fois qu'un critique ou un lecteur a écrit ou dit qu'un de mes personnages affirmait des choses trop modernes, eh bien, dans tous les cas, dans ceux-là justement, j'avais utilisé des citations textuelles du XIVe siècle.
Umberto Eco, Apostille au Nom de la Rose.

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Dans la vie on prend toujours le mauvais chemin au bon moment. Dany Laferrière.