Joseph




Partout où le mythe voit dans le bouc émissaire "un vrai coupable", l'histoire de Joseph voit dans le bouc émissaire un innocent condamné à tort.

Si vous gardez en tête ma lecture subversive d'Œdipe, qui reconnaît dans le mythe un système d'accusation faussement légitime, vous verrez sans peine que l'histoire de Joseph fait le contraire du mythe.De même que derrière le mythe il y a un mécanisme de bouc émissaire qui fonctionne à fond et que nous ne voyons pas, car nous prenons la culpabilité d'Œdipe à la lettre – comme vous l'avez fait vous-même –, derrière l'histoire de Joseph il doit y avoir, non pas le mythe d'Œdipe exactement, mais un mythe très analogue systématiquement remanié et contredit par le récit biblique. Cette contradiction systématique joue en faveur de l'accusé. Ce remaniement a une grande valeur sur le plan de l'interprétation du mythe, du rétablissement de la vérité violée par le mécanisme du bouc émissaire. L'histoire de Joseph est typiquement biblique au sens d'une rectification de ce qui est tordu au détriment de la victime.

La dernière partie du texte confirme mon idée, en ceci qu'elle révèle explicitement le rôle primordial joué par la question du bouc émissaire. Devenu grand vizir d'Égypte, Joseph ravitaille ses frères affamés qui sont venus le solliciter et qui ne l'ont pas reconnu sous es beaux habits égyptiens. Pour les mettre à l'épreuve, pour voir si, une fois de plus, ils expulseront un de ses frères comme ils l'ont expulsé lui-même, Joseph s'arrange pour accuser faussement le plus jeune, Benjamin : il le retient prisonnier et donne à tous les aînés la permission de s'en aller. Ceux-ci décident tous de partir, à l'exception de Juda qui offre de se constituer prisonnier à la place de Benjamin.

Le fait que le seul Juda ait refusé le système du bouc émissaire suffit à attendrir Joseph qui se fait reconnaître par ses frères et leur pardonne à tous.

Quand les chrétiens aperçoivent en Joseph et surtout en Juda une figure du Christ, figura Christi, ils ne sont pas les nigauds que voient en eux nos demi-habiles de la critiques pseudo-scientifique. Il y a vraiment un rapport étroit entre l'attitude du Christ et le geste de Juda acceptant d'être bouc émissaire afin que son frère ne le soit pas.

Quand ces choses commenceront, René Girad.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Les 40 règles de la religion de l'amour

Pétrarque et la bataille de l'"arabisme"

Tout cela est si lent, si lourd, si triste…