O



Savoir – ou ne pas oublier – qu'en turc, Lui n'existe pas, ce n'est pas le HU-WA arabe des soufis, Lui c'est comme Elle : O, sans genre, donc ni masculin ni féminin ou les deux ou au-delà.

Mais je disais lui. Lui. C'était lui. Qui ça, lui ? demandaient-ils. Ni toi ni nous ne le connaissons. Lui, c'est quelqu'un d'autre, disais-je. Il existe pour tout le monde. Bien sûr, ils rigolaient. À leurs yeux, j'étais un fou inoffensif.
*
Pendant de longues années, je me suis consolé grâce à ma solitude. Car on n'a pas si facilement la possibilité d'être seul. Pourtant tout le monde se plaint de l'être et le problème, en se multipliant, devrait être résolu. Moi, je ne m'en plains pas et je m'assure une solide dose de solitude. Nul ne vient rôder autour des deux tables qui me servent l'une à travailler et l'autre à boire et si quelque'un vient à s'en approcher, je lui oppose un silence glacial, je lui décoche posément un ou deux mots méprisants et sarcastiques et, sans me départir de mon calme, je me replonge en moi-même.
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Quand on me demandait ce que je pensais, je disais Lui. Et j'avais envie d'ajouter : Il est immense, intrépide, indestructible et je pense que parfois Il est tout proche de moi.
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Être correcteur, c'est un peu comme être un maniaque sexuel. Les correcteurs sont des hommes meurtris : lorsque, revoyant des épreuves, ils relèvent la tête, ils se métamorphosent soudain en tueurs en série. En tout cas tous ceux que j'ai connus sont ainsi, moi aussi, d'ailleurs.
Murat Uyurkulak, Tol, traduit par Jean Descat, Galaade éditions.

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