I shin den shin




À soixante-dix ans, Ryôkan rencontre Teishin, vingt-neuf ans. Elle souhaite devenir son élève, recevoir l'enseignement du zen et le sceau de la transmission. Ai-je en ce mois d'avril connu moi aussi celle qui pourra continuer ma pensée, l'épanouir, la relier aux générations futures ?

Je ne suis pas maître zen, elle n'est pas Teishin. Les formes passent, l'esprit demeure. Les anciens textes nous disent : Teishin avait les yeux limpides et le teint clair. L'esprit profond. Ils ajoutent : quarante années les séparaient, mais les conditions ne comptent pas, quand les cœurs s'accordent. Teishin signifie "cœur fidèle". Elle le fut jusqu'à la mort de Ryôkan. Elle s'éteignit bien plus tard, au même âge que lui (soixante-quatorze ans). Ils échangeaient des poèmes. Mais la transmission se fit de l'un à l'autre, I shin den shin ("cœur à cœur"), au-delà les mots et les pensées ordinaires.

Le bonheur de vous avoir rencontré,
Serait-ce un rêve ? De ce rêve
Puissé-je ne pas m'éveiller.
Sans jamais demander à la lune
S'il est temps de partir,
Demeurer face à face
Pour l'éternité.


Ryôkan écrivit à Teishin :

C'est un rêve,
Rien que rêve
[…]
Mais si nos cœurs ne changent pas
Face à face nous resterons pour l'éternité.


Henri Brunel, L'année zen.

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