Hebdomada II Quadragesimæ

Ça et là sur le Carême, on finit par trouver immanquablement (de la part de ceux qui ne jeûnent pas) la suggestion que se priver, à la place (et pourquoi pas les deux) d'Internet-TV-portable serait peut-être plus gratifiant, voire méritant. On se priverait vraiment. Je n'ai pas eu jusque-là connaissance de quelqu'un qui se priverait d'acheter livres et musique. Comme quoi, la privation de lecture ne doit pas en être une bien mastoc, contrairement à Internet.

Et aussi cette rengaine : tant se plaignent de ne pas savoir prier. Je me souviens q'il y a peu, on m'a posé la question : "Mais tu pries vraiment ?" "Ben, euh... oui." J'en avais été perplexe plusieurs jours. Tiens oui, au fait, est-ce que je prie vraiment ? Y a un mode d'emploi ? Je m'en inquiétais, tellement ça, du moins, ne m'a jamais posé problème. Je ne savais même pas que c'était difficile. Ça vient aussi vite que lorsque l'on branche le courant et je me demande comment se fait-il que je me branche aussi facilement sur l'Outre-monde, en prières. Sans doute mon côté désincarné. Mais je vois ça, du coup, comme une chance, une grâce, je ne peux pas dire imméritée, Il doit savoir ce qu'il fait.

Mars. Mon téléphone portable s'est mis de lui-même aux couleurs du printemps. La saison où je dois repartir. Là-dessus, c'est aussi si Dieu veut.

*

Je me lève détendue et sereine. Puis la perspective d'une fichue lettre à écrire, dans un contexte compliqué et embrouillé m'agace et me fiche de mauvaise humeur. Dans ces moments là, je suis comme un chat furieux, tout m'agresse, tout m'irrite et j'ai envie de cracher et de griffer tout ce qui me frôle de trop près.

La sérénité, je ne dois pas la pomper de l'extérieur. C'est à moi de la générer. Et alors les problèmes se déblaient.

*

J'ai longtemps cru porter, presque congénitalement, une boule électrique de colère en moi. En fait je crois que c'est de l'impatience. L'irritation c'est de l'impatience. Les gens ne font pas assez vite, ils traînent dans mon chemin, avec leur lourdeur geignarde, leur demande d'être portés, et les objets sont trop pesants, pas assez légers, ils traînent aussi dans mes jambes, m'entravent, ce monde est trop lourd... J'avais déjà remarqué la colère du Christ dans les Évangiles, une colère presque continuelle. En fait ça doit être aussi de l'impatience irritée. Ça ne doit pas être drôle, pour un Fils de Dieu, de se retrouver incarné. Noël est un anniversaire épouvantable, pas étonnant que cette fête me déprime. L'exemple vient de haut.





El Greco, v. 1600, Frick Collection, New York

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