Amen ! Travaillez, hommes !"





Marrant comme ce sioniste moderne, pour son apologie du travail, emprunte des accents qui évoquent irrésistiblement le monachisme chrétien médiéval. On m'aurait dit que ce texte venait d'un cistercien du XIº, commentant et louant la Regula Sancti Benedicti , je l'aurais cru volontiers. Je me demande d'ailleurs si la sanctification du travail manuel n'est pas, à l'origine, une spécificité du christianisme médiéval "d'Outre-Mer", comme on disait en Orient.

"Et quand tu t'attelleras à ton travail, tu considéreras l'univers comme un atelier où toi-même et la nature œuvrez de concert. D'un seul cœur et d'une même âme. Et ce jour-là, tu découvriras que la nature est belle en soi et encore plus quand elle se présente dans sa toute vitalité – dans le travail. Et quand il t'arrivera de faire une pause pour reposer tes membres et reprendre haleine, tu sentiras, en aspirant une bouffée d'air pur, que tu absorbes quelque chose de plus, quelque chose de secret dont tu ne devines pas le caractère mais qui enrichira tes sensations et tes pensées et qui donne vie et lumière à tes humeurs. Et tu connaîtras bien des instants où tu auras impression de te fondre dans l'infini. Alors tu te tairas. Le chant même, et pas seulement la parole, seront pour toi comme un sacrilège, et même la pensée. Et tu percevras le secret du silence et de sa sainteté. […] Tu découvriras alors, content de toi, que le travail recèle un tel trésor spirituel que tu n'en vois qu'une infime part, qu'un seul aspect, qu'un seul coin et qu'il ne se révèle dans son intégralité qu'à l'ensemble des hommes qui le verraient sous tous les angles possibles. Et la nature […] déclarera : "Amen ! Travaillez, hommes ! Complétez donc ce qui manque pour que moi-même puisse compléter ce qui vous manque."

Aharon David Gordon, Homme et nature, cité et traduit par Amin Bouganim, in A.D. Gordon, Le Pionnier de la Vie, éd, Nadir.

in Philosophies d'ailleurs II. Les Pensées hébraïques.

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