dimanche 14 février 2010

Saint Valentin





En 1827, Ryôkan a soixante-neuf ans.
Il rencontre la très belle Teishin, vingt-neuf ans. Elle veut suivre l'enseignement d'un maître zen.
Elle écrit des poèmes, elle admire Ryôkan. Entre eux va naître une affection sincère et pure.
Après leur première entrevue, elle adresse au maître ces quelques lignes :

Je me demande si la joie de vous voir ainsi est un rêve,
dont je ne me réveille pas encore.


Ryôkan lui répond :

Il est aussi un rêve de parler du rêve,
en dormant dans ce monde de rêve.
Confiez-vous à la vague de l'instant.


Ils s'écriront souvent...
Ryôkan demande :

M'avez-vous oublié ?
La voie est-elle cachée ces temps-ci ?


Teishin, qui a dû s'absenter pour soigner une religieuse nommée Minryu, envoie ce message en forme de poème :

Prise dans un ermitage
entouré d'herbes sauvages
où il y avait beaucoup à faire,
je n'ai pu laisser mon corps suivre
mon cœur


Leur amour-amitié persévère jusqu'à la mort de Ryôkan, le 6 janvier 1831. Ils communient d'esprit à esprit, de cœur à cœur.
"Les herbes d'amour ont poussé sur le chemin d'étude", écrira Teishin. Cet éclair de tendresse, qui toucha le cœur du grand saint du zen pendant les dernières années de sa vie, méritait d'être évoqué ce jour de la Saint-Valentin.

Henri Brunel, L'année zen.

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