Hebdomada II per annum

Ces mots, du commentaire du yik : "Ce qui s'annonce, pour peu qu'on y prenne garde, ne peut manquer d'arriver".

Revu le second épisode de Twin Peaks, hier, Du coup, j'en ai rêvé, un peu. C'était dans un monde chaotique, un lycée, des tempêtes à venir, de la pluie, un monde désordonné et inquiétant avec sa logique, mais qui, curieusement, me réconfortait, je m'y sentais bien dedans, voire élue. Je sortais sur une place ou un campus, il y avait une pluie diluvienne. Mais j'avançais, marchais dessous, et me rendais compte que la pluie était tiède, agréable, bienfaisante.

*

En ce moment, je perds mes livres. Je ne sais plus où j'ai mis La Vie de Rancé, reçu depuis avant Noël : au moment de lire, introuvable. J'avais presque achevé de relire Le Côté de Guermantes II. Je ne sais plus où il est, depuis 2 jours. J'espère que je ne les ai pas oubliés dans le train.

Du coup, ce matin, repris L'Année zen de Brunel, qui ne m'avait pas transportée quand je l'avais acheté, au Divan, en 2003. Cela fait une éternité que ce temps-là... Aujourd'hui, je l'ai lu toute l'après-midi, me disant qu'une année 62, c'était bien une année zen, joie de balayer et rebalayer la cour, joie de puiser l'eau pour le riz, etc. Déjà l'émission sur Gitta Mallasz me soufflait que le Petit n'est pas punition. Finalement, ayant un peu grandie et un peu de ma morve de murîd ayant été mouchée, certains passages ne m'ont pas déplu, certains m'ont assez émue. Et puis j'ai découvert – ce qui, bien évidemment, ne m'avait pas frappée à l'époque – l'histoire d'amour du moine Ryôkan et de sa disciple Teishin. Chaque passage qui me plaisait, je l'ai posté, mais à la date du livre.

Enfin, tout prendre comme cela vient ou non, et vivre en Petit, une année zen.

Brunel parle beaucoup des Chartreux. Du coup, je ressens encore un peu de honte à avoir dégommé Le Grand Silence et surtout à avoir douté de la foi de ces moines. Peut-être que ce n'était pas les bons moines. Peut-être que les vrais illuminés ne se sont pas laissés filmer. Quoi qu'il en soit, cette année, avec ma liturgie des heures, je prie avec eux, à ma garde,

-Maître, comment suivre la voie ?
– Va laver ton bol de riz, répond le Maître.

Ô merveille, ô miracle,
Je puise de l'eau,
je porte du bois.



… Je ne puis te répondre maintenant, disait le maître. Tu me réclames du thé et tu n'as pas de tasse pour le recevoir. Si je le verse sur tes mains, je vais te brûler, si je le verse par terre, il sera perdu.
– Quand me répondrez-vous, Maître ?
– Lorsque tu te seras construit une âme disponible, une âme d'accueil.


27 août – Le jeune novice Tahakiko, chargé de balayer la cour du monastère, se plaignait ainsi : Je suis entré dans ce temple pour recevoir l'enseignement du zen, et non pour promener mon balai de-ci, de-là, de-ci…, sans repos, ni fin, ni laisse…"

Le maître du temple, qui passait par là, l'entendit, et lui conta cette histoire :

Il était une fois une mère aimable et douce qui se mourait. La seule chose qui pouvait la sauver était un panier de poires sauvages, que l'on trouvait dans une certaine vallée gardée par une vieille sorcière.

L'aînée des filles se présenta la première. La sorcière lui dit :
"Si tu veux mes poires sauvages, va sur la montagne que tu aperçois là-bas, et reviens !"

La fille aînée obéit. Elle alla et revint… dix fois. La vieille répéta : "Va et reviens", "Va et reviens", "Va et reviens"…

La onzième fois, l'aînée des filles se découragea.
"Ma mère m'attend à la maison, je ne vais pas continuer cet exercice stupide." Elle partit avec son panier vide.

La cadette à son tour vint dans la vallée, où mûrissaient les poires sauvages. La sorcière lui dit :
"Va sur la montagne que tu aperçois là-bas, et reviens…"

Au cinquantième aller-retour, la cadette, furieuse, partit sans se retourner… avec son panier vide.

La benjamine, qui était innocente, prit le panier et se mit en route. Elle rencontra la vieille sorcière, qui lui dit :
"Si tu veux emporter mes poires sauvages qui rendront la santé à ta mère, va sur la montagne que tu aperçois là-bas, et reviens…"

Dix fois, vingt fois, cinquante fois, cent fois, la vieille répéta : "Va et reviens", "Va et revient", "Va et revient"…

La benjamine, sans un murmure, docilement, partait, revenait, partait, revenait. La cent unième fois, elle reçut les poires sauvages. Elle en emplit son panier. Sa mère en mangea, et fut sauvée.

"Tahakiko, dit le maître, quand ton balai va et revient dans la cour du monastère, tu ne fais pas un acte inutile ou dérisoire, c'est la voie même que tu suis. Car l'Illumination, la nature du Bouddha, l'éternel Atmam sont dans les humbles gestes du quotidien."

Ô merveille, ô miracle,
Je puise de l'eau,
je porte du bois.


Or, rien ne m'énerve plus que ce genre de propos, moi qui aime l'extraordinaire, l'aventure et les périls. Donc, j'imagine que c'est bon pour mon poil.


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