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Le Sable et l'écume




La première pensée de Dieu fut un ange.
Le premier mot de Dieu fut un homme.

Je connus une seconde naissance, quand mon âme et mon corps s'aimèrent et s'épousèrent.

Les esprits qui demeurent dans l'éther n'envient-ils pas à l'homme sa douleur ?

En chemin vers la Cité sainte je rencontrai un autre pèlerin et je lui demandai : "Est-ce vraiment la route qui mène à la Cité sainte ?"
Il me répondit : "Suis-moi, et tu gagneras la Cité sainte au bout d'un jour et une nuit."
Et je le suivis. Et nous marchâmes plusieurs jours et plusieurs nuits, sans jamais atteindre la Cité sainte.
Et, à ma grande surprise, il s'emporta contre moi parce que je m'étais laissé induire en erreur.

Quand ma coupe est vide, je me résigne à ce qu'elle le soit ; mais quand elle est à moitié pleine, j'en suis contrariée.

Si autrui rit de vous, vous pouvez avoir pitié de lui ; mais si vous riez de lui, vous ne pourrez jamais vous le pardonner.
Si autrui vous blesse, vous pouvez oublier la blessure ; mais si vous le blessez, vous vous en rappellerez toujours.
En vérité autrui, est votre propre moi le plus sensible, auquel on a donné un autre corps.

Tous les cent ans, Jésus de Nazareth rencontre Jésus le Chrétien dans un jardin sur les collines du Liban. Et ils parlent longtemps ; et chaque fois Jésus de Nazareth part en disant à Jésus le Chrétien : "Mon ami, j'ai bien peur que nous ne puissions jamais , jamais être d'accord.

Khalil Gibran, Le Sable et l'écume.



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