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Le mythe employé comme "langue de bois"


Les Grecs avaient une vieille complaisance pour le bene trovato, qui confirme une idée du jeune Nietzsche : il n'y a pas mensonge là où le menteur n'a pas intérêt à mentir ; on ne saurait mentir quand on dit, des valeurs, plus de bien peut-être qu'en toute rigueur on ne devrait. L'hymne homérique à Hermès est une illustration humoristique de ce zèle pieux ; selon le poète, le dieu Hermès, jeune prodige aux mille malices, était à peine sorti du ventre de sa mère qu'il inventait l'art des chansons ; la première composition de ce témoin privilégié consista à raconter les amours de son père et de sa mère. La foule de pèlerins qui entendit pour la première fois la récitation de cet hymne a dû se sentir public complice et applaudir de bon cœur : personne n'était dupe de l'ingénieuse fiction, mais on n'en attendait pas moins d'Hermès et on savait gré au poète d'avoir inventé cette légende.

(…)

Comparés aux siècles chrétiens ou marxistes, l'Antiquité a souvent un air voltairien ; deux augures ne peuvent se rencontrer sans sourire l'un de l'autre, écrit Cicéron ; je sens que je deviens un dieu, disait un empereur agonisant.
Paul Veyne, Les Grecs ont-ils cru à leurs mythes ?

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