La maîtrise du désir charnel


m. XVIº s, Khosrow et Shirin.

À l'opposé d'Ibn Hazm, Ibn 'Arabî et tant d'autres, on a les positions d'Abû Hamid Ghazalî sur l'amour, très pauliniennes : "mieux vaut s'abstenir mais mieux vaut se marier (au moins pour les murîds) que brûler. Ce qui fait que, au fond, tout à fait logiquement, pour ce wanabee soufi, il y a pire que la fornication qui vous ravale au rang des animaux. Il y a le 'ishq, l'Éros, la passion, qui fait de vous pis qu'animal, puisqu'il ne laisse même pas le loisir de s'apaiser par l'assouvissement de l'âme charnelle. Son horreur en est comique : l'amour est un vice contre nature.

La deuxième chose, c'est que ce désir peut aboutir, avec quelque égarement, à la passion amoureuse ('ishq), qui constitue une ignorance totale des fins normales du coït. Cela dépasse, en bestialité, les bornes des animaux. En effet l'amoureux ne se contente pas de rechercher la jouissance sexuelle qui est le plus vil des appétits et qui mérite le plus qu'on en ait honte ; il est persuadé que cet appétit ne saurait être satisfait que par un unique objet, alors que l'animal satisfait son appétit là où cela se trouve et il s'en contente, tandis que l'amoureux ne se satisfait que d'une personne déterminée au point qu'il soumet son intelligence au service de son désir. C'est la maladie des cœurs vides qui n'ont aucun souci. Il faut se préserver de ses premières manifestations uniquement en évitant de regarder et de penser à plusieurs reprises (à la même personne). Sinon, ce mal s'installe fermement, et il devient difficile de s'en défaire.


Pour Ghazalî, voici les critères de choix d'un mariage équilibré :

Il faut que la femme soit inférieure à l'homme dans quatre choses, sinon elle le méprise :
- l'âge,
- la taille,
- l'argent,
- et l'illustration [sans doute la position sociale]

Mais il faut qu'elle lui soit supérieure en quatre choses :

- la beauté,
- l'éducation,
- la crainte de Dieu
- et les bonnes mœurs.

En bref, l'époux idéal est de bonne taille, pas trop beau, a du bien, est de bonne famille, pas trop jeune, et pas trop instruit. La femme idéale est belle, instruite, pieuse et chaste. On comprend pourquoi les philosophes et les soufis jugeaient que la femme était plus apte à la voie spirituelle. Les murshids avaient moins de boulot avec les murîds féminins.

Abû Hamid al-Ghazalî, La Maîtrise de l'amour charnel.


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