Valse avec Bachir


Film magnifique, d'une élégance sidérante qui, comme la musique songeuse et triste, atténuent, tout le long, la cruauté brute des combats, comme le font, en somme, l'amnésie, le rêve, les souvenirs morcelés – jusqu'à l'éclatement final, quand les images recomposées se fracassent sur le réel, sur ce qui n'est pas souvenir mais choc enkysté dans la mémoire et qui est, pour toujours et à jamais, le présent – ; y figurent aussi la splendeur hideuse – ou son hideur splendide, si l'on veut – de la guerre, en ce que son épouvante brouille le regard, le temps, fait surgir un autre monde, "un rêve vérace et décevant", fait illusion d'un aéroport intact, et parfois l'illusion marche et porte : la mer se fait amicale, la valse sous les balles est invincible, on peut marcher dans la rue entre les sifflements des lance-roquette, ou regarder de son balcon ; parfois l'illusion trébuche et c'est souvent, curieusement, sur l'animal mourant que l'horreur hante : les chevaux agonisants, le regard des chiens abattus. La scène onirique du bain de mer a toute la beauté mélancolique d'une scène originelle, à la fois voile et déchirement.

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