Sur les difficultés relatives à l'âme

Comme tous les incorporels, c'est seulement quand elle le souhaite que l'âme s'incline vers un corps.

Contrairement aux gnostiques, Plotin estime que la production de la matière ne peut être la conséquence d'une faute, et que l'âme ne saurait commettre une faute que sous l'influence de la matière. Il n'est pas concevable que la matière puisse se trouver "à l'écart" de la puissance divine, dont elle est un produit nécessaire. Bref, pour Plotin, l'âme engendre la matière et la configure, sans commettre de faute : c'est dans l'innocence que l'âme engendre la matière, et cette dernière est toujours recouverte d'une trace de l'âme.


Beit Alpha, VIº siècle

La providence divine, (qui correspond grosso modo à l'activité de l'âme du monde) détermine le cadre rationnel général du devenir, sans toutefois intervenir directement dans la moindre action. Il convient donc de distinguer prudemment causes lointaines et causes prochaines. Le voleur et l'assassin sont bel et bien responsables de leurs actes sans que l'ensemble des causes cosmiques puissent être convoquées pour justifier l'inacceptable. Même les circonstances dites "atténuantes" n'effacent pas le poids de la décision. Cela étant, Plotin ne renonce pas complètement à parler du destin, de ce fatum que l'on croit pressentir quand l'imprévisible qui arrive semble avoir une certaine nécessité. Le surcroît de réalité propre à ce que l'on ne peut prévoir et qui arrive cependant n'est pas abandonné à la logique désabusée du "c'est comme ça". Bien que les maux ne relèvent pas des dieux, bien que l'homme soit libre, ce qui arrive s'inscrit dans l'ordre du monde. Le destin selon Plotin apparaît comme l'ultime trace de la providence, non pas une liaison nécessitante comme dans le cas du cycle des saisons ou de la course des astres, mais une liaison néanmoins telle que nos actes peuvent dans une certaine mesure être prévus.

Plotin, Traités : Tome 4, 27-29 : Sur les difficultés relatives à l'âme; Introduction, L. Brisson.

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