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La bouderie de Jonas



Quand on n'est pas d'accord avec Dieu, il y a deux méthodes, toutes les deux assez inefficaces mais, comme on dit, au moins ça soulage. Soit clamer son indignation comme Job, soit bouder, comme Jonas :


Lui qui a été rattrapé et traîné à Ninive pour crier la fin du monde, il se voit démenti comme un charlatan par son propre mandant. Iona sent douloureusement qu'il a été un pantin de Dieu. "Et il fut mal à Iona, un grand mal" (Jon 4, 1), ainsi commence le dernier quart du livre. "Retire mon souffle de moi : car bonne est ma mort plus que ma vie" (Jon 4, 3) : c'est ce que dit le plus affligé des hommes de Dieu, plus que Job qui, atteint dans son corps, dans ses biens et dans ses affections demande tout de même une explication. Iona n'en veut pas. Dieu lui demande alors si cette furieuse colère lui semble une bonne chose. Et il arrive de nouveau l'unique et l'imprévu dans les Saintes Ecritures : Iona ne répond pas à la question de Dieu. Ici, se produit un écart dans les rapports entre créateur et créature, l'éclatement d'une douleur qui a une force et une forme de protestation envers Dieu. Iona se raidit dans un silence d'opposition, tout le contraire de la locacité qui monte des ulcères de Job.
Noyau d'olive, Erri de Luca.

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