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Slendeurs et misères de la matière

Ribera, 1642, Louvre.


14. Quoi donc ? S'il n'y avait pas de matière, rien n'existerait ?
- Non, de même qu'il n'y aurait pas de reflet, s'il n'y avait pas de miroir ou de surface de cette sorte. Ce, en effet, dont la nature est de venir à l'être si cette autre chose n'existe pas ; telle est en effet la nature d'une image qui ne peut exister qu'en autre chose. Assurément si quelque chose s'échappait [5] des êtres producteurs, cela existerait sans en être autre chose. Mais puisque les réalités de là-bas demeurent en elles-mêmes, puisqu'elles connaissent une manifestation d'elles en autre chose, il faut qu'il existe un autre terme qui leur serve de "siège", sans qu'elles y viennent vraiment. Cet autre terme, par sa présence et son audace, son état en quelque sorte de mendicité et de pauvreté, manifeste une sorte de violence en tentant de saisir quelque chose, et de trahison en ne saisissant rien, de telle sorte que sa pauvreté demeure [10] et qu'elle continue à mendier. A cause de cette attitude de rapace, le mythe fait d'elle une mendiante, en montrant ainsi sa vraie nature, qui est d'être privée du bien. Un mendiant ne demande pas précisément ce que celui qui donne a, mais il se réjouit de ce bien obtient, ce qui nous conduit à dire que ce mythe montre que ce qui apparaît dans la matière est différent des êtres réels et son nom (Pauvreté) montre qu'elle n'est pas [15] remplie par eux.

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