Mais celui qui écrit n'est pas toujours le même homme immobile




Je ne sais si j'ai raison d'écrire ici ces rêveries, mais il est vrai que parfois elles semblent gravées en moi, comme des souvenirs vrais et confus d'une enfance fabuleuse et lointaine. Mais celui qui écrit n'est pas toujours le même homme immobile, au fil de son histoire viendront se nouer les divers aspects des conditions extérieures, comme le froid ou la chaleur, ainsi que les conditions intérieures, par exemple, une petite satisfaction ou les troubles de l'incertitudes, et enfin l'influence de ses propres organes, comme les intestins, le foie, la vessie ou le pénis. Et puis il faut comprendre d'un pauvre tailleur comme moi, plongé dans ce long hiver d'oisiveté forcée, enfoncé dans la misère qui l'écrase et l'opprime, ne peut éviter de s'abandonner aux chimères les plus bizarres et les plus sottes, issues de ce village abandonné, qui n'est en fait qu'un amas de ruelles débordantes de boue et de merde et de vieilles maisons qui se délabrent et s'effondrent, où vivent, tous ensemble, hommes, ânes et poulets.
Le Tailleur de la grand-rue, Giuseppe Bonaviri.

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