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Affichage des articles du juillet, 2009

De la mufflerie des éloges (suite)

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La délicatesse de T'ien Tseu-fang et sa répugnance à faire l'éloge de son maître rappelle l'indignation de Borhân ud-Dîn : Qui est-il pour faire mon éloge ? Si l'on mixe les devoirs du murid envers son murshid (toujours défendre son maître en son absence et ne jamais laisser dire du mal de lui) avec ce sentiment d'être indigne de louer, le murid ne laisse pas blâmer son maître en public mais s'interdit de le louer :
T'ien Tseu-fang, lorsqu'il tenait compagnie au seigneur Wen de Wei, mentionnait souvent K'i-kong élogieusement. - Fut-il votre maître ? demanda le seigneir. - Non, dit T'ien Tseu-fang, nous sommes originaires du même village. J'ai souvent été frappé de la justesse de ses discours. C'est pour cela que je le cite. - Ainsi, dit le seigneur, vous n'avez jamais eu de maître ? - Si, repartit T'ien Tseu-fang. - Qui fut-il ? - Tong-kouo Tseu-chouen. - S'il fut votre maître, pourquoi n'en parlez-vous jamais ? - Mon maître, ré…

Qui aime à rallier les hommes n'est pas un saint

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Son coeur était tranquille, son visage imperturbable, son front proéminent. S'il était froid, c'était comme l'automne ; s'il était chaud, c'était comme le printemps. Sa joie et sa colère se manifestaient selon le rythme des quatre saisons. Il savait s'adapter à tous les êtres, personne ne connaissait la portée de son adaptation. C'est pourquoi le saint pouvait faire une guerre et anéantir un pays sans perdre pour autant l'affection du vaincu. De même, ses bienfaits pouvaient s'étendre à des milliers de générations sans qu'il y eût de sa part amour des hommes. Qui aime à rallier les hommes n'est pas un saint ; qui use de favoritisme n'est pas un bienfaiteur ; qui ne sait que profiter des circonstances n'est pas un sage ; qui ne connaît pas l'identité de l'utile et du nuisible n'est pas un homme supérieur ; qui recherche la renommée et sort de son naturel n'est pas un gentilhomme ; qui perd sa personnalité et ne conserve…

Tous les êtres ne sont qu'un cheval

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Quand les hommes entrent en action, ils visent leurs semblables comme l'arbalète vise sa proie ; puis restent immobiles, ils surveillent leur victoire comme des conjurés. Ils s'affaiblissent ainsi quotidiennement comme l'automne et l'hiver qui déclinent. Ils s'enfoncent sans retour dans leurs mauvaises habitudes ; ils s'y étouffent et se dégradent avec l'âge ; leur esprit va vers la mort ; rien ne leur permet de recouvrer la lumière. La joie et la colère, la peine et le plaisir, l'anxiété et le regret, le caprice et la crainte, la frivolité et la négligence, l'exaltation et l'arrogance, tout cela jaillit de lui-même comme la musique sort d'un tube creux ou comme les champignons naissent des vapeurs de la terre. Le jour et la nuit se succèdent devant nous, mais personne ne connaît leur origine. Hélas ! Hélas ! Quand pourrons-nous saisir d'où tout cela naît ?

Supposons qu'il y ait un vrai maître. On ne voit aucun indice de son existence.…

Toute chose désire ce qui l'a engendrée, et en jouit

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Mais cette raison qu'est l'Âme est obscure, car elle n'est qu'un reflet de l'Intellect, et c'est pourquoi elle doit garder son regard posé sur l'Un ; de même l'Intellect doit garder son regard posé sur l'Un, pour être Intellect. Mais il le voit sans être séparé, et cela parce qu'il vient après lui et qu'il n'y a aucun intermédiaire entre eux, comme il n'y a aucun intermédiaire entre eux, comme il n'y en a aucun non plus entre l'Âme et l'Intellect. Toute chose désire ce qui l'a engendrée, et en jouit, surtout quand ce qui engendre et ce qui est engendré sont seul à seul ; de surcroît, quand ce qui engendre est ce qu'il y a de meilleur, ce qui est engendré reste nécessairement avec lui, pour ne plus être séparé de lui que par la différence. Plotin, Traités 7-21 : 10, Sur les trois hypostases qui ont rang de principes, trad. et présentation Francesco Fronterotta
Ce "Toute chose désire ce qui l'a engendrée, et…

Sont-ce des chevaux sauvages ou bien des poussières...

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photo Sandrine Alexie
Sont-ce des chevaux sauvages ou bien des poussières voltigeant dans les airs ou bien des êtres vivants qui soufflent les uns sur les autres ? Le bleu est-il la couleur naturelle du ciel, ou est-il le simple reflet d'une distance infinie ? Car de là-haut, le P'eng aperçoit vers le bas la même couleur que nous apercevons ici de bas en haut.


Yong-tseu se riait d'eux. L'admiration du monde entier ne l'eût point encouragé, le mépris du monde entier ne l'eût point découragé. Car il savait distinguer l'intérieur de l'extérieur et par là l'honneur du déshonneur. Mais hélas, il ne savait faire que cela. Certes, un tel homme est rare dans le monde, mais il n'a rien établi.
Lie-tseu se déplaçait en chevauchant le vent. Il voyageait de la façon la plus agréable et s'en revenait au bout de quinze jours. Certes, un tel homme est rare parmi ceux qui ont atteint à la félicité. Mqis même s'il pouvait se dispenser de marcher, il dépend …

"Penser c'est morceler..."

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Penser, c'est morceler en idées nettes et incompatibles le réel complexe, dont l'essence est l'indivisibilité concrète ; agir, c'est choisir une de ces idées abstraites et exclure ainsi toutes autres idées abstraites qui lui sont étroitement liées. Surmonter tout artifice de l'intelligence morcelante et par là tout choix nécessairement arbitraire de l'homme, c'est retrouver le bonheur primitif de l'humanité plongée dans l'harmonie universelle.

Alors que traumatisée par le totalitarisme du siècle dernier, la doxa contemporaine ne cesse d'insister sur la promotion des différences, la nécessité de la "diversité", la quête du métissage (cet épouvantable mot consacré par le Code noir tout de même), l'amour du pluralisme, enfin tout ce qui est altérité en apparence, il est frappant de voir que pour Tchouang-Tseu, comme pour Plotin et tant d'autres sages du temps passé, le Mal, c'est la perte de l'unité, la volonté d'être …

On s'en fout

Miss Angleterre est noire.

Car l'enseignement ne peut indiquer que la route et le chemin

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photo : batega
Mais quand l'âme veut voir par elle-même, alors, parce qu'elle ne peut voir qu'en s'unissant avec ce qu'elle pense, et qu'elle est une si elle est une avec lui, elle ne croit pas encore avoir ce qu'elle cherche, car elle n'est pas différente de lui. Cependant, c'est bien ainsi que doit faire celui qui entend philosopher sur l'unité.
Comment Le voir ? A l'opposé de l'anéantissement de soi (le fan'a des soufis) il s'agit de se rassembler, de retrouver son unité éparpillée, en se délestant au cours de son ascension de tout ce qui n'est pas Lui, et la Beauté, faisant partie des sensibles, en fait partie. Contrairement à Ruzbehan (et bien d'autres) la Beauté vient de l'Un mais n'y ramène pas, pas plus que la raison ou la "science". Elle ne guide même pas.
L'aporie naît surtout parce que notre saisie de l'Un ne se fait ni au moyen de la science ni au moyen de l'intellection, comme c…

Mais celui qui écrit n'est pas toujours le même homme immobile

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photo Muhammad Mahdi Karim

Je ne sais si j'ai raison d'écrire ici ces rêveries, mais il est vrai que parfois elles semblent gravées en moi, comme des souvenirs vrais et confus d'une enfance fabuleuse et lointaine. Mais celui qui écrit n'est pas toujours le même homme immobile, au fil de son histoire viendront se nouer les divers aspects des conditions extérieures, comme le froid ou la chaleur, ainsi que les conditions intérieures, par exemple, une petite satisfaction ou les troubles de l'incertitudes, et enfin l'influence de ses propres organes, comme les intestins, le foie, la vessie ou le pénis. Et puis il faut comprendre d'un pauvre tailleur comme moi, plongé dans ce long hiver d'oisiveté forcée, enfoncé dans la misère qui l'écrase et l'opprime, ne peut éviter de s'abandonner aux chimères les plus bizarres et les plus sottes, issues de ce village abandonné, qui n'est en fait qu'un amas de ruelles débordantes de boue et de merde et …

Sur le Bien ou l'Un

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Victoire de l'amour sacré sur l'amour profane François Duquesnoy 1630, Galerie Spada, Rome.

Aucun prophète juif, à ma connaissance, ni le Christ, ni Muhammad n'ont enseigné la recherche de l'union et la connaissance extatique de soi par le divin. Plotin est peut-être le père de toute la mystique occidentale.
Plotin souligne avec insistance combien tout discours sur l'Un se révèle être d'abord un discours sur nous-mêmes : parlant de l'Un, ce n'est pas lui que nous désignons mais bien plutôt nos propres affections, que nous cherchons à exprimer en paroles lorsque nous percevons les effets de son action. Il ne s'agit donc pas d'une véritable "description" de l'Un, mais bien plutôt d'une "exhortation" qui doit en quelque sorte conduire jusqu'à lui, d'un "enseignement" qui doit "indiquer la route et le chemin" qui y remontent.
Sur l'âme amoureuse de sa source, plus encore que de sa moitié perdue …

L'été à Mineo

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A Mineo, l'été explose soudain sans prévenir personne. A peine quelques jours plus tôt, en descendant par la Varanna ou par l'Itria, l'on peut rencontrer des paysans emmitouflés dans leur châle noir, le pantalon tout crotté, qui dévalent la pente abrupte et boueuse, jonchée de morceaux d'ordures, qui augmentent jour après jour à chaque coin de rue et assombrissent l'air. Mais il suffit d'une semaine pour que le soleil devienne violent, et les masures tordues, amoncelées les unes sur les autres, laissent évaporer leur humidité, deviennent sèches et brûlantes comme des fours. Dans les ruelles, la pussière se soulève en nuage chaque fois que quelqu'un passe, tandis que les excréments jaunissent au pied des portes basses des maisons, et les pierres affleurent blanches, jaunes, noires. On dirait que les pierres se libèrent, suivant leur propre rythme égal et tranquille, car on les voit se détacher de la ravine sèche du Château, rouler par la pente des Mura - où…

parce que j'ai peur que ce que j'écris puisse être vrai

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En ce moment, je pense davantage au vent qui parle dehors et qui se glisse comme un souffle liquide entre les volets de la cuisine où je suis en train d'écrire. Dans les livres de l'école primaire, je lisais que le vent c'est de l'air qui bouge, mais cela n'est vrai que dans la journée, quand chaque pierre, chaque rue, chaque bête occupe un espace clair et net. Mais la nuit, d'après moi, le vent vit et sent comme un être humain. Et je n'ose pas ouvrir la fenêtre, parce que j'ai peur que ce que j'écris puisse être vrai.
Le Tailleur de la grand-rue, Giuseppe Bonaviri, trad. U.E. Torregianni

Une "petite flamme droite et vibrante comme la queue d'un petit chien

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Georges La Tour, 1645, musée du Louvre


Dehors des enfants écrasaient leur nez contre la vitre fermée et regardaient la lampe allumée, la petite flamme droite et vibrante comme la queue d'un petit chien, et les paysans immobiles et penchés vers moi. Et moi, entre-temps, j'avais fini la première lettre et je commençais déjà la deuxième.

Deuxième lettre

Mon éternel amour. Je ne puis rester longtemps sans prendre ma plume pour te communiquer les sentiments que mon cœur nourrit pour toi. Ton image me suit partout où je vais, et je vois ton visage dans les frondaisons, dans les fleurs qui naissent légères du sein des prés verdoyants, dans le vent qui tremble dans les blés. Je t'aime, je t'aime passionnément.

Mais une fois, en écoutant ce passage, Turi-du-vieux-don-Carmine avança son bras et le tendit comme s'il voulait arrêter un taureaux furieux, en me disant :
Turi-du-vieux-don-Carmine.– Ah ! non, faites excuse don Pietro, mais ce "passionnément" ne me paraît pas…

Le tailleur de la grand-rue

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photo Roberto Quartarone
Giuseppe Bonaviri a écrit ce livre entre juillet 1950 et avril 1951 loin de la Sicile (dans le Piémont, à ce qu'il me semble) alors qu'il faisait son service militaire comme officier médecin. Vittorini le publia en 1954 dans la collection des Gettoni qu'il dirigeait chez Einaudi, le présentant par cette note : "Il y a une grâce XVIII° siècle dans cette histoire d'un tailleur et de sa famille qui nous vient d'un village des monts Erei en Sicile orientale de l'intérieur, province de Catalane. Quelque chose d'un XVIII° siècle populaire, bien entendu, et précisément d'un type entre le primitif et l'arcadien, à savoir ingénu et de coloration brute mais également mignarde, forme sous laquelle se présentent les statues de bois ou de céramique de bien des saints dans les églises de Sicile. La valeur poétique du roman réside cependant en quelque chose de plus profond : dans le sens délicatement cosmique avec lequel l'auteur r…

L'atelier du tailleur

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La grand-rue est en fait la rue la plus longue de Mineo, elle part de la place, juste à côté du Cercle des Nobles, et, au fur et à mesure qu'elle grimpe, elle se rétrécit, se tord, fait plusieurs coudes, et puis enfin elle s'ouvre pour aboutir sur l'esplanade de Santa Maria Maggiore : une étendue jaune où la poussière, le soleil et les gosses qui se chamaillent, s'entassent tous ensembles. Les maisons qui bordent la rue sont toutes semblables, la même chaux les recouvre qui se ternit et s'effrite, elles n'ont qu'un seul étage, les toits aux tuiles d'argile cuite se penchent au-dessus de la rue où presque toutes les portes sont fermées, matin ou soir,été comme hiver. Dans les mois d'hiver, je m'assied derrière les carreaux de la porte et j'aime rester là, les bras ballants, à regarder la pluie qui s'engouffre dans le ruisseau qui bouillonne et gronde, jaunâtre et boueux, en charriant toutes sortes d'ordures. L'atelier est au rez-…

Que la Création est un acte de générosité

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Si le Premier est parfait, qu'il est la plus parfaite de toutes les choses, et qu'il est la première [25] puissance, il doit être la chose la plus puissante de celles qui existent, et les autres puissances doivent l'imiter autant qu'elles le peuvent. Or, dès que n'importe laquelle des autres choses atteint sa perfection, nous constatons qu'elle engendre, c'est-à-dire qu'elle ne supporte plus de demeurer en elle-même, mais qu'elle produit une chose différente.
(...)
Comment alors ce qui est le plus parfait, le bien premier, [35] demeurerait-il en lui-même, comme s'il était avare de lui-même et comme s'il était dépourvu de puissance ? Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime cette idée, presque un paradoxe, que la perfection suprême mène à une incapacité, presque un manque : ne plus supporter de "demeurer en soi-même," ne plus supporter de jouir seul de soi, "avare de soi-même", et qu'il faut alors laisser échapper de l&…

Au revoir, ami...

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Au revoir, ami, j'ai mal à l'âme.
C'est si dur de me heurter aux gens.
Cette vie n'est que souffrance et drame,
Cette vie ignore le bonheur.

Au revoir. Les chandelles sont mortes.
J'ai si peur de partir dans le noir.
Toute sa vie, frapper à une porte
Et rester, tout seul, ainsi, un soir.

Au revoir, quittons-nous en silence.
C'est bien mieux, ainsi, plus tendre aussi.
J'ai passé le temps des espérances
Orgueilleuses et des amours transis.

Je te quitte, adieu, ami fidèle,
Ami que je porte dans mon coeur.
La séparation n'est pas cruelle
Qui promet une rencontre, ailleurs.

Evitons les mains, le mot suprême.
Sans chagrin, sans froncer les sourcils.
Quoi, mourir n'est pas un vrai problème.
Vivre – hélas – n'est pas nouveau, aussi...
Serge Essénine, trad. Gabriel Arout.

Khidr et Bulûqiyyâ

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Khidr et Alexandre BNF Suppl.turc. 242 fol-75v B
Toujours cette collusion des Quarante et de Khidr, quand on mentionne les uns, l'autre n'est jamais loin. L'autre détail profond et subtil du récit est la curieuse réponse de Khidr aux supplications de Bulûqiyyâ (mais Khidr est une énigme ambulante) : au lieu même de dire : "Bon, mouche ton nez, arrête de pleurnicher (les gens passent leur temps à s'évanouir ou à pleurer dans les Mille et une Nuits) je vais demander à Dieu s'il veut bien que je t'aide", sa réponse : "Prie Dieu de me permettre de te ramener au Caire avant que tu ne perdes la vie" est a priori pédagogique, du genre "c'est à toi, croyant, de te fatiguer à supplier Dieu et non à moi" ou bien "au lieu de te fatiguer à ME supplier, demande au patron" ; mais la réponse ultime : "Dieu a accepté ta prière et m'a inspiré de te reconduire chez toi" nous en dit davantage, surtout le "m'a inspi…

On s'en fout

Michael Jackson n'était pas pédophile.

Car cette pensée...

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Je ne sais pourquoi, depuis des années, j'aime ce passage à la folie, peut-être autant que celui sur la bravoure, de Jankélévitch. Je ne sais trop ce que j'y mets dedans, sans doute quelque chose comme le Oui de la djavanmardî, comme un service à prendre, éternellement :

Qui peut dire : ceci est arrivé, parce que les événements l'ont permis ? Ceci s'est passé parce que, à un certain moment, les faits sont devenus trompeurs et, par leur agencement étrange, ont autorisé la vérité à s'emparer d'eux ? Moi-même, je n'ai pas été le messager malheureux d'une pensée plus forte que moi, ni son jouet, ni sa victime, car cette pensée, si elle m'a vaincu, n'a vaincu que par moi, et finalement elle a toujours été à ma mesure, je l'ai aimée, et je n'ai aimé qu'elle, et tout ce qui est arrivé, je l'ai voulu, et n'ayant eu de regard que pour elle, où qu'elle ait été et où que j'ai pu être, dans l'absence, dans le malheur, dans la …

Malheur au sentier qui se retourne pour dévisager le passant

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Ce voyage en métro m'a laissé le souvenir d'une grande tristesse. Cette tristesse ne se rapportait pas à mon peu de mémoire. Mais quelque chose était en train de se passer là, dans cette voiture, avec tous ces gens de midi. Il y avait, à deux pas, un malheur important, aussi silencieux qu'un vrai malheur peut l'être, étranger à tout secours, inconnu, que rien ne pouvait faire apparaître. Et moi-même qui le pressentais, je ressemblais à un voyageur marchant à l'écart sur une route; la route l'a appelé, et il avance, mais la route veut voir si celui qui vient est bien celui qui doit venir, elle se retourne pour le reconnaître, et la même culbute les entraîne tous deux dans le ravin. Malheur au sentier qui se retourne pour dévisager le passant; et combien plus profond était ce malheur, combien plus ignoré et plus silencieux.
Maurice Blanchot, L'Arrêt de mort.

L'Arrêt de mort

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Si j'ai écrit des romans, les romans sont nés au moment où les mots ont commencé de reculer devant la vérité.


Maurice Blanchot, L'Arrêt de mort.

Slendeurs et misères de la matière

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Ribera, 1642, Louvre.

14. Quoi donc ? S'il n'y avait pas de matière, rien n'existerait ? - Non, de même qu'il n'y aurait pas de reflet, s'il n'y avait pas de miroir ou de surface de cette sorte. Ce, en effet, dont la nature est de venir à l'être si cette autre chose n'existe pas ; telle est en effet la nature d'une image qui ne peut exister qu'en autre chose. Assurément si quelque chose s'échappait [5] des êtres producteurs, cela existerait sans en être autre chose. Mais puisque les réalités de là-bas demeurent en elles-mêmes, puisqu'elles connaissent une manifestation d'elles en autre chose, il faut qu'il existe un autre terme qui leur serve de "siège", sans qu'elles y viennent vraiment. Cet autre terme, par sa présence et son audace, son état en quelque sorte de mendicité et de pauvreté, manifeste une sorte de violence en tentant de saisir quelque chose, et de trahison en ne saisissant rien, de telle sorte que s…

Vice, vertu et harmonie

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Donatello, 1447-50, basilique Saint-Antoine de Padoue En disant que la vertu est une harmonie et le vice un manque d'harmonie, ne soutiendrons-nous pas une opinion acceptée des anciens et, surtout, un raisonnement nous faisant avancer insensiblement vers ce que nous recherchons ? Si en effet la vertu n'est que l'accord des parties de l'âme les unes avec les autres, accord conforme à la nature, et que le vice [10] manque de cette harmonie, il n'y aura rien qui vient s'ajouter, ni qui vient d'autre chose, mais chaque partie vient en quelque sorte, telle qu'elle est, s'ajouter aux autres, et elle n'y vient pas, quand l'harmonie fait défaut. C'est comme des choreutes qui dansent et qui chantent ensemble, même si c'est à tour de rôle, chacun chantant alors que les autres se taisent, [15] et chacun chantant sa partie ; il faut non seulement chanter ensemble, mais encore que chacun chante sa partie avec le talent requis en chantant avec son…

Privilèges de la vie des cardinaux

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Armand Gaston Maximilien de Rohan, par Rigaud Un cardinal est en droit de passer sa vie au jeu, à la bonne chère, et avec les dames les plus jeunes et les plus jolies ; d'avoir sa maison pleine de monde pour le rendez-vous et la commodité des autres, de leurs amusements, de leurs plaisirs, et pour le centre des siens ; d'y donner des bals et des fêtes, et d'y étaler tout le luxe et la splendeur en tout genre qui peut flatter ; surtout de n'entendre plus parler de livres, d'étude, de rien d'écclésiastique ; d'aller régner dans son diocèse sans s'en mêler, de n'être pas seulement importuné par ses grands vicaires, ni par le valet sacré et mitré payé pour imposer les mains, et d'y vivre sans inquiétude dans un palais à la campagne, au milieu d'une cour comme un souverain, parmi le jeu, les dames et les plaisirs, pleinement affranchi, là comme à Paris et à la cour, de toute bienséance. Ce n'est pas que nos cardinaux vécussent tous de la sorte…

S'intelliger soi-même : devenir deux, bien qu'étant un

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1. Il faut distinguer deux cas : lorsqu'une chose en intellige une autre, et lorsqu'une chose s'intellige elle-même, ce qui s'écarte déjà plus de la dualité. Dans le premier cas mentionné, ce qui intellige veut aussi s'intelliger soi-même, mais il en est moins capable. Car il possède en lui-même ce qu'il voit, mais cet objet est néanmoins autre que lui. Dans le second cas, en revanche, ce qui intellige n'est pas séparé [5] réellement de son objet, mais, uni à lui, il se voit lui même. Il devient donc deux, bien qu'étant un. Par conséquent il intellige plus véritablement parce qu'il possède ce qu'il intellige, et il intellige en premier, parce que ce qui intellige doit à la fois être un et double. Car s'il n'est pas un, autre sera ce qui intellige, autre ce qui est intelligé. Il ne sera donc pas ce qui intellige en premier, parce que s'il reçoit son intellection d'autre chose, il ne peut être ce qui intellige en premier ; [10] ce …

"La chance d'avoir eu les cheveux tirés par Athéna elle-même"

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Jastrow (2005)
Plotin eut quelques extases mystiques où il rejoignit l'être (il y a les extases mystiques des amoureux et celles des philosophes qui en profitent pour vérifier leur système, parce qu'un philosophe ne perd jamais le nord). Il donne à cet essor de soi un nom savoureux : avoir eu les cheveux tirés par Athéna (dans les cas où le distrait refuse obstinément de se tourner vers le seul visage) :
7. Nous-mêmes et ce qui est nôtre remontons en effet vers l'être, et nous nous élevons vers l'Un et son premier rejeton, et nous intelligeons les intelligibles, sans passer par des images ou des empreintes d'eux ; si tel n'est pas le cas, c'est que nous devenons les intelligibles. Si donc nous avons part à la connaissance véritable, [5] nous sommes les intelligibles ; nous ne les recevons pas, mais nous sommes en eux. Et puisque les autres aussi, et pas seulement nous, devenons les intelligibles, nous devenons les intelligibles tous autant que nous sommes…

"Les gendres en sont-il aussi ?"

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Marie Victoire Sophie de Noailles marquise de Gondrin puis comtesse de Toulouse et duchesse de Penthièvre Chantilly, Musée Condé
D'Antin perdit Gondrin, son fils aîné, qui laissa des enfants d'une soeur du duc de Noailles, qui longtemps après se remaria au comte de Toulouse. Elle fut si affligée, qu'elle en tomba malade au point qu'on lui apporta les sacrements. Toute sa famille y était présente, et la maréchale de Noailles sa mère, qui l'aimait passionnément, était fondue en larmes au pied de son lit, qui priait Dieu à genoux, tout haut et de tout son coeur, et qui dans l'excès de sa douleur s'offrait elle-même à lui, et tous ses enfants, si il les voulait prendre. La Vallière, qui était là aussi à quelque distance, et qui l'entendit, se leva doucement, alla à elle, et lui dit tout haut d'un air fort pitoyable : "Madame, les gendres en sont-il aussi ?" Personne de ce qui y était ne put résister à l'éclat de rire qui les prit tous, et la…

Les dits des Bektashi

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Comment vas-Tu T'occuper de l'univers ? Un Bektashi arrive dans la ville pour faire ses courses et cherche un endroit sûr pour y laisser son âne. Il fait le tour de la ville : l'endroit le plus sûr se trouve devant la mosquée. "Mon Dieu, je le confie à Toi, dit-il tout en attachant son âne, car tu sais qu'il est précieux pour moi." Ensuite, l'esprit tranquille, il va faire ses courses. Au retour, il ne trouve plus l'âne à sa place. Tu n'es même pas capable de garder l'âne que je Te confie, comment vas-Tu T'occuper de l'univers ?"
On ne peut espérer mieux pour une oeuvre accomplie en six jours Quelqu'un pose cette question à un Bektashi : "Pourquoi ce monde n'est-il pas tout plat ? Il y a des montées et des descentes, des montagnes caillouteuses et des terres fertiles, des rocs qui entravent le chemin des hommes. Dans certains lieux il neige, dans d'autres sévit la sécheresse ; d'autres encore sont couverts de gaz…

De la patience des derviches

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Lokman Perendé, qui était l'un des successeurs de Ahmed Yesevi, devait son surnom de Perendé (serviteur) à Yesevi lui-même. Yesevi était le fils de l'Imam Mohammed Haneft. Un jour, Lokman, pris par l'inspiration partit seul dans la montagne. l'Imam Djafer et el Sadik confia alors son manteau à Bayezid Bestâmi pour qu'il le porte à Lokman. Bayezid trouva Lokma, lui remit le manteau et le lui fit revêtir. Lokman eut alors un regain d'inspiration et se mit à prier. Sa prière dura quatorze années et Bayezid attendit debout qu'il finisse. Au bout de quatorze ans, Lokman commença une deuxième prière et Bayezid, perdant patience, le quitta. Quand il fut de retour auprès de l'Imam Djafer, Bayezid lui rapporta dans quelle situation il avait laissé Lokman et l'Imam lui dit : "Si tu avais patienté jusqu'à la fin de sa deuxième prière, tu aurais peut-être découvert un grand secret."
A cette époque, le sultan Ibrahim el Sâani fut accueilli par la mi…

De l'Âme et des corps : Plotin

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Plotin défend l'idée selon laquelle plusieurs âmes peuvent provenir d'une seule et même âme. En vertu de son incorporéité, une âme unique peut se trouver en plusieurs choses à la fois. Cette unité reste en elle-même, mais une pluralité naît d'elle.
chaque corps s'avance vers l'âme et reçoit d'elle la part d'intelligible qu'il est en mesure de supporter. Plotin introduit ici un axiome capital tant pour sa théorie de la participation que pour toute sa doctrine de la procession : ce qui participe d'une chose ne peut recevoir qu'imparfaitement la puissance de son modèle et n'en reçoit que ce qu'il peut en prendre.
(Comme dit Eckhart dans le commentaire au Grain de sénevé :
Le Premier être au contraire laisse ruisseler ses bontés sur toutes choses en un seul et unique flot.Si elles se distinguent ensuite, cela tient à la qualité des récepteurs.)
L'Âme n'est donc pas responsable de la division des corps : ce sont les corps qui s'appro…

Portrait de Fénelon par Saint-Simon

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David d'Angers, 1826, Cathédrale de Cambrai
photo Camster2 Plus coquet que toutes les femmes, mais en solide, et non en misères, sa passion était de plaire, et il avait autant de soin de captiver les valets que les maîtres, et les plus petites gens que les personnages ; il avait pour cela des talents faits exprès. Une douceur, une insinuation, des grâces naturelles et qui coulaient de source, un esprit facile, ingénieux, fleuri, agréable, dont il tenait, pour ainsi dire, le robinet pour en verser la qualité et la quantité exactement convenable à chaque chose et à chaque personne ; il se proportionnait et se faisait tout à tous. Une figure fort singulière, mais noble, frappante, perçante, attirante ; un abord facile à tous ; une conversation aisée, légère et toujours décente ; un commerce enchanteur ; une piété facile, égale, qui n'effarouchait point et se faisait respecter ; une libéralité bien entendue ; une magnificence qui n'insultait point, et qui se versait sur les offi…