Le feu se calme et le bois se tait



Et comme la ressemblance émane de l'Un, et qu'elle attire et séduit en vertu de la puissance de l'un, il en résulte que ni repos ni satisfaction ne sont donnés à celui qui attire ni à celui qui est attiré jusqu'à ce qu'en Un ils soient réunis.

L'insatisfaction amoureuse de l'âme inférieure pour son âme suzeraine est bien connue. Sohrawardî, par exemple en parle, sans qu'il mette de réciprocité dans cette impatience souffrante, qui s'apparente plus, du coup, à l'aspiration murid-murshid de Nadjm ad Din Kubra :

Si l'aspiration du disciple est nécessaire pour initier son rapport au maître, elle se retourne ensuite, de sorte que c'est le maître qui aspire à son disciple et ne le relâche pas tant qu'il n'a pas atteint son but. En se soumettant au maître, celui-ci s'empare de lui, et c'est comme s'il avait été enlevé à lui-même, de sorte qu'il se trouve "comme le cadavre entre les mains du laveur de morts".


Cependant, ni le bois ni le feu ne trouvent d'apaisement ni de repos ni dans la chaleur, ni dans le froid, ni dans la ressemblance tant que le feu ne trouvent d'apaisement ni de repos dans la chaleur, ni dans le froid, ni dans la ressemblance tant que le feu ne s'engendre pas lui-même dans le bois et lui communique sa propre nature et son propre être, en sorte que tout est un seul feu, consubstantiel à tous les deux, sans différence, ni plus ni moins. Et c'est pourquoi, avant qu'il en soit ainsi, se produisent toujours une fumée, une lutte, un crépitement, un effort, un conflit entre le feu et le bois. Mais lorsque toute dissemblance est surmontée, le feu se calme et le bois se tait. Il s'avère en effet que la force cachée de la nature hait la ressemblance qui n'est pas encore manifeste, dans la mesure où celle-ci porte en soi différence et division. Elle vient chercher l'Un qu'elle aime dans cette ressemblance uniquement pour lui-même, tout comme la bouche aime et recherche dans le vin et par le vin la saveur et la douceur. Si l'eau avait le goût du vin, la bouche n'aimerait pas plus le vin que l'eau.
La divine consolation suivi de L'Homme noble, Maître Eckhart.

La réunion avec sa propre essence rappelle aussi ce que Sohrawardi disait de la jouissance de son être :

Lorsque tu as compris que la jouissance consiste en ce qu'un être atteigne à ce qui lui correspond, et en ce que cet être perçoive qu'il a atteint cette chose ; qu'en revanche la souffrance d'un être consiste en ce qu'il ait conscience d'avoir atteint quelque chose en discordance avec lui-même, et qu'il le perçoive quant à cette discordance ; [lorsque d'autre part tu as compris] que tous les actes de connaissance viennent de la Lumière immatérielle, car il n'est rien de plus cognitif que celle-ci - , alors il n'est rien qui soit plus sublime ni plus délectable que sa perfection et que d'être en accord avec elle." - 238. (Livre de la sagesse orientale)

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