Articles

Affichage des articles du juin, 2009

On s'en fout

Michael Jackson n'était peut-être pas chauve.

Le petit chemin de fer

Image
D’autres étaient venus seulement acheter leurs journaux. Et aussi beaucoup faisaient la causette avec nous que j’ai toujours soupçonnés ne s’être trouvés sur le quai, à la station la plus proche de leur petit château, que parce qu’ils n’avaient rien d’autre à faire que de retrouver un moment des gens de connaissance. Un cadre de vie mondaine comme un autre, en somme, que ces arrêts du petit chemin de fer. Lui-même semblait avoir conscience de ce rôle qui lui était dévolu, avait contracté quelque amabilité humaine; patient, d’un caractère docile, il attendait aussi longtemps qu’on voulait les retardataires, et, même une fois parti, s’arrêtait pour recueillir ceux qui lui faisaient signe; ils couraient alors après lui en soufflant, en quoi ils lui ressemblaient, mais différaient de lui en ce qu’ils le rattrapaient à toute vitesse, alors que lui n’usait que d’une sage lenteur. Ainsi Hermenonville, Harambouville, Incarville, ne m’évoquaient même plus les farouches grandeurs de la conquête…

L'échelle d'or

Image
Le thème de la montée spirituelle, l'image de l'ascension intérieure, on les retrouve de siècle en siècle, et d'une façon exemplaire chez saint Jean de la Croix, dans La montée du Carmel ou La nuit obscure. Il structure la Divine Comédie et Dante voit, au vingt et unième chant du Paradis, une échelle couleur de l'or qu'un rayon de soleil illumine. L'islam raconte et chante l'ascension de Mahomet qui, dans ce voyage intérieur, vit une échelle mystique. La voie soufie connaît l'échelle intérieure de l'illumination et de l'extase. La Chine taoïste et la Chine confucéenne ont, comme l'Inde, leur doctrine de perfection graduelle. Le yoga est montée de l'énergie mentale et physique de chakra en chakra jusqu'au sommet de soi ou jusqu'à la sortie de soi. Platon connaît cet envol de l'âme où Mircea Eliade voyait le rappel, philosophique, - ou la métamorphose - de l'expérience chamanique. Saint Paul parle d'un homme - lui-même,…

Les dindonneaux du directeur

Image
photo : Scott Bauer
Ce n'est pas qu'il n'eût su, bien qu'il cachât ses débuts comme plongeur, mettre la main à la pâte comme un autre. Il fallut pourtant une circonstance exceptionnelle pour qu'un jour il découpât lui-même les dindonneaux. J'étais sorti mais j'ai su qu'il l'avait fait avec une majesté sacerdotale, entouré, à distance respectueuse du dressoir, d'un cercle de garçons qui cherchaient par là moins à apprendre qu'à se faire bien voir, et avaient un air béat d'admiration. Vus d'ailleurs par le directeur (plongeant d'un geste lent dans le flanc des victimes et n'en détachant pas plus ses yeux pénétrés de sa haute fonction que s'il avait dû y lire quelque augure), ils ne le furent nullement. Le sacrificateur ne s'aperçut même pas de mon absence. Quand il l'apprit, elle le désola. "Comment, vous ne m'avez pas vu découper moi-même les dindonneaux ?" Je lui répondis que n'ayant pu voir jusq…

Sur les dragons des ténèbres...

Image
Bagdad, 1221
Magnifique préface du traducteur aux Sept Degrés de l'amour spirituel de Ruysbroeck. J'en extrais des bouts :

N'écrivant jamais que pour conduire des âmes sur le chemin de la vie intérieure.
La vie intérieure, comme la vie quotidienne, est un chemin. On le parcourt pas à pas, on y progresse, on y chemine vers un but. Et, de même qu'on grandit et qu'on s'élève, la vie spirituelle est un chemin qu'on doit gravir, non sans peine. Il y faut une méthode. - Et la grâce.
Je dois dire que j'adore cet ajout final - et la grâce. Après le cheminement (et déjà avant de cheminer faut-il trouver le chemin), l'effort, la montée, la peine, la méthode, il faut quoi, déjà ? Ah oui, un petit rien que l'on nomme la grâce.


Sainte Perpétue, martyre à Carthage au III° siècle, eut une vision où les montants de l'échelle spirituelle étaient armés de lames, "de sorte que si quelqu'un montait avec négligence et sans fixer son attention vers le haut, i…

Ne sçais l'heure

Image
La tristesse de la vie de M. de Crécy venait, tout autant que de ne plus avoir de chevaux et une table succulente, de ne voisiner qu'avec des gens qui pouvaient croire que Cambremer et Guermantes étaient tout un. Quand il vit que je savais que Legrandin, lequel se faisait maintenant appeler Legrandin de Méséglise, n'y avait aucune espèce de droit, allumé d'ailleurs par le vin qu'il buvait, il eut une espèce de transport de joie. Sa soeur me disait d'un air entendu : "Mon frère n'est jamais si heureux que quand il peut causer avec vous." Il se sentait en effet exister depuis qu'il avait découvert quelqu'un qui savait la médiocrité des Cambremer et la grandeur des Guermantes, quelqu'un pour qui l'univers social existait. Tel, après l'incendie de toutes les bilbiothèques du globe et l'ascension d'une race entièrement ignorante, un vieux latiniste reprendrait pied et confiance dans la vie en entendant quelqu'un lui citer un…

Ordre véritable vs boue sanglante

Image
Cette citation et la conclusion, magnifiquement provocante sur la fin, me donne envie de lire le Journal de Julien Green :
L'ordre véritable est fondé sur la prière, tout le reste n'est que désordre (plus ou moins bien camouflé). Le Moyen Âge était un immense édifice dont les assises étaient le Pater, l'Ave, le Credo et le Confiteor. Tout ce qui est édifié sur autre chose ne peut que s'effondrer tôt ou tard dans la boue sanglante. Julien Green, Journal, 30 juillet 1940.

"Alleluia !"

Image
Le Pérugin, 1500-1505, National Gallery, Londres Au bout d'un instant on se dispersa et alors M. de Charlus dit à Morel : "Je conclus de toute cette histoire, mieux terminée que vous ne méritiez, que vous ne savez pas vous conduire et qu'à la fin de votre service militaire je vous ramène moi-même à votre père, comme fit l'archange Raphaël envoyé par Dieu au jeune Tobie !" Et le baron se mit à sourire avec un air de grandeur et une joie que Morel, à qui la perspective d'être ainsi ramené ne plaisait guère, ne semblait pas partager. Dans l'ivresse de se comparer à l'archange, et Morel au fils de Tobie, M. de Charlus ne pensait plus au but de sa phrase qui était de tâter le terrain pour savoir si, comme il le désirait, Morel consentirait à venir avec lui à Paris. Grisé par son amour ou par son amour-propre le baron ne vit pas ou feignit de ne pas voir la moue que fit le violoniste car ayant laissé celui-ci seul dans le café, il me dit avec un orgueilleux …

Le feu se calme et le bois se tait

Image
photo :Janne Karaste

Et comme la ressemblance émane de l'Un, et qu'elle attire et séduit en vertu de la puissance de l'un, il en résulte que ni repos ni satisfaction ne sont donnés à celui qui attire ni à celui qui est attiré jusqu'à ce qu'en Un ils soient réunis.
L'insatisfaction amoureuse de l'âme inférieure pour son âme suzeraine est bien connue. Sohrawardî, par exemple en parle, sans qu'il mette de réciprocité dans cette impatience souffrante, qui s'apparente plus, du coup, à l'aspiration murid-murshid de Nadjm ad Din Kubra :
Si l'aspiration du disciple est nécessaire pour initier son rapport au maître, elle se retourne ensuite, de sorte que c'est le maître qui aspire à son disciple et ne le relâche pas tant qu'il n'a pas atteint son but. En se soumettant au maître, celui-ci s'empare de lui, et c'est comme s'il avait été enlevé à lui-même, de sorte qu'il se trouve "comme le cadavre entre les mains du laveur …

"O Jesu, o Meister, zu helfen zu dir"

Image
Il y a un paradoxe chez Bach qui veut que beaucoup de ses cantates religieuses sonnent comme des chants d'amour profanes, des bluettes ou des sifflements d'allégresse qu'un amoureux, gai comme un pinson, pourrait fredonner sur le chemin ; ou bien des airs tristes mais d'un chagrin d'amour qui sonne tout autant humain que causé par Dieu. Inversement, ses compositions pour instruments peuvent être d'une telle simplicité, d'un dépouillement magnifique et d'une austérité presque effrayante, qu'on sent là plutôt un mystère qui avoisine au silence, un son qui est aussi silence, qui marche avec le silence : le début des Variations Goldberg bien sûr, comme l'a écrit Cioran : "Il y a dans le début et la fin des Variations Goldberg un accent, un souvenir d'un autre monde" ; mais aussi l'Offrance musicale, des passages dans ses sonates et partitas pour violon, dans ses suites pour violoncelles.

Je raffole de cet air, très bien chanté (ce C…

"Un amour volontaire, naturel et ardent"

Image
photo : Zouavman Le Zouave La chaleur et la ressemblance entraînent aussi vers les hauteurs. Dans la Déité, la ressemblance revient au Fils, tandis que la chaleur et l'amour font partie du Saint-Esprit. La ressemblance en toutes choses, mais d'abord et surtout dans la nature divine, c'est la naissance de l'Un et et la ressemblance de l'Un en l'Un et avec l'Un, c'est le commencement de l'amour épanoui et ardent. L'Un est le commencement sans aucun commencement. La ressemblance est le commencement de l'Un seul et reçoit son être et son commencement de l'Un et en l'Un. Il est dans la nature de l'amour qu'il flue et jaillisse de deux qui ne sont qu'Un. L'Un en tant qu'Un ne produit pas d'amour. Deux en tant que deux ne produisent pas d'amour. Mais deux en tant qu'Un donnent nécessairement un amour naturel, volontaire et ardent.

La divine consolation suivi de L'Homme noble, Maître Eckhart.

Mme Cottard et l'Israélite bavard

Image
- Qu'est-ce que tu dit ? demanda Mme Cottard. - Rien. Cela ne te regarde pas. Ce n'est pas pour les femmes", répondit en clignant de l'oeil le docteur, avec une majestueuse satisfaction de lui-même qui tenait le milieu entre l'air pince-sans-rire qu'il gardait devant ses élèves et ses malades et l'inquiétude qui accompagnait jadis ses traits d'esprit chez les Verdurin, et il continua à parler tout bas. Mme Cottard ne distingua que les mots "de la confrérie" et "tapette", et comme dans le langage du docteur le premier désignait la race juive et le second les langues bien pendues, Mme Cottard conclut que M. de Charlus devait être un Israélite bavard. Elle ne comprit pas qu'on tînt le baron à l'écart à cause de cela, trouva de son devoir de doyenne du clan d'exiger qu'on ne le laissât pas seul et nous nous acheminâmes tous vers le compartiment de M. de Charlus, guidés par Cottard toujours perplexe.
"Nous avons tenu …

Oriens est occidens

Image
On sait notamment que Maître Eckhart était présent à Toulouse à l'occasion du chapitre général de son ordre, du 16 au 18 mai 1304, donc à une époque où la chasse aux derniers bons hommes était encore d'actualité dans l'arrière-pays toulousain. Ce voyage à pied, comme c'était jadis coutume et nécessité, a sans doute changé sa perception du monde et a apporté une impulsion décisive pour l'élaboration ultérieure du sermon De l'homme noble et du Livre de la divine consolation.
Que s'est-il passé à cette époque ? Suite à un affaiblissement de la papauté accompagné d'un soulèvement de la population contre les excès commis par l'Inquisition, Philippe le Bel ordonne en 1304 de mettre un terme aux persécutions des hérétiques. Les cachots s'ouvrent et les langues se délient, si bien que dans cette relative accalmie, n'importe qui pouvait sans grand danger écouter l'avis des hérétiques. Les dominicains eux-mêmes retrouvent leur vocation première, qu…

L'essentiel est de participer...

Image
MS Hunter 374 (V.1.11), Glasgow University library
Puisque c'est par l'acquisition du bonheur que les hommes deviennent heureux, le bonheur étant à vrai dire la même chose que la divinité, il est évident que l'acquisition de la divinité rend bienheureux. Mais pour la même raison que la justice fait le juste et la sagesse le sage, la divinité doit nécessairement transformer en dieux ceux qui l'ont acquise. Quiconque est heureux est donc un dieu. Par nature, il n'y a certes qu'un seul Dieu ; mais en vérité, rien n'empêche qu'il y en ait un grand nombre par participation.
Boèce, La Consolation de Philosophie III, 19.

Les mercredi de La Raspelière (suite)

Image
M. de Charlus :
- Qu'alliez-vous me dire ?" interrompit M. de Charlus qui commençait à être rassuré sur ce que voulait signifier M. Verdurin, mais qui préférait qu'il criât moins haut ces paroles à double sens. "Nous vous avons mis seulement à gauche", répondit M. Verdurin. M. de Charlus, avec un sourire compréhensif, bonhomme et insolent, répondit : "Mais voyons ! Cela n'a aucune importance, ici ! Et il eut un petit rire qui lui était spécial - un rire qui lui venait probablement de quelques grand-mère bavaroise ou lorraine, qui le tenait elle-même, tout identique, d'une aïeule, de sorte qu'il sonnait ainsi, inchangé, depuis pas mal de siècles dans de vieilles petites cours de l'Europe, et qu'on goûtait sa qualité précieuse comme celle de certains instruments anciens devenus rarissimes. Il y a des moments où pour peindre complètement quelqu'un il faudrait que l'imitation phonétique se joignît à la description, et celle du personn…

On s'en fout

Les collégiens ont la grippe A.

"en toutes choses devenir simple et libre"

Image
Gerrit Dou, Althe Pinakothek, Munich.
Pourquoi Dieu ne veut pas nous accorder ce que nous voulons, même si nous avons toutes les bonnes raisons de le vouloir ? C'est que, répond Maître Eckhart, nous sommes trop impatients et nous retardons, par notre impatience, l'agenda divin, alors même que Dieu soupire de nous exaucer :

En vérité, lorsque l'on veut s'unir à Dieu, il ne suffit pas que notre esprit soit détaché dans l'instant présent ; il faut que ce soit un détachement auquel on s'est longuement exercé, qui a précédé et qui suivra. Alors seulement peut-on obtenir de grandes choses de Dieu et recevoir Dieu dans ces dons. Mais si l'on n'est pas préparé, on per le don, et Dieu avec le don. Voilà pourquoi Dieu ne peut pas toujours nous accorder ce que nous lui demandons. Cela ne tient pas à lui, car il a mille fois plus hâte de donner que nous de recevoir. Mais nous lui faisons violence et tort en l'empêchant d'accomplir son opération naturelle par …

Les adieux de Marc-Aurèle

Image
photo : Sailko

Comme pour ceux de Socrate, il y a une (bonne) grâce, une élégance sereine et cavalière, presque une désinvolte, dans les adieux de Marc-Aurèle à la vie. Ce ton léger, presque allègre des sages antiques devant la mort, le christianisme l'a fait perdre pour longtemps à la philosophie latine. On ne le retrouve pas avant Montaigne, peut-être.

XXXVI.- O homme ! Tu as été citoyen de cette grande cité, que t'importe de l'avoir été cinq ans ou trois ans ! Ce qui est selon les lois est équitable pour tous. Qu'y a-t-il donc de terrible, si tu es renvoyé de la cité, non par un tyran ou par un juge inique, mais par la nature qui t'y a fait entrer ? C'est comme si le prêteur congédiait de la scène l'acteur qu'il avait engagé. - Mais je n'ai pas joué les cinq actes ; trois seulement. - Tu les as bien joués ; mais, dans la vie, trois actes font un drame tout entier. Celui qui, en effet, fixe le dénouement est celui-là même qui fut naguère la cause d…

Seras-tu donc un jour...

Image
photo Urban

Marc-Aurèle très souvent casse-pied, un peu lourd, un peu rabâcheur dans ses raisonnements et ses exhortations à la discipline avec des arguments parfois un peu tordus, ou tout simplement obtus et comiques, du coup ; les oeillères volontaires :

Le repentir est un blâme à soi-même pour avoir négligé quelque chose d'utile. Or, le bien doit être quelque chose d'utile, et l'honnête homme doit en avoir souci. Mais d'autre part, aucun honnête homme ne se blâmerait pour avoir négligé un plaisir. Le plaisir n'est donc, ni chose utile, ni bien.
On comprend son impatience de se dissoudre dans le Grand Tout car vu comme cela, la vie d'un stoïcien ne semble qu'un long emmerdement... Il ne reste plus qu'à fustiger en soi vices et faiblesses, pour ne pas périr d'ennui. Mais souvent, aussi, de beaux passages, qui font regretter (pour lui) qu'il n'ait pas davantage pratiqué ce lâcher-prise qui fait naître alors l'effusion, ou ne l'ait davan…

Des livres pour Haïti

Image

"tiens pour grand ce que tu aimes et le but de ta quête"

Image
Autre formule d'un Dieu insistant chez Eckhart. Après celui qui doit faire l'effort de se dépouiller pour entrer dans le château de notre âme, voilà celui qui, patiemment, parce que nous ne savons pas le voir à notre porte, attend sur le seuil que l'on veuille bien ouvrir (pendant que nous croyons avoir perdu la clef qui se trouve dans nos mains, je suppose).
"Car c'est un grand préjudice pour l'homme de se croire loin de Dieu. Que l'homme chemine loin ou près, Dieu n'est jamais loin : il se tient toujours à proximité, et s'il ne peut rester à l'intérieur, il ne va jamais plus loin que sur le pas de la porte."(17)
Son opinion sur le péché est on ne peut plus pédagogique. C'est, finalement, assez nécessaire, pour qu'à la fin, ayant bien honte et nous retrouvant tout seul, sans la satisfaction des bonnes oeuvres accomplies, dans cette auto-satisfaction du bon élève méritant et sans tache, il nous faille nous tourner vers l'ultime r…

Que la méfiance est un défaut d'amour

Image
Bouts, musée des Beaux-Arts, Lille, 1450
Jolie formule de Maître Eckhart, quand, voulant rassurer sur le pardon de Dieu qui lave tout, même (et surtout) les plus énormes péchés, il parle du "Dieu du présent", ce qui rappelle l'exercice zen de vivre uniquement le temps présent. Ici, Dieu donne l'exemple :

Car Dieu est le Dieu du présent. Tel il te trouve, tel il te prend et t'accueille, non pas ce que tu as été, mais ce que tu as été maintenant."(12)
Mais tout son propos sur le pardon des péchés, si aisé à Dieu, qui lui est si facile pour peu que l'on se repente, quels que soit leur nombre et leur gravité, et même dit-il plus aisément pardonne-t-il les gros péchés que les petits, s'oppose à toute cette théorie du Purgatoire, dont Jacques Le Goff a retracé l'histoire, avec son feu purificateur et douloureux, même pour les péchés véniels, avec ces prières d'intercession pour les défunts, et même les indulgences. Là, pas de souci, il ne parle même p…

Les mercredi de La Raspelière

Image
Mme Verdurin :

Disons en un mot que Mme Verdurin, en dehors même des changements inévitables de l'âge, ne ressemblait plus à ce qu'elle était au temps où Swann et Odette écoutaient chez elle la petite phrase. Même quand on la jouait, elle n'était plus obligée à l'air exténué d'admiration qu'elle prenait autrefois, car celui-ci était devenu sa figure. Sous l'action des innombrables névralgies que la musique de Bach, de Wagner, de Vinteuil, de Debussy lui avait occasionnées, le front de Mme Verdurin avait pris des proportions énormes, comme les membres qu'un rhumatisme finit par déformer. Ses tempes, pareilles à deux belles sphères brûlantes, endolories et laiteuses, où roule immortellement l'Harmonie, rejetaient de chaque côté des mèches argentées, et proclamaient, pour le compte de la Patronne, sans que celle-ci eût besoin de parler : "Je sais ce qui m'attend ce soir." Ses traits ne prenaient plus la peine de formuler successivement des…

"J'ai perdu Dieu." "T'as bien regardé partout ?"

Image
source Thegreenj, wikicommons

Le ton de Maître Eckhart, dans ses Conseils spirituels, peut être très drôle, dans son pragmatisme paisible. Ainsi, sur l'absence ou le retrait de Dieu, cette angoisse bien connue des mystiques, le bon sens, peut-être subtilement ironique, du Maître : si tu ne trouves plus Dieu, "ben, va le chercher là où tu l'a mis la dernière fois", tout à fait comme on cherche ses clefs ou ses lunettes : c'est juste que tu l'as pas laissé au bon endroit, dugland. Or, "Il n'y a pas de meilleur conseil pour retrouver Dieu que de le chercher là où on l'a laissé." Sauf qu'il fait plus fort encore : si tu as paumé tes clefs, fais comme si tu les avais encore, et tu verras que subitement tu les auras de nouveau en main.

11. Ce que l'homme doit faire lorsque Dieu s'est caché et lui manque

Sache aussi que la bonne volonté n'est jamais privée de Dieu. L'absence n'est qu'un sentiment de l'âme qui s'imag…

La sagesse de Marc-Aurèle

Image
Glyptothek, Münich
(source wikimedia commons)

Marc-Aurèle détestait les chrétiens, ce qui n'est pas du tout surprenant à considérer combien le stoïcisme et le christianisme convergeaient parfois, surtout dans l'idée de l'amour et du prochain ; et comme on ne s'étripe férocement qu'entre parents presque-semblables qui s'accusent mutuellement de vicier et pervertir leurs beaux principes d'amour...

I.- Dès l'aurore, dis-toi par avance : "Je rencontrerai un indiscret, un avare, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance des biens et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d'être mon parent, non par la communauté du sang ou d'une même semence, mais par celle de l'intelligence et d'une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d'aucun d'eux, car aucun d'eux n…

Une histoire d'amour complexe, multiple, pure et composée

Image
Quelque part dans Gatsby le magnifique (qui fut mon Tom Sawyer à moi quand j'avais douze ans), le jeune narrateur fait remarquer que tout le monde pense avoir au moins l'une des vertus cardinales, et il poursuit en disant que la sienne, Dieu merci, est l'honnêteté. Je pense que la mienne est de savoir la différence entre une histoire mystique et une histoire d'amour. Je dis que généralement je fais non pas des histoires mystiques ou des mystifications religieuses, mais une histoire d'amour complexe, multiple, pure et composée.
J. D. Salinger.