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Ontologie sadrienne et art safavide


Sultan Muhammad. La cour de Kayoumars. Tabriz, 1522-1525, folio 20v,
col. Agha Khan, photo Musée du Louvre.

"La distinction de l'intelligence en soi et de l'intelligence en nous est affaire de point de vue, selon que nous prenons le point de vue du foyer générateur ou de l'image qui en procède. Le monde intelligible, cette écriture du calame divin, est bien une esthétique généralisée, et fonde l'esthétique de l'art islamique, qui figurera, sous des formes abstraites ou des figures sensibles, cette expansion des ombres spirituelles. L'art des miniatures ou des scènes sensibles sera l'art de l'intelligible, non pas un art réaliste et représentatif, mais l'imagination seconde de ces images premières, idéales, qui procèdent de la surabondance de l'être. Les schèmes de l'imagination sont aussi bien des structures de l'espace intérieur que des modulations du temps, et non l'iconoclasme, ils offrent aux intelligences une configuration sensible. L'icône est ainsi essentielle à l'ontologie de l'islam. Les arts sont témoins des grandes fractures théologiques de l'islam, parce que leur pratique ou leur condamnation impliquent une prise de position engageant le sens de la révélation. L'ontologie sadrienne, contemporaine du grand essor artistique de l'époque safavide, ne déroge pas à l'interdit de la représentation imagée, mais le contourne en une esthétique de la manifestation sensible de l'Idée."


L'Acte d'être : La Philosophie de la révélation chez Mollâ Sadrâ, Christian Jambet.

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