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Affichage des articles du mai, 2009

"How do I love thee? Let me count the ways"

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How do I love thee? Let me count the ways.
I love thee to the depth and breadth and height
My soul can reach, when feeling out of sight
For the ends of Being and ideal Grace.
I love thee to the level of everyday's
Most quiet need, by sun and candle-light.
I love thee freely, as men strive for Right;
I love thee purely, as they turn from Praise.
I love thee with a passion put to use
In my old griefs, and with my childhood's faith.
I love thee with a love I seemed to lose
With my lost saints, - I love thee with the breath,
Smiles, tears, of all my life! - and, if God choose,
I shall but love thee better after death.

Sonnets from the Portuguese, XLIII, Elizabeth Barrett Browning

Le vrai Silence : Prières cachées des Chartreux

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A l'origine de l'ordre des Chartreux, il y eut le futur saint Bruno partant fonder, en 1084, avec six compagnons, une communauté décidée à "quitter prochainement les ombres fugitives du siècle pour [se] mettre en quête des biens éternels." Comme saint François d'Assise, ils commencent par s'installer dans de simples cabanes, mais dans un lieu incontestablement propre à assurer une vie érémitique sévère : la montagne de la Chartreuse, dans les Alpes. Au Moyen-Âge, comme durant toute l'Antiquité, la nature "sauvage" n'était pas un lieu d'agrément, et la montagne encore moins. Il faudra attendre des siècles encore pour que les massifs alpins suscitent l'engouement des voyageurs. Il faut un lieu qui équivaut au désert des premiers ermites chrétiens. Ils choisiront le massif de la Chartreuse, isolé et d'accès difficile, décrit au XVIème siècle, par un des moines comme "lieu austère", "site effrayant". Les cimes enn…

On s'en fout

La mère d'Elise vient d'arriver en France.

Peyda shodam, sheyda shodam

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Samedi 16 mai. salle Pleyel. Alem Qasimov en première partie ; Shahram Nazerî en seconde séance.

Deux monuments en une même soirée : le plus grand chanteur d'Azerbaïdjan et le plus grand chanteur d'Iran (oui, je préférerai toujours Nazeri à Shajarian).
Alem Qasimov, je l'ai vu comme sous un hâl, une vision rouge, avec dans ses chants, quelque chose d'un peu sauvage, qui tournoyait, comme la danse des cosaques dans Ivan le Terrible. Il a quelque chose de tourmenté et d'introverti, malgré sa façon de se tordre, assis, pour lancer une note plus haute que d'autres, ou un passage plus pathétique, suivant un silence, où il reprend souffle, s'éponge le front, s'essuie les yeux, se mouche. Entrecoupé de pauses, de contorsions et tendu sous l'effort, son chant, son abord au public, évoquent une forteresse fière, qui n'ouvre pas ses portes aisément à la compréhension des oreilles béotiennes. La beauté du mughal se mérite... Elle culmine comme la majesté de…

Le Pôle du Monde est souvent un adolescent moqueur et mal élevé

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Le Pôle du Monde, à l'image de Khidr, est souvent un adolescent mal élevé, violent, provocant, ou au comportement psychotique. Nombre de grands ascètes se sont fait bousculer par le Pôle et Khidr (et il se peut qu'ils soient le même). Nombre de policiers, de nos jours, ont dû passer les menottes au Pôle du Monde et l'amener au poste.
89.- On a rapporté qu'un soufi a dit : "J'entrai dans une mosquée de Tarsûs et j'y vis une assemblée qui discutait de la science des principes. Il y avait un adolescent assis à côté d'eux qui écoutait, vêtu d'un manteau doublé de fourrure." Il reprit : "Je regardai l'adolescent, et voilà qu'il avait disparu de dessous le manteau, si bien qu'il n'y avait plus personne dessous. Soudain, il réapparut. Il était là, vivant, sous le manteau. Il venait doucement jusqu'à ce qu'il soit bien assis, sous le manteau. Lorsqu'il fut bien installé, il demanda : "Etiez-vous là ?" Et il s&…

Printemps

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Alfred Sisley, 1879, Musée Marmottan
"Mais dès que je fus arrivé à la route ce fut un éblouissement. Là où je n'avais vu avec ma grand-mère, au mois d'août, que les feuilles et comme l'emplacement des pommiers, à perte de vue ils étaient en pleine floraison, d'un luxe inouï, les pieds dans la boue et en toilette de bal, ne prenant pas de précautions pour ne pas gâter le plus merveilleux satin rose qu'on eût jamais vu et que faisait briller le soleil ; l'horizon lointain de la mer fournissait aux pommiers comme un arrière-plan d'estampe japonaise ; si je levais la tête pour regarder le ciel entre les fleurs, qui faisait paraître son bleu rasséréné, presque violent, elles semblaient s'écarter pour montrer la profondeur de ce paradis. Sous cet azur une brise légère mais froide faisait trembler légèrement les bouquets rougissants. Des mésanges bleues venaient se poser sur les branches et sautaient entre les fleurs, indulgentes, comme si ç'eût été un…

Géographie spirituelle du monde musulman

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Rûzbehân avait en vision l'assurance qu'il était membre haut placé de cette hiérarchie spirituelle, un des Sept. Le problème est que, comme les Quarante, ces grands saints

"sont visibles mais ne se montrent pas, car ils ne font pas étalage de leur rang et de leurs pratiques, et masquent même leur sainteté, à l'instar des malâmî."
Or Rûzbehân n'a jamais caché ni sa sainteté ni le rang qui lui avaient été révélées. Même Tirmidhî en parla, quelque fois. Or, en tout logique, c'est celui qui le dit qui n'y est pas...
Via Abû Bakr al-Kattânî, on a, en tout cas, toute une carthographie des saints, "complétée" par Rûzbehân :
"Une autre tradition citée d'après Abû Bakr al-Kattânî nomme les différents types de saints et les rapporte à des lieux précis formant une véritable géographie spirituelle, complétant l'aspect historial décrit dans le premier hadîth. Les trois cents chefs, nuqabâ', demeurent au Maghreb, les soixante-dix nobles, nuja…

On s'en fout

On a déjà tiré sur Johnny.

Murshid, murîd, murâd

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Sentimental comme il était, Rûzbehân ne pouvait être que sensible au lien murshid/murîd et là-dessus, la prédominance du Maître, dans ce qu'il a de personnel, par rapport à l'institution va influencer nombre de confréries soufies postérieures et peut-être de maîtres ultérieurs, même si lui-même est un uwaysî, un élève de Khidr et non d'un murshîd terrestre. C'est qu'il est, sans doute, plus murshid que murîd (dans le cas où ce serait une prédisposition de l'âme d'être plus l'un que l'autre), comme Nadjm ad-Dîn Kubrâ, et un murshid parfois épris de ses murîds, puisqu'il eut des disciples féminins et qu'il est possible que la belle cantatrice turque dont, selon Ibn Arabî, il fut éperdument amoureux soit devenue ensuite une de ses élèves.

"Pour Rûzbehân, la personne du maître, et pas tant l'institution, est le pilier de l'éducation spirituelle. Le parcours du mystique est enraciné dans l'aspiration du mystique parce que, le soum…

Rûzbehân ou l'ordre de Shîrâz

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photo Emju

Shîrâz bénéficia de la protection spirituelle de Rûzbehân, ce qui lui valut peut-être d'être épargné par les Mongols alors que tant de villes d'Iran et du Moyen-Orient furent ravagées. Peut-être aussi parce que la ville se rendit tout de suite aux Mongols. Plus tard, il se peut que Hâfez et sa karamat aient protégé la ville. Ou bien la décision de Shah Shudjâ de se soumettre à Tamerlan. Il y eut toujours un grand Sheikh pour veiller sur Shîrâz, Kwadjou Kermanî, Ibn Khafîf, Saadî, Qutb ad-Dîn, tant d'autres, jusqu'à Mollâ Sadrâ. Après les Safavides il semble que la protection divine tombe un peu et la ville est ravagée sous Nadîr Shah.

Quoi qu'il en soit, Rûzbehân est le premier à qui Dieu confie la protection de Shîrâz, un peu comme le Pôle veille sur la cohésion du monde, mais en petit, en pôle provincial, celui du Fars, et comme Bistamî, il demande même à un disciple d'accomplir les rites du Hadj autour de lui, Ka'aba mystique.

"Shîraz est pa…

Ontologie sadrienne et art safavide

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Sultan Muhammad. La cour de Kayoumars. Tabriz, 1522-1525, folio 20v,
col. Agha Khan, photo Musée du Louvre.

"La distinction de l'intelligence en soi et de l'intelligence en nous est affaire de point de vue, selon que nous prenons le point de vue du foyer générateur ou de l'image qui en procède. Le monde intelligible, cette écriture du calame divin, est bien une esthétique généralisée, et fonde l'esthétique de l'art islamique, qui figurera, sous des formes abstraites ou des figures sensibles, cette expansion des ombres spirituelles. L'art des miniatures ou des scènes sensibles sera l'art de l'intelligible, non pas un art réaliste et représentatif, mais l'imagination seconde de ces images premières, idéales, qui procèdent de la surabondance de l'être. Les schèmes de l'imagination sont aussi bien des structures de l'espace intérieur que des modulations du temps, et non l'iconoclasme, ils offrent aux intelligences une configuration se…

Temps chrétien, temps musulman

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"Adam reçoit l'insufflation de l'esprit, qui demeure vivant en son intériorité cachée. La tâche des hommes est de réaliser la révélation de l'esprit prophétique, jusqu'à rejoindre l'archétype foncier, le père spirituel, Muhammad. L'événement historique de la révélation muhammadienne, et de l'exégèse développée par les Imâms, est l'accomplissement de ce retour, en une réconciliation de l'ordre temporel, gouverné par la paternité adamique, et de l'ordre spirituel, commandée par l'anthropomorphose de l'esprit dans le plérôme originel. Mais cet accomplissement n'est pas temporel. Il est retour à l'origine spirituelle, et il dépend de l'aptitude des fidèles à la connaissance de l'esprit. Le temporel s'évanouit, conformément à sa nature évanouissante foncière, tandis que demeurent les divers degrés de la remontée dans le monde de l'impératif, l'homme psychique, l'homme intelligible, l'homme spirituel di…

Sur toutes choses, un unique flot

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"Le Premier être au contraire laisse ruisseler ses bontés sur toutes choses en un seul et unique flot. Si elles se distinguent ensuite, cela tient à la qualité des récepteurs."
Cette phrase du Commentaire du Grain de sénevé me refait penser à ce que disait Corbin de la dyade Ange-Homme et du rapport personnel, élu, qu'il induisait entre l'Ange et l'homme, au contraire d'un ciel dépeuplé, d'où pleut uniquement l'amour divin, profondément égalitaire, certes, sans injustice ni "préférence", sans choix, presque d'une aveugle constance : "No, no es cierto que solo Dios basta". A l'époque, l'amour divin m'avait paru quelque peu emmerdant. Rien d'inattendu. Dieu est bon et aime tout le monde de la même façon. Bravo, mais pas de quoi avoir envie de se singulariser, comme je le constatais avec un certain dédain (ou dépit) :

"Voilà, un Ciel uni, plus de froufrous et de lumières d'anges, et surtout plus de rapports …

Le duc et la duchesse de Guermantes

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Jacques-Joseph Tissot (1836-1902)
Le bal, vers 1878
Paris, musée d'Orsay

"Dans l'ordinaire de la vie, les yeux de la duchesse de Guermantes étaient distraits et un peu mélancoliques ; elle les faisait briller seulement d'une flamme spirituelle chaque fois qu'elle avait à dire bonjour à quelque ami, absolument comme si celui-ci avait été quelques mots d'esprit, quelque trait charmant, quelque régal pour délicats dont la dégustation a mis une expression de finesse et de joie sur le visage du connaisseur. Mais pour les grandes soirées, comme elle avait trop de bonjours à dire, elle trouvait qu'il eût été fatigant, après chacun d'eux, d'éteindre à chaque fois la lumière. Tel un gourmet de littérature, allant au théâtre voir une nouveauté d'un des maîtres de la scène, témoigne sa certitude de ne pas passer une mauvaise soirée, en ayant déjà, tandis qu'il remet ses affaires à l'ouvreuse, sa lèvre ajustée pour un sourire sagace, son regard avivé …

"comme un quartier d'orange pelé..."

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"Comme je n'étais pas pressée d'arriver à cette soirée des Guermantes où je n'étais pas certain d'être invité, je restais oisif dehors ; mais le jour d'été ne semblait pas avoir plus de hâte que moi à bouger. Bien qu'il fût plus de neuf heures, c'était encore lui qui sur la place de la Concorde donnait à l'obélisque de Louqsor un air de nougat rose. Puis il en modifia la teinte et le changea en une matière métallique de sorte que l'obélisque ne devint pas seulement plus précieux, mais sembla aminci et presque flexible. On s'imaginait qu'on aurait pu tordre, qu'on avait peut-être déjà légèrement faussé ce bijou. La lune était maintenant dans le ciel comme un quartier d'orange pelé délicatement quoiqu'un peu entamé. Mais elle devait plus tard être faite de l'or le plus résistant. Blottie toute seule derrière elle, une pauvre petite étoile allait servir d'unique compagne à la lune solitaire, tandis que celle-ci, tout en…

Schach unde mat, zît, formen, stat !

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"Der drîer strik
hat tîfen schrik den selben reif nî sin begreif : hîr ist ein tûfe sunder grunt. schach unde mat zît, formen, stat ! der wunder rink ist ein gesprink, gâr unbewegit stêt sin punt.
Des Trois la boucle est profonde et terrible, ce contour-là jamais sens ne saisira là règne un fond sans fond. Echec et mat temps, formes et lieu ! L'anneau merveilleux est jaillissement, son point reste immobile."

Le Grain de sénevé, suivi du "Commentaire sur le Grain de sénevé", trad. Alain de Libera.

Qui agit "dérange"

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Sentence très juste que je prends comme la notation ou l'appréciation d'une bonne leçon reçue ce mois-ci, sur ma propre répugnance à éventuellement déranger (il y a des fiertés dont on n'a pas à tirer gloire) :

"Je crois que ne-pas-vouloir-déranger est quelque chose de mauvais parce qu'il faut justement qu'on déranger. Il ne suffit pas d'exister ; il faut aussi attirer l'attention sur le fait qu'on existe. Il ne suffit pas simplement d'être, on doit également agir. Mais qui agit dérange - et cela au sens le plus noble du terme.

Extrait de la cantate de Bach, Montez, sons éclatants des joyeuses trompettes (nomen est nomen) :

Là fleurit mainte belle fleur,
Ici, à la gloire de Flore
Une plante se dresse, grandit
et veut montrer sa croissance.
Il ne suffit pas que la plante se dresse, elle doit aussi "montrer sa croissance".Mars, Fritz Zorn.

"Dieu est mal parce qu'on est obligé de s'en occuper"

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Moïse et le buisson ardent,, Domenico Feti, 1613-1614, Kunsthistorichesmuseum, Vienne.

La première lecture de Mars m'avait ennuyée je me souviens. Aujourd'hui, j'y trouve un certain intérêt, enfin ça se bien laisse lire, et le passage sur Dieu, les parents et l'Eglise (en gros, Dieu est un emmerdeur, heureusement qu'on a fondé l'Eglise pour compenser) m'amuse beaucoup. C'est d'ailleurs le contraire de la spiritualité contemporaine qui veut Dieu sans l'Eglise (en gros : Dieu est bon, les curés, c'est mal).

"Il m'est plus facile de comprendre aujourd'hui la croyance de mes parents et je la définirais ainsi : Dieu est mal parce qu'on est obligé de s'en occuper ; mais l'Eglise est bien parce qu'elle est une chose respectable." "Naturellement, ils allaient cependant tout de même à l'église. Il y avait déjà tous leurs morts à l'enterrement desquels ils avaient l'habitude de se rendre. Mais une fois q…