Pénétration graduelle de la mort dans l'homme

Sandro Botticelli, Inferno, Canto XVIII, c. 1480, dessin coloré sur parchemin,
Staatliche Museen, Berlin

De façon générale, la littérature chiite est rarement gaie. A la fin de sa Huitième Pénétration, Mollâ Sadrâ cite une description assez lugubre ¨par l'imâm 'Alî de la mort, de la fin du monde et des enfers, qu'on ne peut même qualifier équitablement de dantesque car Dante a décrit un Purgatoire doux-amer et un Paradis éclatant. Là non, un interminable intermède, un jugement, les Bons dans un endroit plus dépourvu de malheurs que pourvu de bienfaits (un paradis en négatif, en quelque sorte), et on finit par une description bien réjouissante du devenir des damnés. Il faut cependant avoir en tête que la conception qu'avait Mollâ Sadrâ de l'Enfer était plus "imaginale", même si aussi sinistre que celle de Nasîr od-Dîn Tûsî. Mais enfin, rien à voir avec ces images de croque-mitaine.

"Puis l'Imâm, poursuivant son prône, en arrive à décrire la condition humaine et la pénétration graduelle de la mort dans l'homme. Pour finir, viennent ces paroles :

"Ainsi, dit-il, la mort ne cesse pas un instant de faire des progrès dans le corps de l'homme. Elle finit par atteindre son ouïe. Son regard est suspendu désespérément à leurs visages ; il voit les mouvements de leurs lèvres, mais il n'entend plus le son de leurs paroles. Puis, la mort s'insinue plus profondément en lui ; elle lui enlève la vue, comme elle lui avait enlevé l'audition. Puis son esprit finit par sortir de son corps. Ce corps n'est plus qu'un cadavre devant les siens ; il arrive même que les siens soient pris de frayeur à côté de lui, et cherchent à s'enfuir. Il ne peut aider celui qui pleure, il ne répond plus à celui qui l'appelle. On le porte dans une fosse creusée dans la terre ; on l'y abandonne à ses oeuvres ; les visites cessent... jusqu'à ce que le Livre ait atteint le terme fixé, que les temps soient accomplis, que le point final de la Création ait rejoint le point initial, et que, de par l'ordre de Dieu, advienne la palingénésie de la Création voulue par Lui. Alors il ébranle les cieux et les précipite ; Il émeut la terre et la fait trembler ; il déracine les montagnes et les disperse ; elles se broyent les unes contre les autres par terreur de Sa Gloire et par crainte de Son assaut. Il fait sortir tous ceux qui y sont ; Il les fait renaître après les avoir effacés ; Il les rassemble après les avoir dispersés. Ensuite Il les sépare en vue des questions qu'Il veut leur poser. Il en fait deux groupes. Il comble de bonheur ceux-ci ; Il se montre à ceux-là comme le Dieu vengeur. Les fidèles à leur allégeance, Il les récompense par Sa proximité ; Il les rend éternels dans Sa propre Demeure, là d'où aucun ordre ne les forcera de partir ; là où aucune vicissitude ne les atteindra jamais plus ; là où il n'y a plus de peur pour les épouvanter, ni d'infirmité à leur advenir, ni de péril à les menacer, ni de départ pour les troubler. Quant aux rebelles et traîtres, Il les fait descendre dans le pire des séjours. Leurs mains sont enchaînées à leurs cous, leurs toupets sont liés à leurs pieds, Il leur fait revêtir des chemises de poix et des vêtements taillés dans du feu."

Le Livre des pénétrations métaphysiques de Mollâ Sadrâ Shirazî, Huitième pénétration, Troisième Voie : Indication contenant l' action démurgique et l'instauration créatrice, 3° pénétration : De la genèse temporelle de l'univers.

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