A la verticale de l'été


Captivée par ce film, et aussi enchantée. Il y a une grâce dans les films de Tran Anh Hung, cette attention simple aux gestes, à la vie sans question, déjà seulement vécue ce qui n'est pas rien, qui sont aussi des rites dansés (la gymnastique matinale des deux cadets, les aller-retour dans les lits, dans un ballet-jeu, "on jouerait à frôler l'inceste pour en rire"), la pluie, et aussi ces témoins de relais que se passent d'une histoire à l'autre les parents morts, les soeurs et les maris : un prénom, trois patates douces, des ongles coupés... A comparer avec la beauté sensuelle et colorée de Trois Saisons, tout aussi peu de la moralité sentimentale et du souci de narration que l'on retrouve dans le cinéma chinois par exemple, je me demande si ce n'est pas un trait du cinéma vietnamien.

Sinon revu Peter's friends, que j'avais déjà vu sans enthousiasme, et qu'à la seconde vision, je me mets à aimer. Le French Cancan de la fin, après que tout ait été dit, toute larmes et honte et alcool bus, est un beau morceau de joie, pied de nez au destin, qui rappelle Soleil trompeur (après le fucking clin d'oeil à Blue Velvet).

Revu aussi Love's Labour's Lost, mais décidément je n'arrive pas à accrocher aux comédies musicales (à part My Fair Lady). Allergie inguérissable, tout comme envers une certaine littérature "tropicale", peut-être trop touffue, qui me fait bailler. Ainsi, Une certaine mulâtresse m'ennuie encore plus que Jonathan Strange et Mr Norrell, et encore, à partir de la page 600 ce dernier devient passionnant.

Dévoré en un après-midi L'homme et son ange de Corbin, mais à vrai dire, tout cela m'est tellement familier, qu'il a a des passages que je peux achever mentalement à sa place. Très remuée par la présentation de Kabir, fils de Ram et d'Allah, surtout la comparaison avec l'évangile de Thomas, qu'il va falloir que je lise, décidément. C'est à ces détails que l'on vérifie une constitution gnostique congénitale.

Commentaires

  1. Anonyme8:43 PM

    Quelle vie culturelle intense !

    A force d'avoir lu tes posts sur Saladin de Anne-Marie Eddé, j'ai acheté le bouquin et du même coup allégé un peu plus ma bourse.

    J'ai également regardé "Bab Aziz", ton film coup de coeur. Beaucoup de poésies de Rûmî dans ce film et de très belles images.

    Quant au livre "L'homme et son Ange", je pense que c'est le seul livre dans toute la littérature ismaélienne qui parle de la pratique du rituel le plus secret dans cette foi. A savoir cette pratique qui consiste par l'Imam à confier à son fidèle un mot ou nom secret. Celui-ci doit ensuite le pratiquer sous la forme du zikr ce qui est bien sûr plus commun. Quand on pense également que ce livre à été écrit au Xe siècle, bien avant "l'explosion" du soufisme dans la société islamique au XIIe siècle, c'est vraiment surprenant, je trouve.

    Si Kabir t'as marqué, permets-moi de te faire part de mon coup de coeur. "le Mahabharata" selon Tulsidas (chez Maisonneuve). Rassure-toi, ce n'est pas la fameuse épopée dans son intégralité mais uniquement les événements clés que Tulsidas évoque pour évoquer l'extrême élévation de Ram et l'adoration et l'amour dont le fidèle les différents personnages et être lui faire preuve et qui assure leur salut. C'est un véritable livre d'amour envers Ram. Sinon il y a également les "Chants mystiques de Mirabai" (Maisonneuve). Ce sont des poèmes d'amour-passion (ishq) envers Krishna cette fois.

    Peux-tu me dire d'où tu as tiré l'illustration d'en-tête (le chateau) qui ouvre ton blog ? Merci

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  2. Hé oui, j'ai bien aimé moi aussi le Saladin (pourtant bourreau de mon cher Sohrawardi, mais la biographie est très bien faite).

    "Bab Aziz" c'est parce que je suis très sensible aux derviches et au "murshidisme", ça me tire toujours la larme à l'oeil. Dès que je vois le grand-père je renifle.

    Pour la même raison le roman ismaélien de l'homme et son ange m'a plu et aussi cette histoire du nom secret qui est la marque du "service" de l'aspirant et donc celui de SA propre djavanmardî, est aussi très remuant (J'ai aussi un faible pour la djavanmardî et ce côté salvateur actif du monde qu'elle requiert de nous)...

    Pour le Mahabharata, à vrai dire l'épopée intégrale ne me ferait pas peur, j'ai beaucoup aimé la traduction condensée de Madeleine Biardeau, je n'ai rien contre les pavés... Mais je note les titres que tu mentionnes, que je ne connais pas.

    Le château est de Simone Martini, un détail de sa fresque du palais de Sienne :

    http://www.wga.hu/html/s/simone/5foglian/index.html

    Quant à la "vie culturelle" je récuse !!! :) Je ne me soucie pas de "culture", il n'y a que le SAVOIR qui compte... Même si je reconnais être terriblement boulimique en ce domaine... Là dessus, il n'y a que les voyages qui me calment...

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  3. Anonyme10:55 PM

    Je vois que par faute de relecture, j'ai télescopé deux phrases en une dans le paragraphe sur le Mahabharata de Tulsidas, un peu comme les expérimentations littéraires des beatniks, mais néanmoins je pense que tu as dû en saisir le sens. Enfin bref, ce bouquin m'a beaucoup marqué et ému par l'extrême dévotion dont fait preuve Tulsidas envers Ram.

    Concernant Saladin, Anne-Marie Eddé aurait pu se dispenser de désignr systématiquement les ismaéliens par le terme "Assassins".

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  4. Oui Corbin râlait déjà contre ces "mauvais publicistes qui se font le relais de la propagande abbasside". N'empêche que les universitaires étant gens d'habitude, ce qu'ils ont entendu étudiants, ils le répètent souvent en professeurs...

    On la sent aussi un peu désapprobatrice sur l'extravagante piété de ce pauvre Ruzbehan, pourtant bien inoffensif. Au moins elle ne traite pas Sohrawardi d'hérétique :)

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