Si la mauvaise conscience est vertueuse


Joseph Vivien, Alte Pinacothek, Munich

"Comme confesseur Fénelon a eu, peut-on dire, une expérience professionnelle et journalière de la sincérité ; il savait tout ce qu'il entre de complaisance et d'exhibitionnisme chez ces pénitents intarissables qui entretiennent l'univers entier du récit de leurs conversions, de leurs scrupules, de leurs digestions et des intermittences de leur coeur. Ils sont pleins d'eux-mêmes, rouges autant qu'indiscrets ; ils passent leur temps à se travailler, à se compasser, à éplucher leurs souvenirs dans la crainte d'avoir fait trop ou trop peu, ils se perdent dans la contemplation ridicule de leur propre image ; ils veulent être assurés de craindre Dieu, craignent de ne pas le craindre, et ils restent, en somme, plus éloignés de la véritable componction que les pécheurs eux-mêmes ; ils n'ont rien d'aisé, rien d'ingénu ni de naturel ; insupportables jusque dans leurs repentirs, ils ignorent l'humilité, la sobriété et la pudeur des conversion de bon aloi. Car la véritable sincérité ne va pas sans un certain mystère, le mystère et les réticences dont les personnages de Racine enveloppent leur passion."


Vladimir Jankélévitch, Philosophie morale, La Mauvaise Conscience, 2, "Irréversibilité".

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