Cain et Abel, Novelli, Galleria nazionale d'Arte antica, Rome


"Être conscient ou mécontent - c'est tout comme. Mais il arrive ceci que la conscience spéculative se guérit de son malheur en prévenant toute réflexion de l'objet sur elle-même. Cela s'appelle connaître."

"Mais la conscience artiste qui éloigne à l'infini le point d'application de nos sentiments pourles empêcher de revenir ne dilue la souffrance qu'en risquant de diluer aussi la joie. Quand on a commencé à se dédoubler il faut, pour trouver le repos, aller jusqu'aux étoiles : n'eût-on pas conjuré plus sûrement cette hantise en ne sortant jamais de soi ?"

"L'âme souffrante a juste ce qu'il faut de conscience pour que son affection lui soit objet, pas assez cependant pour que cette affection ne l'intéresse plus : elle va et vient, affolée, entre le "savoir" et le "subir". De là cette espèce de lucidité cruelle, stérile et monstrueuse qui est propre à la douleur - physique ou morale. Il y a dans la douleur une certaine concentration de conscience, une sorte de vaine rumination qui sont étrangères à la joie ; la conscience heureuse jouit de soi parce qu'elle triomphe de soi, parce qu'elle s'évade - sans s'oublier - en actions enthousiastes. Autant la joie est faite pour l'aventure, autant la douleur se complaît dans les délibérations interminables ; et plus elle s'y enlise, plus elle les savoure : on dirait qu'elle y trouve une sorte de délectation spéciale."


Vladimir Jankélévitch, Philosophie morale, La Mauvaise Conscience, 1, "La demi-conscience".

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