Monnè, outrages et défis : FIN.

"La méthode !... La méthode !... Qu'en dire ? Rien. Ceux de soba comme tous les Africains plus tard vivront l'ère des présidents fondateurs des partis uniques, dont certains décrèteront que tous les habitants de ce pays sont membres du parti et prélèveront comme la capitation des cotisations qu'ils feront encaisser sans attribuer ni carte ni acquit. Avec les fonds jamais comptabilisés ou contrôlés, au nom du combat sacré pour l'unité nationale, de la lutte contre l'impérialisme, le sous-développement et la famine, ils se construiront des villas de rapport, entretiendront de nombreuses maîtresses, planqueront de l'argent en Suisse et achèteront en Europe des châteaux où ils se réfugieront après les immanquables putschs qui les chasseront du pouvoir. "




"Quelques mois après, nous apprîmes - suprême monnè ! -que le train n'arriverait pas à Soba. Nous attendaient le long de notre dur chemin : les indépendances politiques, le parti unique, l'homme charismatique, le père de la nation, les pronunciamentos dérisoires, la révolution ; puis les autres mythes : la lutte pour l'unité nationale, pour le développement, le socialisme, la paix, l'autosuffisance alimentaire et les indépendances économiques ; et aussi le combat contre la sécheresse et la famine, la guerre à la corruption, au tribalisme, au népotisme, à la délinquance, à l'exploitation de l'homme par l'homme, salmigondis de slogans qui à force d'être galvaudés nous ont rendus sceptiques, pelés, demi-sourds, demi-aveugles, aphones, bref plus nègres que nous ne l'étions avant et avec eux."


Monné, outrages et défis , Ahmadou Kourouma.

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