U : L'Ouroboros

Loki, le loup et le serpent, ill. Willy Pogany, 1920

"Maintenant l'Océan est une mer ou un système de mers ; pour les grecs, c'était un fleuve circulaire qui entourait la terre. Toutes les eaux coulaient de lui et il n'avait ni embouchure ni sources. C'était aussi un dieu ou un titan, peut-être le plus ancien, car le Songe, au livre XIV de l'Iliade, l'appelle origine des dieux ; dans la Théogonie d'Hésiode, il est le père de tous les fleuves du monde, qui sont trois mille, et que précèdent l'Alphée et le Nil. Sa personnification habituelle était un vieillard à la barbe abondante ; l'humanité, au bout de quelques siècles, trouva un meilleur symbole.

Héraclite avait dit que dans la circonférence le début et la fin sont un seul point. Une amulette grecque du III° siècle, conservée au British Museum, nous donne l'image qui peut le mieux illustrer cet infini : le serpent qui se mord la queue, ou, comme Martinez Estrada dira bellement, "qui commence à la fin de sa queue". Ouroboros (celui qui se dévore la queue) est le nom tecnique de ce monstre, dont par la suite se servirent abondamment les alchimistes.


Sa plus célèbre apparition se trouve dans la cosmogonie scandinace. Dans l'Edda de Snorre, on dit que Loki engendra un loup et un serpent. Un oracle avertit les dieux que ces créatures seraient la perdition de la terre. Le loup, Fenris, fut attaché avec une chaîne forgée de six choses imaginaires : le bruit des pas du chat, la barbe de la femme, la racine du rocher, les tendons de l'ours, l'haleine du poisson et la salive de l'oiseau. Le serpent, Jörmungandr, fut "jeté à la mer qui entoure la terre et dans la mer il a tellement grandi que maintenant lui aussi entoure la terre et il se mord la queue."

A Jötunsheim, qui est la terre des géants, Utgar-Loki défie le dieu Thor de soulever un chat ; le dieu, employant toute sa force, parvient à soulever du sol à peine une des pattes ; le chat est le serpent. Thor a été trompé par des arts magiques.

Quand le Crépuscule des Dieux arrivera, le serpent dévorera la Terre ; et le loup, le soleil. "
Le livre des êtres imaginaires , Jorge Luis Borges & Margarita Guerrero

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