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Affichage des articles du août, 2008

T : Les Tigres de l'Annam

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Pour les Annamites, des tigres ou des génies personnifiés par des tigres régissent les lois de l'espace.
Le Tigre Rouge préside au Sud (qui est en haut des cartes) ; l'été et le feu lui correspondent. Le Tigre Noir préside au Nord ; l'hiver et l'eau lui correspondent. Le Tigre Bleu préside à l'Orient ; le printemps et les plantes lui correspondent. Le Tigre Blanc présente à l'Occident ; l'automne et les métaux lui correspondent.
Sur ces Tigres Cardinaux il y a un autre Tigre, le Tigre Jaune, qui gouverne les autres et qui est au Milieu, comme l'Empereur est au milieu de la Chine et la Chine au milieu du Monde. (A cause de cela elle est appelée l'Empire du Milieu ; à caise de cela, elle occupe le milieu de la mappemonde que le P. Ricci, de la Compagnie de Jésus, établit vers la fin du XVI° siècle, pour instruire les Chinois). Lao-Tseu a donné aux Cinq Tigres la mission de combattre les démons. Une prière annamite, traduite en français par Louis Cho Chod, i…

L'histoire du gnostique

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"1) L'analyse de la simple proposition : "je me connais moi-même", telle qu'elle se présente dans les contextes gnostiques, conduit à une idstinction fondamentale entre le "je" qui est le sujet connaissant, et le "moi" qui est l'objet connu ou reconnu. Le premier, c'est "moi" tel que je suis au cours de l'expérience quotidienne dans l'immédiat, au sein du monde de la perception sensible, "moi" subissant les sommations de ce monde du "phénomène" qui en grande partie m'oriente et me détermine. Le second, c'est "moi" tel que je suis au-delà des phénomènes et des apparences, des contingences de la genesis. C'est le moi réel, authentique et essentiel, substantiel et permanent. Sans doute est-il perçu par la connaissance intérieure comme à l'intérieur de moi-même. Mais simultanément il est perçu non pas comme un phantasme, mais comme ayant une existence objective, comme "u…

Souvenirs

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Giulio Cesare Procaccini. Marie, Jésus et Jean-Baptiste. National Gallery of Scotland, Edinburgh.  Tout part d'une explosion de couleurs en haut à gauche, des ailes irrisées et irradiant de l'ange au dessus. Mêmes couleurs bleu/mauve dans la tenue de Marie. Puis vagues adoucies de la carnation des deux enfants.

Simon Vouet. Saint Jerôme et l'Ange. Ravissante scène d'intimité amoureuse ; regards extatique de saint Jérôme, tendre de l'Ange. Autour, jolie nature morte. National Gallery, Washington.
Paris Bordone. Beau portrait, doux et songeur. Liechtenstein Museum.



Dürer, jeune homme au chapeau marron. Yeux gris, durs et rêveurs. Fermeté du menton prognathe. Gemaldegalerie, Dresde.

La finalité du récit

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Shâhnameh : Le div Akvan jette Rostem dans la mer ; 16°-17°, époque safavide. Library of Congress, African and Middle Eastern Division, Washington, D.C. 20540
"Le principe régulateur de son herméneutique, Sohrawardî fut en mesure de le mettre en oeuvre non seulement dans la récitation du Qorân, mais aussi dans la lecture du livre qui est, pour la Perse islamique, comme une Bible où se conserve la geste héroïque de l'ancien Iran, à savoir le "Livre des rois", le Shâh-Nâmeh de Ferdawsî (X° siècle). On peut concevoir que Sohrawardî ait lu le Shâh-Nâmeh comme nous-mêmes lisons la Bible ou comme lui-même lisait le Qorân, c'est-à-dire comme s'il n'avait été composé que "pour son propre cas". Son cas, nous venons d'en rappeler la nature ; le Shâh-Nâmeh pouvait donc ainsi devenir l'histoire ou la métahistoire de l'âme, telle qu'elle est présente au coeur du gnostique. Spontanément donc, c'est toute l'histoire de l'âme et du mo…

S : Le Simourgh

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v. 1330. Esfandyar tue le Simorgh, Shiraz. Topkapi Sarayi Museum
"Le Simourg est un oiseau immortel qui niche sur les branches de l'Arbre de la Science ; Burton le compare à l'aigle scandinave qui, selon l'Edda de Snorre, a connaissance de beaucoup de choses et niche sur les branches de l'Arbre Cosmique, qui s'appelle Yggdrasill.

Le Thalaba (1801) de Southey et La Tentation de saint Antoine (1874) de Flaubert parlent du Simorg Anka ; Flaubert le ravale à un serviteur de la reine Balkis et le décrit comme un oiseau de plumage orangé et métallique, de petite tête humaine, pourvu de quatre ailes, des serres d'un vautour et d'une immense queue de paon. Dans les sources les plus anciennes le Simourgh a plus d'importance. Firdousi, dans Le Livre des Rois, qui recueille et versifie d'anciennes légendes de l'Iran, en fait le père adoptif de Zal, père du héros du poème ; Farid ed-Dîn Attâr, au XIII° siècle, en fait un symbole ou une image de la divinit…

R : Rémora

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"Rémora, en latin, signifie retard. Tel est le sens propre de ce mot, qui, au figuré, s'est appliqué à l'échénéïde, car on lui attribue la faculté d'arrêter les bateaux. Le processus s'est inversé en espagnol ; remora, au sens propre, est le poisson, et, au sens figuré, l'obstacle. Le Rémora est un poisson de couleur cendrée ; sur la tête et la nuque il a une plaque ovale, dont les lamelles cartilagineuses lui servent à adhérer, par le moyen du vide, aux autres corps sous-marins. Pline énumère ses pouvoirs :

Il y a un poisson appelé Rémora, très habitué à aller entre les pierres, et qui, se collant aux carènes, fait que les nefs bougent avec retard, et de cela il tire son nom, et à cause de cela il est aussi une infâme sorcellerie, et pour arrrêter et obscurcir les jugements et procès. Mais il modère ces maux avec un bien, car il retient dans le ventre les créatures jusqu'à l'accouchement. Il n'est pas bon et il ne sert pas pour des mets. Aristote e…

Psaumes à l'archange du Soleil et à la "Nature Parfaite"

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Etienne-Maurice Falconnet, Louvre.
"De même, dans les Récits visionnaires de Sohrawardî (par exemple le "Bruissement des Ailes de Gabriel", le "Récit de l'exil occidental") se montre au début, ou à un autre moment, un personnage mystérieux qui, en faisant allusion à ceux qui sont au-dessus de lui, déclare : "C'est moi qui suis leur langue ; les êtres comme toi ne peuvent communiquer avec eux".De même, chez le néoplatonicien Proclus, il y a les Anges-herméneutes qui révèlent et interprètent aux âmes humaines ce qui est pour elle le Silence, l'Inexprimé des anges et des dieux des hiérarchies supérieures. Quiconque se hâte, prétend se passer de ces médiateurs, oublie la vérité tout simplement phénoménologique : sous quelque forme que se présente à lui la divinité suprême, cette forme correspond à son mode d'être à lui, car elle ne peut se montrer à lui autrement que par sa capacité, son aptitude à la saisir. Elle lui révèle simultanément …

Les visions de Kay Khosraw et de Zoroastre

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Benozzo Gozzoli, fresque
1459-60
Chapelle du Palazzo Medici-Riccardi, Florence

"L'événement qui orienta de façon décisive la courbe de sa vie spirituelle, Sohrawardî y fait allusion en une brève confidence personnelle, disons en une sorte d'"autocritique", à un moment capital de son livre de la Théosophie orientale. Il s'y réfère à une vision directe qui fit éclater ses doutes et les limites dans lesquelles il s'enfermait en compagnie des philosophes péripatéticiens. Les opinions auxquelles il inclinait au début de sa carrière, en furent bouleversées. Comme le soulignent ses commentateurs, il s'agit de la période d'adolescence de l'auteur, lorsqu'il faisait ses débuts en philosophie. La doctrine péripatéticienne dont il prenait la défense, c'était la cosmologie limitant le nombre des Intelligences angéliques, comme motrices des Sphères, à dix ou cinquante-cinq sans plus. Le voici maintenant, ayant pris clairement conscience de son erreur…

La Lumière de Gloire comme "Source orientale"

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Saint Jérôme, Trophîme Bigot
Galleria Nazionale d'Arte Antica, Rome

"Orient de Lumière, Lumière orientale, Lumière-de-Gloire, sont autant de désignations d'une même source des sources. Et c'est bien de la source des sources qu'il s'agit. Sohrawardî le répète dans ses livres : l'expérience de ces Lumières n'est point connaissance théorique d'un objet, formation d'un concept ou représentation à partir d'un concept. Elle est ce qui rend possibles et fonde toutes les connaissances de théosophie orientale : La Lumière n'est pas elle-même l'objet de la vision ; elle est ce qui fait voir."

Henry Corbin, En Islam iranien, t. II, Sohrawardî et les Platoniciens de Perse, III, La Lumière-de-ie (Xvarnah) et l'angélologie, 1, "La Lumière-de-Gloire comme "Source orientale"".

Q : La Chimère

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"La première mention de la Chimère apparaît au livre VI de l'Iliade. Là il est écrit qu'elle était de filiation divine et qu'elle avait le devant d'un lion, le milieu d'une chèvre et l'arrière-train d'un serpent ; elle jetait du feu par la bouche et fut tuée par le beau Bellérophon, fils de Glaucos, comme l'avaient présagé les dieux. Tête de lion, ventre de chèvre et queue de serpent, est l'explication la plus naturelle que suggèrent les paroles d'Homère, mais la Théogonie d'Hésiode la décrit avec trois têtes, et elle est figurée ainsi dans le fameux bronze d'Arezzo, qui date du V° siècle. A la moitié du dos se trouve la tête de chèvre, à une extrémité celle de serpent, à l'autre celle de lion.

Dans le sixième livre de l'Enéïde réapparaît "la Chimère armée de flammes" ; le commentateur Servius Honoratus observa que, selon toutes les autorités, le monstre était originaire de Lycie et qu'en cette région il y avai…

La hiérarchie des Spirituels et le "Pôle" mystique

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"Lorsque Mollâ Sadrâ Shirazî caractérise à son tour la spiritualité ishraqî comme un entre-deux (barzakh) qui conjoint à la fois la méthode des purs soufis tendant essentiellement à la purification intérieure, et la méthode des philosophes tendant à la connaissance pure, il exprime ainsi, en toute fidélité à l'inspiration du shaykh al-Ishrâq, ce qui fait l'essence de la "théosophie orientale". Il y a en effet un certain soufisme qui a délibérément écarté, sinon méprisé, tout enseignement philosophique comme suspect de retarder le spirituel dans son effort vers le but ; et il y a une philosophie qui a ignoré ce but, en se satisfaisant de ses problèmes théoriques. Pour un ishrâqî, un "oriental" de l'école de Sohrawardî, le mystique dépourvu de formation philosophique est en grand péril de s'égarer ; en revanche, le philosophe qui ignore que sa philosophie doit éclore en une réalisation spirituelle personnelle, gaspille son temps en une recherche …

La connaissance "orientale"

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Du monde imaginal que Sohrawardî appelle 'alâm al-mithâl puisque chez lui, barzakh signifie autre chose :

"La connaissance du monde imaginal, c'est-à-dire de l'Orient moyen, est, elle aussi, une "connaissance orientale", tandis que la perception sensible et la fantaisie sécrétant de l'"imaginaire" sont des connaissances "occidentales".
Ce monde imaginal assume une fonction imprescriptible. C'est lui qui nous délivre du dilemme si courant de nos jours, lorsque, à propos de faits spirituels, certains se demandent : mythe ou histoire ? Les événements de l'Orient moyen ne sont ni l'un ni l'autre. Ce monde est le lieu d'événements propres. C'est en Orient moyen ou "huitième climat" que font éclosion les Révélations données aux prophètes, que s'accomplissent les événements de la hiéro-histoire, les faits racontés dans les récits visionnaires, les manifestations du Xvarnah ou Lumière-de-Gloire, et que s…

P : Les Pygmées

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"Les anciens pensaient que ce peuple de nains habitaient aux confins de l'Hindoustan ou de l'Ethiopie. Certains auteurs affirmaient qu'ils édifiaient leurs demeures avec des coquilles d'oeuf. D'autres, comme Aristote, ont écrit qu'ils vivaient dans des grottes souterraines. Pour faire la récolte du blé, ils s'armaient de haches comme pour abattre une forêt. Ils avaient comme montures des moutons et des chèvres, assortis à leur taille. Chaque années, ils étaient envahis par des bandes de grues venant des plaines de Russie.

Pygmée était aussi le nom d'une divinité dont les Carthaginois sculptaient le visage à la proue de leurs bateaux de guerre, pour terrifier leurs ennemis."
Le livre des êtres imaginaires , Jorge Luis Borges & Margarita Guerrero.

O : L'Oiseau qui fait venir la pluie

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"E plus du dragon, les agriculteurs chinois disposent, pour faire venir la pluie, de l'oiseau nommé Shang Yang. Il n'a qu'une patte ; aux temps anciens, les enfants sautaient à cloche-pied et fronçaient les sourcils en affirmant : "Il va pleuvoir car le Shang Yang est en train de sauter." On dit, en effet, qu'il boit l'eau des rivières et la fait retomber sur la terre.

Un ancien sage l'avait apprivoisé et le portait dans sa manche. Les historiens relatent que cet oiseau passa une fois devant le trône du prince Ch'i en sautillant et en agitant ses ailes. Le prince, alarmé, envoyé un de ses ministres à la cour de Lou, pour consulter Confucius. Ce dernier prédit que le Shang Yang allait provoquer des inondations dans la région et dans les contrées adjacentes. Il conseilla de construire des digues et des canaux. Le prince tint compte du maître et il évita ainsi de grands désastres."
Le livre des êtres imaginaires, Jorge Luis Borges & Marga…

N : Les Nornes

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"Dans la mythologie médiévale des Scandinaves, les Nornes sont les Parques. Les principales, au dire de Snorri Sturluson qui, au début du XIII° siècle, mit en ordre cette mythologie éparse, sont au nombre de trois et leurs noms sont Passé, Présent et Futur. On peut vraisemblablement supposer que cette dernière précision est un raffinement, ou une addition, d'ordre théologique ; les anciens Germains n'étaient pas enclins à de telles abstractions. Snorri nous montre trois jeunes filles près d'une source, au pied de l'arbre Yggdrasil qui est le monde. Elles tissent, inexorablement, notre destin.

Le temps (dont elles sont faites) les a oubliées, mais vers 1606 William Shakespeare écrivit sa tragédie de Macbeth où elles apparaissent dans la première scène. Ce sont trois sorcières qui prédisent aux guerriers le sort qui les attend. Shakespeare les appelle les weird sisters, les soeurs fatales, les Parques. Wyrd, chez les Anglo-Saxons, était la divinité silencieuse qui …

Jeanne la Pucelle et le Bourgeois de Paris

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Jeanne d'Arc, 1429, par Clément de Fauquembergue On eût bien étonné, et même hautement scandalisé le clerc auteur du Journal d'un Bourgeois de Paris, si on lui avait dit, en 1429, quand Jeanne vint mettre, avec les Armagnacs, le siège devant Paris, qu'elle serait canonisée presque cinq cents ans plus tard. Déjà parce que, depuis un quart de siècle, Paris, gouverné par Bourgogne et puis l'Anglais, souffre cruellement des exactions des Armagnacs, qui se comportent pis que "Sarrasins" envers les villes, villages, et le peuple qu'ils rançonnent, massacrent, violent, torturent, affament. Or cette Pucelle, "pleine de feu et de sang, de meurtres de chrétiens", est à leur tête et vient attaquer Paris, sacrilège de plus, le jour de la "Nativité de Notre-Dame", en menaçant de mettre tous les Parisiens à mort s'ils ne se rendaient. Mais cette impudence là est vite punie car les troupes armagnacques échouent : "En vérité, Paris n'ava…

M : Le Martichore

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"Pline (VIII, 30) rapporte que, selon Ctésias, médecin grec d'Artaxerxès Mnémon,
il y a, parmi les Ethiopiens un animal appelé Martichore ; il a trois rangées de dents qui s'enchevêtrent comme celles d'un peigne, visage et oreilles d'homme, yeux bleus, corps cramoisi de lion et queue qui finit en aiguillon, comme celle des scorpions. Il court avec une grande rapidité et il est très amateur de chair humaine ; sa voix ressemble aux sons mêlés de la flûte et de la trompette.

Flaubert a amélioré cette description ; dans les dernières pages de La Tentation de Saint Antoine on lit :
Le Martichoras, gigantesque lion rouge, à figure humaine avec trois rangées de dents :
Les moires de mon pelage écarlate se mêlent au miroitement des grands sables. Je souffle par mes narines l'épouvante des grandes solitudes. Je crache la peste. Je mange les armées, quand elles s'aventurent dans le désert.
Mes ongles sont tordus en vrilles, mes dents sont taillées en scie ; et ma queue, …

L : Les Lamed Wufnicks

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"Il y eut et il y a toujours sur la terre, trente-six hommes justes dont la mission est de justifier le monde devant Dieu. Ce sont les Lamed Wufnicks. Ils ne se connaissent pas entre eux et ils sont très pauvres. Si un homme parvient à savoir qu'il est un Lamed Wufnick, il meurt aussitôt et un autre homme, quelque part sur la planète, le remplace. Ils sont, à leur insu, les piliers secrets de l'univers. Sans eux, Dieu anéantirait le genre humain. Ils sont nos sauveurs mais ils l'ignorent.

Cette croyance mystique des Juifs a été exposée par Max Brod.
L'origine lointaine de cette croyance peut se trouver au chapitre dix-huit de la Genèse, où le Seigneur déclare qu'il ne détruira pas Sodome si dans cette ville il y a dix hommes justes.
Les Arabes ont un personnage analogue, le Kutb."

Le livre des êtres imaginaires , Borgès.

En islam iranien : Prologue

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"L'agnostique n'est pas, comme le veut l'usage banal du mot, celui qui refuse une foi confessionnelle, mais celui qui prononçant le divorce entre la pensée et l'être, se ferme à lui-même et veut fermer aux autres l'accès aux univers qu'ouvre la gnose et dont les données immédiates ont pour lieu le "monde intérieur", c'est-à-dire "ésotérique".

Ces passages-là me font irrésistibleement penser aux cours d'Onfray sur "l'histoire de la philosophie" :
Le point de vue que la valorisation de nos auteurs nous interdisait ici de plein droit, c'est le point de vue "historique" au sens courant de ce mot, c'est-à-dire le point de vue qui ne permet de comprendre et d'interpréter une pensée ou un penseur qu'en fonction de leur moment "historique", de leur situs dans la chronologie ; on s'efforce alors de les "expliquer" causalement par "leur temps", voire de les réduire, c…

La Conquête du courage

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The soldier boy, "On Duty". Lithograph by Currier & Ives, 1864. Library of Congress.

"M'man, je me suis engagé, avait-il dit sans trop d'assurance.
- Que la volonté de Dieu soit accomplie, Henry", répondit-elle à la fin ; et elle se remit à traire la vache pie. Quand il s'était arrêté, sur le seuil, son uniforme endossé, et dans les yeux l'animation des espoirs indéfinis qui imposait presque silence à l'ardent regret du foyer, il avait vu deux larmes couler sur les joues pâlies de sa mère. Pourtant, elle l'avait déçu en ne disant rien de son retour avec ou sur le bouclier ; à part lui il s'était préparé à une scène de beauté, il avait arrondi certaines phrases qu'il croyait pouvoir utiliser pour un effet attendrissant ; mais les paroles de sa mère détruisirent tous ses plans. Elle continua tout bonnement à éplucher des pommes de terre d'un air bourru et lui parla comme suit : "Fais attention, Henry, aie l'oeil autour de …

On s'en fout

Laure Manaudou s'installe à Paris.

K : Humbaba

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Spécialement dédié à Mademoiselle Frog :
"Comment était le géant Houmbaba, qui marde la montagne des cèdres de Gilgamesh, l'épopée fragmentaire de Babylone, peut-être la plus ancienne du monde ? Georges Burckhardt a essayé de le reconstituer (Gilgamesh, Wiesbaden, 1952) ; voici, traduites, ses paroles :

"Enkidou abattit avec la hache un des cèdres. Qui a pénétré dans le bois et a abattu un cèdre ? dit une néorme voix. Les héros virent s'approcher Houmbaba. Il avait des ongles de lion, le corps recouvert d'écailles de bronze rugueuses, aux pieds les serres du vautour, au front les cornes du taureau sauvagen la queue et l'organe de la génération finissaient en tête de serpent."
Au neuvième chant de Gilgamesh, des Hommes-Scorpions - au dessus de la ceinture ils montent au ciel, et en-dessous, ils s'enfoncent dans les enfers - gardent, entre les montagnes, la porte par où sort le Soleil.
Le poème est composé de douze parties, qui correspondent aux douze sign…

I : Ichthyocentaures

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"Lycophron, Claudien et le grammairien byzantin Jean Tzetzès ont mentionné quelquefois les ichthyocentaures ; on n'en trouve pas trace dans les autres textes classiques. Nous pouvons traduire Ichthyocentaures par Centaures-Poissons ; le mot s'est appliqué à des êtres que les mythologues ont appelé aussi Centaures-Tritons. Leur représentation est abondante dans la sculpture romaine et hellénistique. Au-dessus de la ceinture ils sont hommes, au-dessous de la ceinture, poissons, et ils ont des pattes antérieures de cheval ou de lion. Leur place est dans le cortège des divinités marines, à côté des Hippocampes."

Le livre des êtres imaginaires , Jorge Luis Borges & Margarita Guerrero.

Soleil trompeur

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Un film fabuleux de bout en bout, dont le début et la fin sont les même deux points sombres, lugubres, d'un appartement moscovite, où Mitia joue sur la mort. Entre ça, tout le monde, journée radieuse, un monde agréable, fantaisiste et léger, cette merveilleuse folie des artistes russes, derniers aristocrates de ce monde, une journée de blé, d'eau miroitante, de fanions rouges, où les komsomols côtoient les dernières vieilles dames de la "Belle époque".
Aux premières images, la victime désignée, le colonel, apparaît comme un brave gars, loyal et droit dans ses bottes, paternaliste et affectueux envers ses hommes, le nouveau barin des paysans venus l'appeler au secours. Tout cela jusqu'à ce que Dimitri fasse son entrée dans la villa. Car alors qu'il vient comme l'émissaire de la mort, tout de suite, en quelques notes de piano, comme le reste de la famille, on lui fait fête, séduisant et bouffon jusqu'au bout, frêle devant les épaules musclées de sa v…

H : Hochigan

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"Descrates rapporte que les singes pourraient parler s'ils le voulaient mais qu'ils ont décidé de garder le silence pour qu'on ne les oblige pas à travailler. Les Boshimans d'Afrique du Sud croient qu'il fut un temps où tous les animaux pouvaient parler. Hochigan détestait les animaux ; il disparut un jour en emportant avec lui ce don."

Le livre des êtres imaginaires , Jorge Luis Borges & Margarita Guerrero.

G : Le chat de Cheshire et les chats de Kilkenny

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"Il existe en anglais l'expression grin like a Cheshsite cat ("sourire sardoniquement comme un chat de Cheshire"). On a proposé diverses explications. La première serait que dans le Cheshire on vendait des fromages en forme de chat qui rit. Une autre, que le Cheshire est un comté palatin ou earldom et cette distinction nobiliaire aurait provoqué l'hilarité des chats. Une autre encore, qu'au temps de Richard III, il y eut un garde forestier, Caterling, qui souriait férocement quand il se battait avec les braconniers.
Dans le roman onirique Alice au Pays des Merveilles, publié en 1865, Lewis Carroll octroya au Chat de Cheshsire le don de disparaître progressivement jusqu'à ne laisser que son sourire, sans dents et sans bouche.
Des Chats de Kilkenny on dit qu'ils se battirent furieusement et s'entre-dévorèrent jusqu'à ne laisser d'eux que leurs queues. Ce conte date du XVIII° siècle."
Le livre des êtres imaginaires , Jorge Luis Borges &am…