Zemestan

©inano

"C'était un jour pour la maison, non le jardin ;
comme le ciel offrait un front serein,
Bougies et lampion au parterre étaient morts ;
le jardinier avait rentré ses outils.
La corneille avait au rossignol volé ses notes ;
en craillements "Au voleur !" elle s'égosillait.
Noire engeance que celle de la corneille !
à la sinistre rapine comment échapperait-elle ?
Le rossignol enfui, la corneille restait,
épine laissée en souvenir de la rose.
Le vent du matin, ce peintre, traçait
sur l'onde des anneaux à la chaîne.
L'ardeur du froid, qui le feu même glaçait,
changeait l'eau en dagues et les dagues en eau.
La bourrasque, javelot luisant à la main,
crevait les yeux et, de neige, aveuglait les sources.
Le lait prêt à bouillir cailalit en fromage ;
le sang dans le corps était froid de glace.
Le mont s'était couvert d'hermine, la terre
de plumes de héron, le ciel de petit-gris.
Les bêtes féroces, à l'affût d'autres bêtes,
les peaux de leurs proies portaient en pelisses.
Les plantes avaient rentré la tête sous terre ;
la végétation s'était faite recluse.
L'alchimie du monde aux deux couleurs,
tenait le feu, ce rubis, caché au coeur du roc."
Nezami, Les sept portraits, trad. Isabelle de Gastines.

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