Articles

Affichage des articles du avril, 2008

"Le roman est un rêve vérace et un rêve décevant. "

Image
BNF
Supplément persan 1029, folio 209
Les Cinq Poèmes de Nezâmî, Les Sept Portraits

Bahrâm Goûr passe le samedi dans le pavillon à la coupole noire et écoute le récit de la fille du roi d'Inde
Ecole safavide, 1620-1624

Les vérités dévoilées dans les faces de beauté et dans les récits légendaires seront les miroirs du Soi authentique du prince Bahrâm, et le roman entier peut se lire comme une quête de ce Soi au prisme des épiphanies. Celles-ci révèlent autant de figures de l'activité créatrice divine, et ces figures ne font qu'un avec les aspects intimes du Soi. "Qui se connaît connaît son Seigneur", "énonce une célèbre tradition. Dans la connaissance de soi, le devenir immortel, cette finalité de la sagesse, s'effectue par l'unification de l'amant avec l'Aimé, du Seigneur personnel dévolu au Soi et de la subjectivité qui le recherche. "

"Le corps se forme à la souveraineté et l'âme à la droiture. Pour préserver l'esprit de justice…

"le dieu dans la chair égarée"

Image
"Alors, ? Alors, calmement, je réponds qu'il y a trop d'imbéciles sur cette terre. Et puisque je le dis, il s'agit de le prouver."
"Il y a une zone de non-être, une région extraordinairement stérile et aride, une rampe essentiellement dépouillée, d'où un authentique surgissement peut prendre naissance."

"L'homme n'a pas la possibilité de reprise, de négation. S'il est vrai que la conscience est activité de transcendance, nous devons savoir aussi que cette transcendance est hantée par le problème de l"amour et de la compréhension. L'homme est un OUI vibrant aux harmonies cosmiques. Arraché, dispersé, confondu, condamné à se voir dissoudre les unes après les autres les vérités par lui élaborées, il doit cesser de projeter dans le monde une antinomie qui lui est coexistante."

"Dernièrement un Martiniquais arrivant au Havre entre dans un café. Avec une parfaite assurance, il lance : "Garrçon ! un vè de biè." No…

"Je ne faisais pas le dévôt parce que je ne pouvais m'assurer que je puisse durer à le contrefaire."

Image
"Je ne faisais pas le dévôt parce que je ne pouvais m'assurer que je puisse durer à le contrefaire ; mais j'estimais beaucoup les dévôts ; et, à leur égard, c'est un des plus grands points de la piété. J'accomodais même mes plaisirs au reste de ma pratique. Je ne me pouvais passer de galanterie ; mais je la fis avec Mme de Pommereux, jeune et coquette, mais de la manière qui me convenait ; parce qu'ayant toute la jeunesse, non pas seulement chez elle, mais à ses oreilles, les apparentes affaires des autres couvraient la mienne, qui était, ou du moins qui fut quelques temps après plus effective. Enfin ma conduite me réussit, et au point qu'en vérité je fus fort à la mode parmi les gens de ma profession, et que les dévôts mêmes disaient, après M. Vincent, qui m'avait appliqué ce mot de l'Evangile : que je n'avais pas assez de piété, mais que je n'étais pas trop éloigné du royaume de Dieu."

"le Roi mourut. M. de Beaufort, qui était d…

La Beauté est le gibier des coeurs

Image
"Abû Mu'taz billah, 846/869, calife réputé pour son éloquence :
comme sa mère - surnommée l'Impudente - l'incitait constamment à combattre les Turcs, meurtriers de son père, en lui montrant la chemise de ce dernier couverte de sang, Al-Mu'taz lui dit un jour :

255. Ôte-la de ma vue sinon, au lieu d'une chemise, il y en aura deux.

Ahmad ibn Yûsuf, .../828, vizir d'al-Ma'mun, épistolier et poète :

Il écrivit à l'un de ses amis, en guise d'invitation :
330. Le jour où l'on se rencontre est court
aussi pour lui venir en aide sois matinal.

'Ubaydallah ibn 'Abdallah ibn Tâhir, 838/913, gouverneur, érudit et poète :
678. Elle me servit à boire, dans une nuit pareille à ses cheveux,
un breuvage semblable à ses joues, et les gardes étaient loin.
Et je demeurais plongé dans les deux nuits, de ses cheveux et des ténèbres
entre les deux soleil du vin et d'un visage aimé.

Ibn Tabâtabâ al-Alawî, .../934, érudit, poète et professeur :
681. Je sac…

On s'en fout

Jérôme Kerviel a retrouvé un emploi.

Pisseboeuf et Poussevent

Image
"Mon père, qui était orfèvre en la matière, assurait que la première qualité d'un homme de guerre était la sagacité ; la deuxième, la vaillance ; la troisième, la chance. A quoi il ajoutait que l'orsque l'on possédait les deux premières; la troisième vous était souvent donnée par surcroît."


"Il faut dire que ce groupe de statues entourant le Christ gisant était d'autant plus vivant qu'il se dressait en grandeur nature dans cette absidiole, vêtu de nos contemporaines vêtures et placé, non point sur quelque socle qui l'eût surélevé, mais de plain-pied avec les fidèles et sans aucune grille ou barrière qui les séparêt d'eux. Tant est qu'on le pouvait approcher et palper. Trois de ces personnages étaient des hommes, deux qui étaient vieils et maigrelets, se préparant à envelopper Jésus dans son suaire, et le troisième, jeune et beau, soutenant par-derrière Marie, laquelle, étant penchée douloureusement sur le divin fils, dérobait sa face sous …

On s'en fout

Pascal Sevran n'est pas mort.

Zemestan

Image
©inano

"C'était un jour pour la maison, non le jardin ; comme le ciel offrait un front serein, Bougies et lampion au parterre étaient morts ; le jardinier avait rentré ses outils. La corneille avait au rossignol volé ses notes ; en craillements "Au voleur !" elle s'égosillait. Noire engeance que celle de la corneille ! à la sinistre rapine comment échapperait-elle ? Le rossignol enfui, la corneille restait, épine laissée en souvenir de la rose. Le vent du matin, ce peintre, traçait sur l'onde des anneaux à la chaîne. L'ardeur du froid, qui le feu même glaçait, changeait l'eau en dagues et les dagues en eau. La bourrasque, javelot luisant à la main, crevait les yeux et, de neige, aveuglait les sources. Le lait prêt à bouillir cailalit en fromage ; le sang dans le corps était froid de glace. Le mont s'était couvert d'hermine, la terre de plumes de héron, le ciel de petit-gris. Les bêtes féroces, à l'affût d'autres bêtes, les peaux de leurs proies portaient…

Le vin de Bahrâm Gour

Image
"Je bois le vin, certes, mais non au point que, d'ivresse, le monde m'indiffère. Si, de la main d'une houri, je vide une cuve de vin, ma dague, d'un fleuve de sang, n'est jamais loin. Je suis tel l'éclair quand crève le nuage : d'une main la coupe, de l'autre le sabre. Je bois le vin pour embellir l'assemblée ; du sabre cependant je reste le maître. Ce mien sommeil de lièvre était une feinte ; le lièvre tout en dormant observait l'ennemi. Mon rire et mon ivresse, pour tout dire, sont rire de lion, ivresse d'éléphant. Le lion à l'heure du rire fait couler le sang ; qui, devant l'éléphant ivre, ne s'enfuirait ? Le sot qui se soûle perd contrôle ; autre est le vin de qui est avisé. Quiconque en intelligence n'est pas dépourvu, boit le vin mais pour autant n'est pas aviné. Quand de boire le vin l'envie me prend, la couronne de César je foule à mes pieds. Quand par le vin mon esprit s'aiguise, sur la tête de l'ennemi je déverse la…

La Pique du jour

Image
Louis de Gonzague, duc de Nevers

"Il était italien par son père, le duc de Mantoue, mais devint duc de Nevers par son mariage avec Henriette de Clèves qui avait hérité dudit duché. Dès lors, il vécut en France et à la cour, dans l'entourage de Catherine de Médicis et se considérant à la parfin comme français, il avait servi loyalement Henri III et Henri IV, celui-ci depuis sa conversion, laquelle en novembre de l'année écoulée, il avait attenté de faire avaliser par le pape, mais en vain : ce qui n'avait pas failli de l'aigrir prou : aigreur dont il n'avait guère besoin, étant jà de sa composition vinaigreux et vétilleux en diable, très imbu de son haut rang, rancuneux à frémir, homme en bref à brouilleries, querelles et procès. A ce que j'avais souvent imaginé, son caractère avait moulé de l'intérieur et sa face, et son corps, car de son physique il était petit, estéquit, tordu, le visage maigre et ridé, la lèvre déprissante, la langue acide et l'o…

Tâ'iyya de 'Amir b. 'Amir al-Basrî

Image
Dans la Ta'iyya d'Amir ibn Amir al-Basrî, le commentaire d'Yves Marquet qui l'a traduite (Maisonneuve & Larose), sur le vers 36 :
A partir de Lui a resplendi un [être] absolu, qui, par une éternelle unité, a lié l'ensemble des hommes,
fait allusion à ce que Henry Corbin appelait le "drame cosmique" du Deuxième Créé, l'Âme, voulant contempler l'Un sans l'intermédiaire du Premier Créé, l'Intellect, et se faisant rétrograder (à l'insu de son plein gré) au Xème rang, entraînant toutes les âmes qui dépendaient de lui : les âmes humaines. L''Âme devenue la Xème Intelligence se rend compte de son erreur, et est obligé, pour sauver ses âmes vassales peu à peu gagnées par la ténèbre comme par l'ombre du Mordor de jeter tout ce monde dans le monde des corps, afin que tous se rachètent en remontant, à la suite du fautif repenti, degré par degré, les échelons de la purification. Ce qui est d'ailleurs assez joli comme idée, cette …

Je me sais donc je suis

Image
BNF Supplément persan 1029, folio 216
Les Cinq Poèmes de Nezâmî, Les Sept Portraits

Bahrâm Goûr passe le dimanche dans le pavillon à coupole jaune et écoute le récit de la fille du César de Byzance
Ecole safavide, 1620-1624

Dans le Heft Peykar de Nizamî, ou les Sept Beautés, un passage qui montre combien pour cette pensée iranienne, la "damnation" c'est la méconnaissance de soi, poussant au plus haut le "Qui se connaît connaît son Seigneur" (ou son Imam pour les chiites, voire l'Âme du monde pour les ismaéliens) :


"Celui qui se connaît soi-même, tel qu'il est, celui-là est vivant, éternel.
Mortel est celui qui son propre visage ignore ;
immortel est celui qui cette image déchiffre.
Quand, au vrai, tu te connais toi-même,
bien qu'à l'origine voué au trépas, tu ne meurs jamais. et donc : "Mais ceux qui de l'être ne sont pas avertis par cette porte entre et par cette autre sortent."

(trad. Isabelle de Gastines).

Le déjà-mort, c'e…

Stat rosa pristina nomine; nomina nuda tenemus

Image
"Ne dis pas que les hommes éloquents sont morts ;
qu'ils se sont noyés dans l'océan des mots.
Il n'est que de mentionner le nom de l'un d'eux :
aussitôt, tel un poisson, il sort la tête de l'eau.
La parole, qui tel l'esprit est sans défaut,
est gardienne du trésor de l'invisible.
L'histoire encore non dite, elle la connaît ;
le livre encore non écrit, elle le lit.
Vois, de tout ce que Dieu a créé,
que reste-t-il hormis le nom ?
Le seul vestige qui subsiste de l'homme,
c'est la parole ; tout autre n'est que vent."


"Tant que tu es en vie, tel l'éclair, meurs afin de rire ;"
la souveraineté de l'âme prévaut sur celle du corps."

Nezâmi, Les sept portraits : "Eloge du langage et de la sagesse".

"Qand on a votre coeur et votre épée, on passe partout"

Image
Il y a deux passages que j'affectionne particulièrement dans Vingt ans après, c'est d'une part, cette correspondance brève entre les anciens mousquetaires, séparés par la Fronde, et qui savent servir des princes qui s'opposent :
Athos à d'Artagnan :
"Cher ami, je pars avec Aramis pour une affaire d'importance. Je voudrais vous faire mes adieux, mais le temps me manque. N'oubliez pas que je vous écris pour vous répéter combien je vous aime.
Raoul est allé à Blois, et il ignore mon départ ; veillez sur lui en mon absence du mieux qu'il vous sera possible, et si par hasard vous n'avez pas de mes nouvelles d'ici à trois mois, dites-lui qu'il ouvre un paquet cacheté à son adresse, qu'il trouvera à Blois dans ma cassette de bronze, dont je vous envoie la clef.
Embrassez Porthos pour Aramis et pour moi. Au revoir, peut-être adieu."

D'Artagnan à Athos :
"Mon cher comte,
Quand on voyage, et surtout pour trois mois, on n'a jamais a…

Portrait du Faqih

Image
Abû-l-Faraj ibn Al-Jawzî ou le modèle du faqih, balancé, tiraillé entre sa crainte de l'enfer, ses désirs sensuels et son dégoût post coïtum, sa détestation - qui est aussi fascination ou envie - des ascètes, sa peur mesquine de "se faire avoir", des jaloux, des ennemis qui pourraient ternir sa réputation, mais aussi son amour des livres, sa révolte devant la souffrance des enfants, des animaux, bref, un portrait passionnant parce que humain, si humain, avec un ton de confidence intime qu'on rencontre rarement au 12ème siècle, il y a du Montaigne chez ce hanbalite rigoureux qui blâme avant tout, que ce soit parmi les siens, les "savants" ou les autres, ces "ascètes" honnis, la vanité, l'ambition, non par sagesse, mais par dévotion, avec des accents de moraliste concis et lucide qui font très La Rochefoucauld :

"J'ai réfléchi à la plupart des hommes de science et de ceux qui font profession d'ascétisme et je les ai vus subir des ép…

De ce que l'Extinction n'altère en aucun cas l'Essence

Image
"la Divine Réalité Essentielle (al-Haqîqatu-l-Ilâhiya), qui est le but de la voie de la connaissance métaphysique, ne peut être contemplée que par une réalisation qui est d'une part, extinction (fanâ') de ce qui est relatif et contingent dans l'être, ou dans l'"oeil" contemplant, d'autre part, "permanence" (baqâ') de ce qui, en celui-ci, est absolu et nécessaire. Cela n'implique aucun changement de nature, aucune altération ou suppression d'essence, et n'aboutit à aucun résultat qui ne préexisterait pas. Ce qui s'éteint est par définition caduc et de toujours en état d'extinction, ce qui reste a été immuablement le même de toute éternité. La Vision seule apparaît, ou s'énonce, comme nouvelle dans cet "oeil""

Introduction au Livre de l'extinction dans la contemplation d'Ibn Arabi, Michel Valsân.