Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du février, 2007

Les Maîtres et les Etapes

Le côté gnan-gnan, moralisateur et un peu fayot d'Abû Bakr Kalâbâdhî, qui veut absolument ramener tous les soufis dans le courant "modéré", en atténuant les écarts des pires malamatî, ne peut pas toujours cacher l'insolente fulgurance des rires ou haussements d'épaules de certains fuqara... J'aime bien les réponses de Chiblî où le questionneur ne devait plus savoir quelle était sa question une fois qu'Abû Bakr Dhulaf eut répondu : "On posa à Chiblî la question : "Pourquoi les soufis ont-ils été appelés de ce nom ? - Parce que, répondit-il, on les a désignés par un mot qui existe, pour les définir et pour affirmer leur qualité, bien qu'ils ne soient (en réalité) désignables que par la disparition de tout caractère définissable et qu'en ce qui les concerne il ne reste plus d'eux que le nom, qui les définit et qui affirme qu'ils sont qualifiables." Sur le repentir et l'oubli, la grande arme de certains fakirs... "Interrogé…

Printemps, été, automne, hiver... et printemps

Il y a un décalage très drôle entre les deux fins de ce film, la fin destinée aux Occidentaux (et donc aux judéo-chrétiens) et celle destinée à la Corée (et donc aux Boudhistes). Dans la première, l'enfant revenu apporte tout le message optimiste qu'une naissance est censée symboliser : la vie toujours renouvelée, l'espoir, le printemps éternel... Dans la seconde, la vision boudhiste, plus drôle et plus cruelle, rappelle que la vie qui recommence c'est la souffrance qui triomphe, et aussi la cruauté, et la mort subie et donnée. Dans la fin occidentale, les yeux d'un enfant sont porteurs d'innocence et de purification. Dans la "vraie fin" coréenne, les yeux d'un enfant sont la promesse d'un assassinat toujours renouvelé.

Eloge de la raison

A le revoir, je m'aperçois que ce n'est pas du tout un film humaniste (comme on entend aujourd'hui cela, soit "humanophile"). Ce n'est pas non plus un film abolitionniste, à aucun moment l'iniquité de la peine est évoquée, sinon évidemment dans cette présentation de ce qui s'apprêtait à être une erreur judiciaire à la quasi-unanimité. Ce n'est pas non plus une louange à la démocratie, car cela en montre subtilement l'avers, à savoir que 11 égarés peuvent l'emporter sur un 12ème avisé si celui-ci manque de persuasion. C'est un film sur le Logos, soit l'erreur ou la vérité inaccessibles aux sens et aux sentiments, démontée ou démontrée par les mots, la logique, la raison, le doute, et la mise en question de tout ce qui est "évident", ce qui ressort du bon sens commun : cette répétition rageuse du juré n°3, que le juré n°8 déforme les faits, ou ce qu'il croit être les faits, tord l'évidence et bâtit une autre histoire…

Mondialisation

"Il existe en Espagne plus d'une manufacture d'étoffes, dont les produits sont exportés en Egypte : on en envoie même parfois jusqu'aux extrêmes limites du Khorassan et ailleurs. Un article d'exportation bien connu consiste dans les esclaves, garçons et filles, qui ont été enlevés en France et en Galice, ainsi que les eunuques Slaves. Tous les eunuques Slaves qui se trouvent sur la surface de la terre proviennent d'Espagne. On leur fait subir la castration près de ce pays : l'opération est faite par des commerçants juifs. Les Slaves descendent de Japhet : leur pays d'origine, très vaste, s'étend sur une grande longueur. Les guerriers du Khorassan entrent en contact avec eux par la région des Bulgares. Ils sont ramenés prisonniers vers cette province, leur virilité est laissée intacte, et leur intégrité corporelle est conservée. Le territoire des Slaves est immense : le bras de mer issu de l'Océan dans les parages de Gog et Magog traverse ce ter…

De l'hospitalité berbère

"La plupart des Berbères qui vivent dans la région comprise entre Sidjilmasa et le Sus, Aghmat, Fès, les cantons de Tahert, Ténès, Masila, Biskra, Tobna, Baghay, Akirbal, Azfun, les environs de Bône, Constantine-de-l'Air, le pays des Kotama, Mila et Sétif, sont hospitaliers pour les voyageurs et leur procurent des vivres. Une partie d'entre eux ont des moeurs détestables : ils se livrent eux-mêmes à leurs hôtes en manière d'hommage, sans en avoir aucune honte, les plus hauts placés et les plus beaux d'entre eux se comportent en cela comme les plus humbles dans leur prostitution à leurs visiteurs ; il leur arrive même d'insister. Le missionnaire Abu Abd-Allah infligea à certains des peines sévères, mais malgré les plus dures corrections, ils n'abandonnèrent pas ces pratiques."

"La ville de Sétif est très productive : proche de Mila et de Masila, elle est aussi voisine de Constantine. Les autochtones berbères ressemblent à ceux que nous avons mentio…

A Guerinchault

"Fontenay-aux-Roses le 8 avril 1944 Monsieur, Vous avez eu raison de retenir le cher Maître. C'est une appellation ridicule. On ne la connaissait pas autrefois. Je ne sais au juste de quand elle date. Ce doit être de Flaubert. On pouvait en effet l'appeler Maître, comme un maître ébéniste, un maître cordonnier, un maître potier, ces gens qui fignolent, polissent leur ouvrage, veillent que tout soit bien en place et que rien ne dépasse." P. Léautaud.



Correspondance de Paul Léautaud

A René Louis Doyon

"Mon cher Doyon, Ce que vous m'apprenez, par cette citation d'une lettre de Bloy, complète pour moi le personnage. Il manquait cela à l'antipathie que j'ai toujours eue pour ce tartufe, cet ivrogne, ce faiseur de phrases vides, ce parasite qui se faisait un jeu d'injurier les gens qui l'obligeaient, cet homme sans intelligence - les écrivains grandiloquents n'ont jamais beaucoup d'esprit - cet hypocrite, qui m'en a donné plusieurs fois la preuve par l'expression de son visage dans certains de ses entretiens avec Vallette.
Pendant la guerre 1914-1918, j'avais recueilli à Robinson un chien que ses patrons - restaurateurs - voulaient aller abandonner au poste de police. A quelques jours de là, Bloy, pour son pavillon de Bourg-la-Reine, me demande de lui procurer un chien. Je lui amène ce pauvre Castor, lui disant que je peux le remmener s'il ne lui plaît pas, et, comme il m'assurait du contraire et se déclarait enchanté de l'avoi…