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Articles

Affichage des articles du février, 2006

"En règle générale, il n'y a pas de miel avant le lever des Pléiades"

Aristote croyait que les abeilles fabriquaient la cire, mais que le miel tombait du ciel, comme une rosée d'étoiles.




"Le rayon de cire vient des fleurs, les abeilles apportent l'emplâtre de la larme des arbres. Le miel est ce qui tombe de l'air surtout au lever des étoiles et lorsque l'arc-en-ciel se déploie. En règle générale, il n'y a pas de miel avant le lever des Pléiades."

Mensonge et sortilège

Il y a les livres à histoires et les livres dont les personnages sont tels que l'histoire on s'en fout, en fait ce sont eux qui la font, la créent, plus qu'ils ne la portent ou la servent. Il suffit qu'ils apparaissent et se déploient et alors l'intrigue devient vraiment secondaire quand elle n'est pas carrément rejetée en coulisse. Guerre et paix, par exemple. Les longues et ennuyeuses digressions de Tolstoi sur le destin, Napoléon, l'Histoire, etc. Non mais qu'est-ce qu'on s'en fout à côté de ce qui va arriver au prince André, à Natacha, Pierre ? Thomas Mann aussi a des personnages qui savent vivre tout seul, des gens qui deviennent aussi familiers que des proches, des voisins, Hans, Madame Chauchat, Joachim, Settembrini, des personnages plus réels que la vie.


Morante aussi. Ses histoires à elles n'en sont d'ailleurs quasiment pas. C'est seulement le déploiement de ses personnages qui vivent leur vie laissés à eux-mêmes ; Edoardo,…

Fernando de Noronha

"De loin on dirait une cathédrale engloutie
De près
C'est une île aux couleurs si intenses que le vert de l'herbe en est tout doré"

Au coeur du monde, Blaise Cendrars.

Mihail ben Sama vs Philippe de Hasbourg d'Espagne

"Il ferma les yeux pour ne pas se voir comme l'autre fois, mais pour voir le monde ; et à chaque marche, le monde offrait la tentation de refaire un choix, depuis l'aube des temps mais toujours en un même lieu transfiguré : ce pays-ci, terre vespérale, Hispania, Terra Nostra.


Et à mesure qu'il gravissait les marches, il entendait la double voix de Mihaïl-ben-Sama, une voix qui était deux voix, chacune nette, claire, vague, pressante, deux en une, une en deux.
Créateur androgyne d'un être inventé à son image et ressemblancePère créateur d'un homme incomplet : où est la femme ?La première créature se féconde elle-même en se multipliant à l'instar de la terre immaculéeL'homme viole la femme et tous deux font tort à la nature qui les expulse du jardin maladeL'harmonie du monde des fils prolonge l'harmonie originelle du monde des parentsLe frère tue le frère pour posséder la femme subjuguée et la terre inhospitalièreLa diversité des peuples, des langu…

Orion

"C'est mon étoile
Elle a la forme d'une main
C'est ma main montée au ciel
Durant toute la guerre je voyais Orion par un créneau
Quand les zeppelins venaient bombarder Paris ils venaient toujours d'Orion
Aujourd'hui je l'ai au-dessus de ma tête
Le grand mât perce la paume de cette main qui doit souffrir
Comme ma main coupée me fait souffrir percée qu'elle est par un dard continuel"


Thérèse : bientôt la quille !

Je termine donc bientôt la Vie de Thérèse d'Avila par elle-même : ça se tire, ouf ! Quelques jolis passages pourtant, tout de suite gâchés par son misérabilisme récurrent, "je suis indigne" 'comment ai-je osé ?" "moi et mes si grands péchés", etc. Je me demande s'il n'y a pas là une vanité détournée ou inversée à force. A force de lire "moi, des plus misérables", on a envie de lui dire : "mais arrête de te vanter à tout bout de champ, enfin !"

Cela dit, vues intéressantes sur le catholicisme espagnol du 16° siècle. Monde confiné, ranci dans sa dévotion paranoïaque (la peur du scandale, de l'hérésie, du péché, du démon, tout ça cumulé ça fait beaucoup). Quand elle veut fonder son monastère, naturellement elle se heurte à toute la bonne société, les figures sinistres de l'autorité, le Confesseur, le Provincial, le Conseil royal... On lui souffle même la menace de l'Inquisition à un moment ! ce qui la fait rire, tant…

Vie de Thérèse d'Avila

Le passage le plus célèbre et le plus savoureux, bien sûr, sur lequel se sont pourléchés des bataillons de psychiatres et de mécréants ricaneurs :

"Je voyais donc l'ange qui tenait à la main un long dard en or, dont l'extrémité en fer portait, je crois, un peu de feu. Il me semblait qu'il le plongeait parfois au travers de mon coeur et l'enfonçait jusqu'aux entrailles. En le retirant, on aurait dit que ce fer les emportait avec lui et me laissait toute entière embrasée d'un immense amour de Dieu. La douleur était si vive qu'elles me faisait pousser ces gémissements dont j'ai parlé. Mais la suavité causée par ce tourment incomparable est si excessive que l'âme ne peut en désirer la fin, ni se contenter de rien en dehors de Dieu. Ce n'est pas une souffrance corporelle ; elle est spirituelle. Le corps cependant ne laisse pas d'y participer quelque peu, et même beaucoup. C'est un échange d'amour si suave entre Dieu et l'âme, que …

al-Kindi

J'aime ce point du Dhkir où les voix de fond se font halètements "Hu-Wa Hu-Wa" évoquant irrésistiblement l'effort sexuel. Les percussions les accompagnant se font, elles, battement de coeur... Et puis la voix du sheikh s'élève, comme un autour spirituel, mais toujours soutenu (et non leur échappant) par ce halètement incandescent, "Hu-Wa, Hu-Wa", plus rude et plus suggestif que les Allahu du mawlid. Un point où l'extase de l'âme adopte le point nadir de la bestialité, comme une hélice ADN tressée, corps et âmes ne peuvent être séparées, sagesse de faire avec, d'en jouer et de s'en ré-jouir.
Références.

Vie de Thérèse d'Avila

Sur Pierre d'Alcantara :

"Il me raconta que pendant quarante ans, ce me semble, il n'avait jamais dormi plus d'une heure et demie chaque jour. Sa plus dure pénitence au début avait été de vaincre le sommeil, voilà pourquoi il se tenait toujours ou à genoux ou debout. Le peu de sommeil qu'il s'accordait, il le prenait assis, la tête appuyée contre un morceau de bois fixé à la muraille."

"Il ne portait qu'un habit de grosse bure, sans autre chose sur la chair, encore cet habit était-il aussi étroit que possible, par-dessus un petit manteau d'étoffe. Il m'a dit que dans les grands froids, il le quittait et ouvrait la porte et la petite fenêtre de sa cellule, puis reprenait son manteau et fermait la porte, c'est ainsi qu'il reposait son corps et le mettait un peu plus à l'abri."


Le moins qu'on puisse dire, c'est que tout ça manque un peu de lâcher-prise.... Parce que ne pas dormir par excès de joie, ou parce qu'on tr…
Ouragan sur la Louisiane, les islamistes y voient le châtiment de Dieu contre les Croisés en stetson, ce que récusent bien sûr, indignés, les dévots américains qui y voient eux un châtiment de Dieu contre la société pécheresse. Une bousculade bien meurtrière à La Mecque puis un ferry qui sombre de retour du hajj, les salafistes y verront-ils encore la colère de Dieu contre eux ? Pas sûr, Dieu c'est bien connu, ne peut taper que l'ennemi, la brebis douteuse ou galeuse... Ce sera sans doute un châtiment contre les mauvais musulmans, les tièdes, les non-Salafistes. Bien sûr, il aurait pu couler un ferry danois pour bien faire, mais Alla ul-Haqq !

Les athées diront que c'est la preuve qu'il n'y a pas de Dieu, comme si Dieu ne pouvait être que bon ! ça me rappelle ce passage du Journal de Nabe, écrit avec l'accident de RER de la gare de Lyon, qui avait été une jolie boucherie :

""Il n'y a pas de Bon Dieu", disent les naïfs. Si justement, il y en …

Vie de Thérèse d'Avila

Les chapitres où elle détaille les étapes spirituelles de l'oraison jusqu'au ravissement de l'âme sont plus intéressantes. En gros cela correspond aux maqams soufis et au hal. sauf que ce qu'elle appelle ravissement est en fait lévitation. C'est assez courant chez les moines de partout, mais loin d'être impressionnant je ne peux pas m'empêcher de trouver ça comique au fond. Je crois que voir quelqu'un s'élever en l'air comme ça me ferait éclater de rire, tout simplement. Parce que c'est avant tout, très drôle. Sinon mis à part Foudre bénie qui a des visions et cet autre lama, vu par Alexandra David-Neel, qui faisait ainsi des kilomètres comme ça sans toucher le sol, on ne peut pas dire que ce soit d'une grande utilité quand on se claquemure dans un couvent.

Impression qu'il y a deux sortes de mystiques, et ce chez les soufis comme chez les chrétiens et peut-être tous les autres : ceux qui pour s'unir à Dieu s'astreignent à se …

Thérèse d'Avila : Vie écrite par elle-même

Pour le moment, je viens de commencer, je suis assez consternée. Mortification, masochisme poisseux, névrose d'angoisse, si c'est ça la béatitude, vive l'enfer... Enfin cette haine du corps, du plaisir, de la beauté, me sera toujours étrangère. Que vaut une religion qui ne rend pas heureux ? Culpabilité, flagellation, ramper, se morfondre, hum, même en étant éprise de Dieu, est-ce se rendre aimable, cela ?

"Une religieuse souffrait alors d'un mal très grave et très pénible. C'étaient des ouvertures que des obstructions lui avaient occasionnées au ventre, et par où elle rejetait les aliments. Elle ne tarda pas d'ailleurs à succomber. Je voyais que toutes les religieuses redoutaient son mal. Pour moi, j'avais grande envie d'une patience pareille à la sienne ; et, s'il plaisait à Dieu de m'en donner une semblable, je le suppliais de m'envoyer toutes les maladies qu'il voudrait. Je n'en redoutais aucune, ce semble, tant j'étais r…