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Articles

Affichage des articles du janvier, 2006

La Folle sagesse

Hier, écoute For intérieur. Un inconnu (de moi, je ne connais jamais les invités de cette émission, pas plus que ceux des Vivants et des dieux. Bizarrement, mon panthéon se trouve plus dans les émissions d'Enthoven. Bref, un juif d'origine parlait de sa foi bouddhique, et son choix d'un maître déjà mort pourtant, Chogyam Trungpa. Des propos sur la chevalerie, les guerriers d'un Royaume, qui m'ont intéressée. Et aussi le fait que ce maître suive la Voie du blâme, la seule que j'aime vraiment, au fond. Celle du rieur à qui toute règle en vue de se faire bien voir de Dieu fait hausser les épaules, ils nous fatiguent ces bons croyants, ces bons élèves, qui font tout comme il faut et se satisfont si bien de leur méritante vertu, tout en conmtant bien au fond d'eux, que Dieu leur rende justement leur dû. Le fol en Dieu, ce serait plutôt : "Je T'aime mais je ne me ferai pas aimer par Toi en raison de mon obéissance." Et aussi : "Mon amour pour T…

Argonautiques

"Ainsi, tantôt ils tenaient leurs yeux fixés à terre,
Et ils avaient honte, et tantôt ils se regardaient au contraire
Et doucement la joie riait sur leurs sourcils."

Apollonios de Rhodes, trad. Robert Brasillach.

Sleepy Hollow

Fameux nanar. Au départ, cela semble bien parti, une enquête scientifico-policière sur le surnaturel, cela aurait pu donner un X File version 1799. Mais ensuite, et de façon très mal ficelée, plus de doute, plus de fantastique donc, on bascule dans le merveilleux et c'est une faute de mélanger les genres dans une histoire. Suspens et angoisse cassés, du coup. L'histoire d'amour nunuche, jouée sans convition n'arrange rien. Par contre la photo est très belle, suite de tableaux très peinture américaine au temps des Puritains.

Anthologie de la poésie grecque

Fantastiques traductions de Brasillach, n'hésitant pas à user de tous les registres pour rendre les calembours, les mots crus, la poésie... Lire tout Homère traduit par lui aurait été un plaisir ! Dommage qu'on l'ait fusillé au lieu de le garder au gnouf, il aurait pu tout faire, pour s'occuper.

Ainsi la pendaison des servantes infidèles à la fin de l'Odyssée :

"Télémaque se mit posément à parler :
"Il ne sera pas dit qu'une mort honorable vienne
Pour celles qui versaient le déshonneur sur la tête de ma mère et sur la mienne,
Et qui faisaient l'amour avec les prétendants."
Il dit, et il prit le câble de la barque dont bleu est l'avant,
Il le tendit du haut de la grande colonne autour du pavillon,
De façon que les pendues ne pussent toucher le sol du talon.
De même que les grives aux larges ailes ou les perdrix
Se heurtent au moment où elles veulent regagner leur nid
Au filet dressé dans le buisson, et elles sont prises au sommeil détesté…

La Passion du Christ

Vu le film de Gibson hier. Woah, quel film ! Moi qui hors cinéma, ai du mal à rester scotchée à ne rien faire d'autre devant des images, moi qui voulais me coucher tôt, ben je suis restée à la regarder jusqu'au bout, jusqu'à minuit. Et donc encore nase.

Première scène, dans les jardins des Oliviers, lumière bleutée, lune, tout ça fait très fantasy, on s'attend à voir arriver le loup-garou. Heureusement la langue araméenne qui claque, tout de suite. Qu'est-ce que cette langue est belle ! Pas étonnant qu'elle a régné dans tout le Proche et Moyen Orient des Akkadiens à la Conquête arabe (l'arabe dont la beauté a pu la détrôner). Bref, les pleurs, la peur, le démon, tout ça fait encore très SF, pas mal, ça rafraîchit et revivifie un peu les éternels reconstitutions poussiéreuses et respectueuses. Mais la beauté arrive très vite, au Temple. Jérusalem restituée et surtout ces juifs du temps de l'Empire romain, des acteurs crédibles enfin, bien typés, on dirait…

Voyage de l'Afrique du Nord à La Mecque

Le côté Agnan cafard, rapporteur et sermonneur d'Ibn Battûta. A Muniat Ibn Lhasîb, en Egypte, il va au hammam et s'aperçoit que les hommes y sont nus : "Cela me fut très pénible. J'allais trouver le gouverneur et je l'en instruisis. Il m'ordonna de ne pas m'éloigner et prescrivit d'amener les locataires des bains. On leur fit signer des engagements portant que toutes les fois qu'un homme entrerait au bain sans caleçon ils seraient punis d'une amende. L'émir déploya envers eux la plus grande sévérité."

Sûr, en Syrie, il trouve qu'un habitant ne fait pas ses ablutions correctement et le reprends là-dessus, se faisant d'ailleurs envoyer bouler. Bref, Ibn Battûta c'est l'anti-Usage du monde. Il ne le parcourt pas pour s'instruire, voire se changer, mais pour l'instruire lui, et en redresser les torts. C'est étonnant qu'il n'ait pas fini assommé sur un chemin ou égorgé dans une ruelle à force de casser les…

Il faut, il faut pas

Je poursuis ma lecture des Diafoirus de la théorie littéraire avec Aristote et sa Poétique. Aussi ennuyeux et détaché de toute jubilation créative que Sarraute, en fait. Toujours ce même énoncé de "il faut raconter/écrire/mettre en scène comme ça, et non comme ça". Des règles, des règles ! A l'époque hellénistique, c'était par souci d'harmonie, ce terrible diktat grec. Au 20° siècle, un autre souci l'a remplacé, celui de la modernité : "aujourd'hui on ne peut plus écrire comme ça". Donc même cascade de règles au fond arbitraires, qui a décidé que ? Même souci de verbaliser (au sens d'une contravention) le verbe. Dans la (longue !) introduction à la Poétique, on nous dit que fort heureusement, Shakespeare avait plus lu Sénèque d'Aristote. Effectivement, les règles des trois unités et de la vraisemblance auront empoisonné et desséché le théâtre français classique. Pas de navire, pas de tempête, pas d'esprit ou de nymphe, pas d'assa…

Littérature minimaliste

L'Ere du soupçon de Nathalie Sarraute. Pour un premier contact avec un auteur, ça ne m'emballe pas. Ce n'est pas que ces affirmations péremptoires et doctes m'aient indignée, toute affirmation assurée sur un processus créatif me fait sourire. Mais à chaque page tournée (et ça se lit vite) je me disais : "Oui, bon, et alors ?" Dostoïevsvky et ses héros psychologiques, Kafka et son homo absurdus ? Bof. Comme si Josef K. n'était pas bourré de failles psychologiques. Si les personnages de Dostoïevsky sont des hystériques passionnés, Josef K. est un joli mélange de phobique sociale et d'obsédé compulsif. Quant à ce qui est dit sur la fin du roman, l'impossibilité ou la gêne pour les jeunes écrivains d'écrire un dialogue maintenant (les maintenant qui sonnent comme des désormais me font toujours rire aussi)... Toutes ces remarques ne sont pas fausses, mais ça ne débouche sur pas grand-chose, sauf à dire que finalement Camus a triché dans L'Etran…

Marin à terre

"Moi, le matelot, là, sur mon rivage
posé sur un blanc et dur fleuve offrant
son bras à certaine mer andalouse,

je me vois en rêve à bord d'un navire,
je suis amiral et je fends les flots
sous le feu solaire et la lune froide.

Les glaces du Sud ! Les îles polaires
du septentrion ! Blancheur printanière
nue sur les glaciers et transie de froid,

corps de roche et coeur de cristal fragile !
L'été tropical, rouge, incandescent,
sous la huppe bleue coiffant le palmier !

Mon rêve arborant médailles des mers
va sur son vaisseau, ferme et assuré,
tout amour pour une verte sirène,

coquille des fonds de l'eau ténébreuse.
Matelot, rends-moi au creux de ces ondes :
- Sirène jolie, ah ! je t'en supplie !

De ta grotte sors, je veux t'adorer,
de ta grotte sors, viens, vierge semeuse,
semer sur mon coeur ton étoile vive.

Le corps de l'aurore flotte maintenant
sur le plateau bleu de ces océans
et les traits du ciel déjà se carminent.

Laisse le cristal de ta main se fondre

Le concept d'histoire

"L'époque moderne, avec son aliénation du monde croissante, a conduit à une situation où l'homme, où qu'il aille, ne rencontre que lui-même. Tous les processus de la terre et de l'univers se sont révélés faits par l'homme, réellement ou potentiellement. Ces processus, après avoir dévoré, pour ainsi dire, l'objectivité solide du donné, ont fini par retirer son sens, et par agir, d'une certaine manière comme l'espace-temps éternel dans lequel ils pouvaient tous s'écouler et être ainsi délivrés de leurs conflits mutuels et de leur incompatiblité. C'est ce qui s'est produit pour notre concept d'histoire, comme pour notre concept de nature. Dans cette situation d'aliénation du monde radicale, ni l'histoire ni la nature ne sont plus du tout concevables. Cette double disparition - la disparition de la nature et celle de l'artifice humain au sens le plus large, qui inclurait toute l'histoire - a laissé derrière elle une soci…