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Articles

Affichage des articles du août, 2005

Alien

"Il avait souvent du foin dans ses manches. Ses jambes de pantalon étaient constamment déchirées et éclaboussées. Les semelles de ses chaussures étaient toujours encroûtées de plusieurs épaisseurs de litière de poule. Son apparence, rapportée à celle de ses pairs, invitait ouvertement à la moquerie. Qu'il aurait dû affronter tôt ou tard, de toute manière ; petit paysan paria et solitaire, à Baker il était une cible toute désignée pour la discrimination. Mais alors, avec cette allure-là, qui appelait les attaques les plus basses contre lui, il aurait pu aussi bien être une mère porteuse juive guatémaltèque au chômage. Il était parti pour écoper."


Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu de façon aussi vivifiante, nutritive. Presque terminé l'enfance de John. Magnifique alien, avec qui je me sens de grandes affinités, surtout dans son côté "bouche-bée" devant la violence et la bêtise, cette sidération "j'y crois pas, ils sont quand même pas a…

Le Seigneur des porcheries

"Un seul incident, survenu au milieu de sa deuxième année, lui avait permis de tout mettre en perspective. Comme il le raconta plus tard, vers la fin du mois de novembre, un petit cocker égaré qui n'avait sans doute pas plus de dix semaines se mit à sortir des bois à l'est de la route, juste au-delà du cimetière, pour venir s'amuser avec les élèves durant les récréations. Personne n'y trouva à redire durant les premières semaines, mais à la mi-janvier les professeurs commencèrent à se plaindre. Le chiot apparaissait à heures régulières, attendant sous la cage à poules pendant des heures d'affilée. C'était une cause de distraction et un poison. Les élèves lui lançaient des boulettes par la fenêtre chaque fois qu'un professeur tournait le dos. Un après-midi, il fut introduit dans le bâtiment principal au fond d'un sac marin et lâché dans le hall. Le principal, un ex-marine bedonnant du nom de Roy Mentzer qui avait perdu trois doigts dans un accident …

Métamorphoses

"A l'égard des animaux sauvages, les sentiments équivoques des êtres humains sont peut-être plus dérisoires qu'en aucun cas. Il y a la dignité humaine (au-dessus de tout soupçon apparemment) mais il ne faudrait pas aller au jardin zoologique : par exemple quand les animaux voient apparaître la foule des petits enfants suivis des papa-hommes et des maman-femmes."

Animaux sauvages, Georges Bataille.

Le Seigneur des porcheries

"John Kaltenbrunner était systématiquement le meilleur dans ce qu'il faisait bien, mais pour tout le reste c'était un incapable et un je-m'en-foutiste doublé d'un maladroit. C'est-à-dire que dès l'instant qu'il trouvait sa vocation il était absolument impossible de l'arrêter, mais en attendant c'était toujours et à tout jamais les abonnés absents. Il n'était animé que parce qui le possédait jusqu'à l'obsession. Le reste - toutes les nécessités et exigences de la vie quotidienne - lui échappait pour n'être que distraction périphérique."


Romantisme, romantique

Si je fais la liste des morceaux musicaux dans lesquels je me reconnais passionnément, je veux dire si je faisais le film de ma vie quelle musique d'accompagnement, quel chant de ralliement, quel refrain intérieur.... je veux dire les musiques qui vous font dire "ah ça, c'est moi."

En désordre, c'est-à-dire sans hiérarchie particulière, ça dépend des moments :

- Beethoven : l'allegro moderato et l'andante con moto du concerto n° 4 pour piano et orchestre, (pour les jours "soleil perçant les nuages, sourires dans la pluie) ;

- Brahms : l'andante moderato du 1er sextuor;
- Kreisler : Praelidium & allegro "Pugnani"; (les deux pour la subjectivité passionnée, l'amour tellement intériorisé, contenu, qu'il se fait presque hautain, martial) ;

-Schubert : l'andantino de la sonate n° 20 pour piano (peut-être mon préféré en ce moment, jamais on n'a écrit quelque chose de plus tendre, de plus déchiré et en même temps si pudique…

Eclat de rire

"Elijah, comme moi, peut être considéré comme un virtuose de l'oisiveté. En effet, avant d'ouvrir sa forge, il a consacré sa vie à critiquer la terre entière, assis sur son tabouret, et si, pour le dire comme Fausto, l'université de SantaCruz créait un département de ronchonnerie appliqué, Elijah serait immédiatement nommé docteur honoris colza."


Le Capitaine Fracasse

Relecture des aventures de Sigognac (en raison du pur hasard de la lecture ordonnée du désordre de mes étagères, pas de paonneries). Cent fois mieux que Les Trois Mousquetaires. D'ailleurs j'ai toujours trouvé d'Artagnan un peu con, et le 17° siècle de Gautier est baroque et espagnol à souhait, pas comme le décor fadasse de Dumas. En fait il me fait penser à Gaspard de la nuit.

"Le temps était devenu mauvais, et de larges gouttes de pluie, poussées par la rafale, tintaient sur les vitres secouées dans leurs mailles de plomb. Quelquefois le vitrage semblait près de ployer et de s'ouvrir, comme si l'on eût fait une pesée à l'extérieur. C'était le genou de la tempête qui s'appuyait sur le frêle obstacle. Parfois, pour ajouter une note de plus à l'harmonie, un des hiboux nichés sous la toiture, exhalait un piaulement semblable au cri d'un enfant égorgé, ou, contrarié par la lumière, venait heurter à la fenêtre avec un grand bruit d'aile.&quo…

Ran

Hier, vu Ran. Bien sûr j'ai aimé, mais c'est à peine une surprise. N'importe quel film de Kurosawa avec des samourai m'enchante (mon préféré restant Après la pluie). Mais c'est marrant ça m'a donnée envie de revoir OK Corral, qui est mon western préféré, inconditionnellement.

Sacrifices

"Moi, j'existe, - suspendu dans un vide réalisé - suspendu à ma propre angoisse - différent de tout autre être et tel que les divers événements qui peuvent atteindre tout autre et non moi rejettent cruellement ce moi hors d'une existence totale."

"Dans cette révélation de la libre nature divine, la direction obstinée de l'avidité de la vie vers la mort (telle qu'elle est donnée dans chaque forme de jeu ou de rêve) n'apparaît plus comme un besoin d'annulation, mais comme la pure avidité d'être moi, la mort ou le vide n'étant que le domaine où s'élève infiniment - par sa défaillance même - un empire du moi qui doit être représenté comme un vertige. Ce moi et cet empire accèdent à la pureté de leur nature désespérée et ainsi réalisent l'espoir pur du moi qui meurt : espoir d'homme ivre, reculant les bornes du rêve au-delà de toute limite concevable."

"C'est la volonté de purifier l'amour de toute condition préalab…

L'anus solaire

Belles phrases, fulgurantes.

"Le coït est la parodie du crime."

"Un chien dévorant l'estomac d'une oie, une femme ivre qui vomit, un comptable qui sanglote, un pot à moutarde représentent la confusion qui sert à l'amour de véhicule."

"Les êtres ne trépassent que pour naître à la manière des phallus qui sortent des corps pour y entrer."

"La mer se branle continuellement."

"La terre se branle parfois avec frénésie et tout s'écroule à sa surface".(penser au prochain tremblement de terre, qu'elle se branle).

"Je désire être égorgé en violant la fille à qui j'aurai pu dire : tu es la nuit."

Hommage

Hommage c'est-à-dire, en dehors de son sens féodal, admiration, reconnaissance, éloge. Pourquoi diable se met-on maintenant à rendre hommage aux victimes, de quoi que ce soit, et surtout d'un accident, la chose la moins volontaire qui soit ? Déploration est plus juste. Finalement on vit une époque pessimiste (scrogneuneu), où souffrir est admirable et non à déplorer. Héroïsation des victimes, dégoût des héros.

Histoire de l'oeil

Décidée à lire un peu plus sérieusement Bataille, récupéré chez mon père le tome 1 de ses oeuvres complètes. Lu l'Histoire de l'oeil, la partie 1. ça ressemble assez à Sade pour ce qui est du récit bâclé et des péripéties hâtives et bousculées (mais c'est comme dans les films pornos, on ne délaie pas le scénario dans les transitions pour amener les persos aux scènes de baise), des ficelles faciles (voyages, riche Anglais surgi par miracle, etc) du comique aussi (peut-être pas volontaire chez Bataille, mais j'ai toujours senti un rire chez Sade). C'est bien mieux écrit (et même superbe écriture, très maîtrisée, très virtuose) que chez l'Alphonse, mais comme pour lui ça se lit pas d'une traite, plutôt morceau par morceau, parce que c'est quand même répétitif et un brin chiant.

La deuxième partie, les commentaires, m'intéresse plus a priori. Je vais voir.

"J'ai commencé à écrire sans détermination précise, incité surtout par le désir d'oubli…
Cet été, j'écoute les cours de Michel Onfray, l'université populaire de Caen, retransmis sur France Cul. J'avais assez aimé ceux sur l'épicurisme. Parce que c'étaient de bons cours : quelque chose de clair, de simple, avec de l'humour. Après son missionnariat pour l'athéologie m'avait un peu gonflée, quoique je n'ai pas lu le livre, parce que ç'avait l'air d'être seulement ce qu'on entend partout, mâchonner par l'air du temps, "les religions c'est la guerre, gnin gnin gnin, et le retour de l'intégriste etc", tout juste s'il n'allait pas parler du voile, d'ailleurs il se peut qu'il l'ait fait.

Mais là je le trouve mieux. J'aime bien ce qu'il dit quand il explique que l'esclavage n'a jamais disparu, que les esclaves sont livreurs de pizzas, ou rmiste, ou simplement tout juste salariés pour ne pas être à la rue. Et peut-être ce qu'il a dit sur les chamanes, rencontrés lors d&#…

Cristal de roche

Toujours aussi sidérée par la nouvelle de Stifter. Comment avoir pu écrire ce joyau grave uniquement avec les bons et pieux sentiments d'un conte de Noël qui, en plus, finit bien ?

"Quant à la montagne, elle restera gravée dans la mémoire des deux enfants, et lorsqu'ils seront dans le jardin, que le soleil, comme autrefois, brillera de tous ses feux, que l'air sera empli des effluves du tilleul en fleurs et du bourdonnement des abeilles, leur regard se fera plus grave en la voyant se dresser devant eux, haute et bleue sous le tendre firmament"


Dessins italiens au Louvre, jusqu'au 29, De la Renaissance à l'âge baroque.




41. Etude d'une tête de jeune femme, Eusebio da San Giorgio, pierre noire, et Sebastiano del Piombo, Tête de la Vierge.

La beauté des corps féminins, de la renaissance à l'âge baroque, c'est l'enchantement du sculpteur. Tout en rondeurs et souplesse. Ventre rond et proéminent, fesses grasses, double menton. Y répondent les muscles durs, puissants, des hommes. Des corps idéaux, plein d'appétit sexuel.

48. Soldats pesant leur butin. Tadeo Zuccaro. Les fesses du soldat, à gauche, au premier, s'avancent d'un façon, un peu équivoque, un peu canaille, comme les garçonnets des dessins de Joubert.

Figures agenouillées, beaux visages, mêmes jolis minois sur des corps d'athlètes.

Du même, Le Pape Alexandre III recevant Frédéric Barberousse. On retrouve les fesses appétissantes du soldat, toujours au premier plan, à gauche.

26. Salviati. Ravissante petite tête masculine au profil gr…

Farrago

"- Il faut avoir la main haute sur ses rêves, a dit Nand. On ne doit pas les laisser prendre le dessus, parce qu'au fond, les rêves sont en nous comme des étrangers. Même quand ils sont animés des meilleurs intentions, ils demeurent prêts à tous les sacrifices pour parvenir à leurs fins, et s'il le faut, ils détruiront sans la moindre hésitation l'être qui les porte en lui-même, l'homme qui les inspire et qui les nourrit en son sein. Seul compte l'accomplissement de leur destin. Nous pouvons appartenir à nos rêves, nous pouvons nous abandonner à eux corps et âme, mais jamais un rêve n'a appartenu à personne."


La Face d'un autre

Alors le masque commença d'épaissir jusqu'à devenir une fortification de béton m'entourant. Et moi, enveloppé entièrement par cette armure de béton, sortis de nuit dans la ville, avec l'assurance d'une troupe de chasseurs lourdement armés. Je regardai par le créneau et la ville me sembla être une réunion de niches pour chats sauvages infirmes. Chacun y cherchait sa queue, son oreille ou sa patte coupée. Tous se croisaient en ayant l'air affamé et rôdaient en reniflant avec méfiance. Quant à moi, caché derrière le masque sans nom ni état ni âge, je jouissais en triomphe d'une sécurité promise à moi seul. Si leur liberté était limitée par un verre dépoli, la mienne ne l'était que par du verre transparent. D'emblée, mon désir avait atteint au point d'ébullition et je ne pouvais me retenir d'expérimenter ma liberté. On ne se comporte souvent que comme si la vie n'était en fait que l'accumulation de liberté. Mais ce n'est qu'une i…

Portrait chinois : si j'étais trois tableaux

On ne dit pas je t'aime pour se donner du courage

"Si un homme t'aime vraiment, m'avait dit Ophelia une nuit, il ne va pas te le répéter toutes les trois minutes. S'il le fait, c'est qu'il n'en est pas si sûr. On ne dit pas je t'aime pour se donner du courage. Et je ne te parle même pas de celui qui te dit je t'aime pendant l'amour. Il compte encore moins."

Les Cigognes

"Fumée et cendres forment
Comme des croix.
Plus de nids de cigognes
Sur les toits.

Epis lourds, couleur d'ambre,
A-t-on le temps ?
Non, on a semé, il semble
Pour du vent.
Le ciel rouge et or, est-ce, dis,
Un mirage ?
C'est, au loin, l'incendie
Qui fait rage."

Ballades, Vissotsky, Chanson du film "Guerre sous les toits", 1967.

Le Code pénal

"J'ai le coeur qui bat comme un oiseau blessé
Quand je commence l'article qui parle de moi.
Le sang aux tempes n'arrête pas de cogner
Comme les flics quand ils viendront pour moi."

1964, Ballades, V. Vissotsky.

Pourquoi je n'aime pas les hommes beaux ?

"La beauté est bien ce qui est le moins susceptible de vous séduire chez les hommes. Ce que vous aimez en eux ne sont pas les qualités qui les rapprochent des femmes, mais ce qui les en différencie : leur intelligence, leur vue du monde, pas toujours très juste peut-être, mais qui vous semble nouvelle, et aussi le mystère de leur fonction virile. Oui, madame, vous êtes comme ça. Ce n'est pas la peine de me regarder avec cet air choqué derrière votre masque. J'ajouterai que, plus un homme se détache du troupeau commun, plus vous le reconnaissez pour maître. C'est pourquoi vous aimez les originaux, les parias, les révoltés. Voilà pourquoi vos amours ne finissent pas toujours très bien. Pourvu qu'un homme sache vous distraire et vous faire rire vous êtes prête à le suivre jusqu'au bout du monde. Que, par là-dessus, il ait la robustesse et la science suffisantes pour combler les exigences de votre petit corps raffiné, vous lui pardonnez tout."

Avec tristesse

Frappée soudain par la tristesse du premier mouvement de la Deuxième Sonate (op.7) pour piano-forte d'Edelmann... Quelle mélancolie pesante, et prenante... je regarde l'envers du CD, et je m'aperçois qu'il a appelé ce mouvement Avec tristesse justement.
Références.

La Fin

"Fierro ne se releva pas. Immobile, le nègre paraissait surveiller sa laborieuse agonie. Il essuya son propre couteau ensanglanté sur l'herbe et revint à la maison avec lenteur, sans regarder derrière lui. Il avait accompli sa tâche de justicier et, désormais, n'était personne. Mieux dit, il était l'autre. Il n'avait pas de destin sur terre et il avait tué un homme."