jeudi 28 avril 2005

Dans le genre "mauvaise surprise vocale" : la voix de Dominique de Roux. Pointue, venimeuse, persiflante, une voix aigre de vieille femme, on imagine une actrice sur le retour et vacharde. Petit rat frustré. Ses écrits m'avaient donné la même impression, très pète-sec, poseur mais seulement cela. Le côté petit jeune homme sec et vain de Jean-René Huguenin, sauf qu'on peut toujours, si l'on est en veine d'indulgence, que Huguenin était jeune justement, et n'avait pas eu le temps de grandir.

Cela dit, ne pas oublier que les voix françaises, jusque dans les années 60 étaient pointues, haut perchées, que l'on est plus guttural aujourd'hui.

Ces petits hommes secs, freluquets méchants. C'est comme ça que j'imagine aussi la voix de Saint-Simon.

lundi 25 avril 2005

Nissim Rejwan, The Jews of Iraq. Jolies pensées sur l'institution du mariage, à l'époque des juifs de Babylone :

"Considering what a wife could fo for him, the Jew was enjoined to love his wife like his own self and to honour her even more. Few things were considered as peace within the home and the family. This is one reason why polygamy seems to habe been rare amongst Babylonian jewry ; they practised monogamy despite the fact that the Bible permits a man to have more than one wife. Also, because of the insistence upon a quiet, peaceful and dignified family life, great care was exercised in the selection of a husband or a wife for one's daughteror son. Disparity in age between husband and wife was discouraged ; and marriages based primarily on financial considerations were greatly condemned.

Hereditary hazard were stressed, and the probability of children who would be freak or extreme as much as it was possible. Thus the rabbis urged that a tall man should not marry a tall woman lest their children be lanky. While a short man should not marry a short woman lest the children be dwarfish. Even a fair man should avoid marriage with a fair woman, lest their children be "extremely fair", while a dark man should not marry a dark woman lest their children be exeedingly dark."

Sur le mu'tazilisme, dont on devrait bien s'inspirer pour débattre des compromis politique au Moyen-Orient :

Cité par al Humaydi, le récit (scandalisé) d'un certain uléma espagnol :

"At the first meeting, there were present not only people of various (islamic) sects, but also unbelievers, Magians, materialists, atheists, Jews and Christians - in short, unbelievers of all kinds. Each group had its own leader, whose task its was to defend its view, and every time one of the leaders entered the room his followers rose to their feet and remained standing under he took his seat. In the meanwhile, the hall had become overcrowded with people. One of the unbelievers rose and said to the assembly : "We, are meeting here for a discussion. Its conditions are known to all. You, Muslims are not allowed to argue from your books and prophetic traditions since we deny both. Everybody, therefore, has to limit himself to rational arguments."

Sage mesure, qui évitait à tous de se voir par la suite accusé de blasphème contre le Coran et le Prophète (crime puni de mort) et aussi compréhension que là où on laisse le sacré intervenir, il n'y a plus de discussion possible. Aussi, pour régler le sort de Jérusalem, de la Palestine et d'Israël, il faudrait une assemblée d'où seraient bannis les mots et les notions de sacré, droit divin, imprescriptible, national et droit tout court au fond. Rien que des arguments rationnels, pragmatiques, pouvant seuls aboutir à un compromis, le compromis étant un accord d'où chacun ne part qu'avec le sentiment d'avoir été à demi-lésé, mais de n'avoir pas tout perdu.

dimanche 24 avril 2005

Le Château dans le ciel





Le Château dans le ciel. Très bon dessin animé, vif, agréable, avec beaucoup de rebondissements et de suspens, sans aucun temps mort, sentimental sans mièvrerie.

samedi 23 avril 2005


"En vérité, je suis un sensitif. Au dix-huitième siècle, on aurait dit : un sensualiste. Cela signifie-t-il que je me suis bâti, comme Helvétius, une morale de l'égoïsme absolu ? Non, car je suis, aussi, orthodoxe, et je crois à la consubstantialité entre les gens que j'aime et moi."

"Le cafard ne résiste pas à un vrai bon repas. Steak au poivre, roquefort, un grand bourgogne.

Lorsque je suis légèrement cuité, je déborde d'amour pour l'humanité entière. ça ne dure pas, mais c'est agréable."

"La vérité est que je me fous de mes idées (sur Dieu, sur le monde, etc.). Je les défends parfois avec fougue, mais ce n'est qu'une sorte de jeu. Je pourrais aussi bien soutenir le contraire. D'ailleurs, cela m'arrive."



"Être insulté m'amuse. Être insulté, c'est rajeunir de dix ans."

"Être écrivain, c'est être quelqu'un d'un peu monstrueux. Nous avons un coeur en forme de stylo."

""Et Dieu essuiera toutes larmes de nos yeux..." C'est le côté nurserie du christianisme."

"Depuis qu'elles m'ont lu, toutes ces petites jeunes filles chrétiennes rêvent de me "sauver", et, comme par hasard, chacune d'elles est convaincue que le chemin de mon salut passe par son lit."

"Ecrire un livre, c'est une joie. Mais lorsqu'on est un homme timide et distant, les mois qui suivent sa sortie sont un cauchemar. Voir des gens. Se pousser. Affreux."


dimanche 17 avril 2005

Les Choristes



Vu Les Choristes. Je comprends que ce film ait fasciné tant de gens si l'on met ça en lien avec les réactions de masse qui ont suivi la mort du pape et irrité les anti-cléricaux convaincus. Car ce film est fondamentalement chrétien. C'est un film sur la rédemption. Mais pas la rédemption fondée sur la souffrance, l'expiation, etc. Non, c'est très janséniste comme film, tout est une histoire de Grâce, la rédemption par la Grâce, celle qui change le mauvais ange en Angèlos messager, les ténèbres en lumières parce que le doigt de Dieu te tombe dessus : celle du don, exceptionnel et immérité d'une belle voix, mais aussi de celle qui change une âme perdue en enfant de Dieu, le côté "miracle de la conversion"... Et le facteur déclenchant de ces conversions ? Les trois vertus théologales : la Foi, l'Espérance, la Charité. Mais qui agissent dans l'ordre inverse dans le film : d'abord la Charité (que tout le monde aujourd'hui s'imagine comme un sentiment indigne, une supériorité méprisante, alors que Caritas vient de Carus, Cher, Chéri, c'est-à-dire amour, et c'est bien un trop-plein d'amour que le surveillant déverse sur ces gosses), l'Espérance, pas besoin de faire un dessin, d'ailleurs dans La Nuit, Rameau renchérit, la Foi : le père de Pépinot vient bien le chercher un samedi non ?

Les Choristes est une belle fable, d'une simplicité fraîche et médiévale. Tout est peint, tout est symbole accessible, tout est en couleurs et en noms de bon ou mauvaise augure : Le mauvais ange Morhange, l'ange du Mal beau comme Lucifer finit en ange, Angèlos, d'ailleurs il est par avance blond aux yeux bleus, et Mondain, le méchant méchant de n'être ni cru ni aimé est roux comme le diable, sauf qu'il n'est pas le méchant, seulement roux comme le feu du châtiment, c'est finalement l'ange exterminateur, et le noir Judas c'est Corbin noir comme corbeau, sauf qu'il est pardonné tiens. Quant à Mathieu Clément, là aussi, comme dans les fabiaux, le nom ne ment pas, il est clément et évangéliste, apportant la bonne nouvelle.

Donc ce film frais, gentil et doux, qu'il ait remporté une telle émotion n'est pas surprenant : l'Europe est malade d'espérance et de peur, malade de manque d'amour. Le monde entier, peut-être, suspendu au même instant, aux pages d'un évangéliaire tourné par le vent, devant le cadavre d'un vieil homme qui en d'autres temps n'aurait pas suscité un haussement d'épaules. Finalement, le christianisme se porte encore bien. En tous cas il a imprimé ses valeurs, pour le meilleur et pour le pire, sur une Europe perdue qui se réveille mal du cauchemar d'Auschwitz, de Katyn, de la Kolyma. Du coup, au moindre rappel, les populations qu'on a bien soigneusement libéré mentalement du joug chrétien fondent en larmes et se mettent à genoux. Tout ça me rappelle l'anecdote racontée par Matzneff, ce commissaire des Soviets venu expliquer aux moujiks l'inanité de la religion, et parlant d'abondance une heure, deux heures, avec toute la rhétorique imparable du socialisme, et puis à la fin, après ce discours fleuve contre lequel les paysans soumis ne s'élèvent pas, comment contredire ce monsieur de la ville, ce cadre aux belles paroles demande si quelqu'un veutparler, et un des paysans se lève et prend la parole, se tournant vers l'assemblée, et dit ces paroles de Pâques : En vérité, le Christ est vivant, il est ressuscité" et alors toute l'assemblée incurable de répondre : "En vérité, il est ressuscité."

C'est pour ça que le succès des Choristes est imparable, comme celui d'Amélie Poulain, il parle simplement des 3 vertus théologales à une Europe malade d'esseulement et de crainte : Foi, Espérance, Charité. Et les beaux esprits de s'offusquer.

samedi 16 avril 2005

De toutes les discussions émotivo-religieuses qui ont suivi la mort du pape, je ne prête attention qu'à mes réactions : les chrétiens m'énervent, ils sont lourds et limités, les athées m'énervent, ils sont lourds et frustrés. Je n'aime pas les clercs, je n'aime pas les anti-cléricaux, je n'aime que les outsiders, les mystiques.

vendredi 15 avril 2005


"Les fées sont toujours d'un certain âge et quelque peu sévères. Car autrement, il faudrait bien que dans un conte quelconque, lors des trois souhaits habituels, il arrivât que le garçon, pour une fois, souhaitât posséder la fée."


mercredi 13 avril 2005


"Un Dieu qui devient un bébé, c'est consternant. Un pauvre type qui devient Dieu, c'est quand même autre chose."


lundi 11 avril 2005

Chamane



De ce film je ne saurais dire s'il est bon ou mauvais tellement il correspond à ma pente : les chamanes, les esprits, les voyages d'initiation, et aussi cet éclatement de joie dans tout le corps qui sur la fin saisit le héros quand il comprend qu'il a tout laissé ce qui n'était plus lui. Le voyage et l'aventure spirituelle brûlent l'âme si fort...

Les premières scènes m'ont serrée le coeur, elles me rappelaient les Récits de la Kolyma.

Sur le lac Baïkal, quelques instants, la voix de Vissotsky.

samedi 9 avril 2005

Méchant


"-Caustique ? Vous voulez dire : méchant ? Oui, je suis un peu méchant, dit Settembrini. Mon regret c'est que je sois obligé de gaspiller ma méchanceté à des sujets aussi misérables. J'espère que vous n'avez rien contre la méchanceté, mon cher ingénieur. A mon sens, c'est l'arme la plus étincelante de la raison contre les puissances des ténèbres et de la laideur. La méchanceté, monsieur, est l'esprit de la critique, et la critique est à l'origine du progrès et des lumières de la civilisation."


vendredi 8 avril 2005

La voix de Sartre (entre deux grèves sur France Culture). Posée, fine, amusée, intelligente. A cent lieues, bizarrement, de l'image méprisable que j'ai de l'intellectuel dogmatique mouillant devant le Parti, l'Ouvrier, la Pensée (stalinienne). Une séduction indéniable. J'avais eu la même surprise en entendant Boulez, un jour, dont je n'avais jamais écouté la musique, mais dont j'avais aussi l'image d'un dogmatique épouvantablement sectaire. Récemment j'ai écouté la musique de Boulez, j'ai bien aimé. Je me souviens aussi que quand j'avais 17 ans, Les Chemins de la liberté était un de mes livres de chevet, et Ivich mon "héroïne favorite dans la fiction" pour parler comme Proust.

(séduction importante de la voix dans tout ça, du ton, du rythme, des moments où elle s'élève, où elle reste égale. La sérénité de la voix est très importante, pour Boulez le charme avait agi de même. C'était même aussi important que les mots dits, la façon dont la voix les disait. Je n'aime pas les voix qui dérapent, qui sont mal contrôlées.)
On s'en fout

Les CRS ont tapé les lycéens.

jeudi 7 avril 2005


"...et lorsque l'Angleterre entre dans un conflit européen, l'histoire enseigne qu'elle ne s'en retire qu'après avoir vaincu."


mercredi 6 avril 2005

dimanche 3 avril 2005


"Elle avait terriblement peur parce qu'elle se rendait compte qu'elle allait mourir. C'était une très jeune fille, de sorte qu'il faut, somme toute, l'excuser. Mais il y a aussi des hommes qui se conduisent quelquefois ainsi, ce qui est naturellement un laisser-aller inexcusable. Dans ces cas-là, Behrens sait d'ailleurs leur parler, il sait trouver le ton juste en de telles circonstances.

- Quel ton ? demanda Hans Castorp, les sourcils froncés.

- Ne faites donc pas tant de manières, répondit Joachim. Du moins l'a-t-il dit récemment à l'un d'entre eux, nous le savons par l'infirmière-major qui était là et qui aida à maintenir le mourant. C'était un de ceux justement qui pour finir font une scène effroyable et ne veulent absolument pas mourir. Alors Behrens l'a rappelé à l'ordre : "Ne faites donc pas "tant de manière", a-t-il dit, et aussitôt le malade s'est calmé et il est mort tout à fait tranquille."


La Rose de Djam (série)

La Rose de Djam II :  La grotte au dragon C'est au cœur du pays yézidi que Sibylle laisse ses compagnons, pour s'enfoncer ...